mercredi 30 septembre 2026

Terrain vague

De tôle ondulée plain.
 

La terre est belle ; le monde des hommes l'est beaucoup moins.
Tout ça pour ne pas dire qu'il est franchement moche.
De sa laideur dont nous sommes les otages-témoins,
Il n'est pas une case de la liste qu'il ne coche :

Bétonnage et bitumage à n'en plus finir ;
Des zones dites d'activités où règnent la tôle ;
Des architectures qui donnent envie de vomir ;
Des enseignes de mauvais goût qui se veulent drôles...

Bref, un véritable cauchemar pour les yeux !
Les hommes transforment un paradis en terrain vague.
C'est ce que des consciences bornées savent faire de mieux,

Ne pouvant traduire autre chose que leur état.
Ce monde nanocéphalique n'est qu'une mauvaise blague
Qu'un jour la Nature réduira en petits tas.

Le Spectre à trois faces

« L'architecture, c'est ce qui fait les belles ruines. » Auguste Perret (1874-1954) 

« L'architecture contemporaine n'est pas même ruinable. » Justine

Officina Stulti


L'école serait devenue du crétin la fabrique
Où, plutôt que de transmettre les connaissances,
On martèle les valeurs de la Raiepublique,
Avec pour certaines une bien curieuse insistance.

Sans doute le pédagauchisme, qui hier encore
A, sous bonne caution, fossoyé l'institution,
En est-il toujours le bras armé, en accord
Avec ses dogmes qui entrent en collusion.

L'école française était l'une des meilleures qui fût.
Ils en ont fait une officine de propagande
Où c'est d'abord l'idéologie qui commande.

Les pédagols, on sait, sont toujours à l'affût,
Avec dans leur sac des concepts tarte à la crème,
Dans le genre « l'élève est au centre du système. »

Le Spectre à trois faces


Bibliographie très sommaire

Elizabeth Altschull, L'école des égos, Albin Michel 2002
Jean-Paul Brighelli, La fabrique du crétin, Jean-Claude Gawsewitch 2005
Jean-Paul Brighelli, Tableau noir, Hugo Document 2014
Jean-Paul Brighelli, La fabrique du crétin : vers l'Apocalypse scolaire, L'Archipel 2022
Olivier Babeau, L'ère de la flemme, Buchet Chastel 2025

mardi 29 septembre 2026

Les douceurs d'un automne naissant


Gravure scolaire (Le français par l'usage, 1965)
 

L'été finissant s'infuse dans l'automne naissant
Et calme ses ardeurs dans la saison nouvelle.
Le soleil ne darde plus ses rayons blessants
Et donne aux jours adoucis leur part la plus belle.

Petit à petit, le jardin sort de sa torpeur
Et semble même retrouver un peu de panache.
Le chou, si longtemps accablé, reprend vigueur,
Lors que les derniers haricots jouent à cache-cache.

Même les poules, au lever, ont l'air plus guillerettes,
Avec des envies de courir la pâquerette
Ou de glaner la graine dans les champs moissonnés.

S'en revient le temps des récoltes et des cueillettes,
D'emplir le panier de poires et de pommes reinettes
Dont la saveur est encore à nous étonner.

Frère Eugène

 

dimanche 27 septembre 2026

À la saint Crétin


 
On dit qu'à la saint Crépin, les mouches voient leur fin,
Quoiqu'à vouloir passer outre, certaines s'entêtent.
Il nous faudrait aussi, je crois, une saint Crétin
Et plus d'un se verrait souhaiter sa bonne fête.

L'art de promettre pour ensuite ne rien tenir
Exige chez tout politique une certaine maîtrise.
Qu'importe de gruger ceux qui viennent le soutenir,
L'amnésie a comme don d'effacer la traîtrise.

Et puis le syndrome de Stockholm fera le reste.
Sachant que les dés sont pipés de toute façon,
On choisit le choléra plutôt que la peste.

C'est ainsi que s'opère la servitude volontaire.
L'histoire n'a que rarement servi de leçons
Et si quelqu'un les rappelle, on le fait taire.

Le Spectre à trois faces

samedi 26 septembre 2026

À la saint Glinglin

Saint Glinglin
 (d'après sa statue à Bréda aux Pays-Bas)


Les dictons témoignent d'une sagesse populaire
Essentiellement liée au monde paysan
Et dont l'ancienneté est multiséculaire.
Comme d'autres, ce patrimoine est agonisant.

Même les agriculteurs en ont perdu l'usage,
Sauf peut-être quelques derniers des Mohicans
Et l'un ou l'autre passionné de jardinage
Dont nous sommes nous-même un modeste pratiquant.

Autrefois, on citait les proverbes à tout propos ;
Il s'en trouvait toujours un pour chaque circonstance.
Les gens de terre avaient cette culture dans la peau.

En notre époque où tout est entré en déclin,
Où partout règne la plus totale inconstance,
Nous ne sommes guère éloignés de la saint Glinglin.*

Frère Eugène

 

* La saint Glinglin est un jour fictif qui exprime l'idée qu'une chose n'arrivera jamais. S'en approcher indique donc l'entrée dans le temps fictif, l'évolution logique du temps mécanisé, du fait de l'éclatement et de la hâte qui conduisent fatalement au « jamais-rien-nulle part ».

samedi 12 septembre 2026

Allégorie d'un déluge

 
Blason de Frohnleiten (Styrie, Autriche)


Le nouveau déluge qui submerge l'humanité,
C'est le tsunami du Web, de toute évidence.
Les esprits moyens, alias la majorité,
Se jettent dans cet océan sans la moindre prudence.

À trop boire la tasse, on finit par se noyer,
D'autant plus que des courants contraires se déchaînent.
Un frêle esquif s'y fait facilement broyer,
À moins d'avoir une ancre au bout d'une grosse chaîne.

Celui qui n'est pas solidement arrimé
Court le risque d'être ballotté par les vagues
Ou d'errer en eaux troubles et d'y mariner.

Face à tout ce déferlement d'informations
Et à tous les paumés de ce monde qui divague,
Plus d'une raison sombre après dislocation.

Le Spectre à trois faces

Crains fort de surfer sur le Net
Si tu n'as pas l'esprit très net.
Les écumeurs ne vont pas te rater.
C'est ton cerveau qu'ils cherchent à pirater.

mercredi 9 septembre 2026

Les bancs-reposoirs d'Alsace

 

 
Jadis, les paysannes se rendaient au marché
Pour y vendre les produits de leur ferme.
Ces femmes vigoureuses ne craignaient pas de marcher
Et parcouraient parfois plusieurs lieues d'un pas ferme.

Elles portaient souvent de lourds paniers sur la tête,
Ce qui les obligeait à marquer des arrêts.
Le retour, à vide, pouvait se faire d'une seule traite.
Parties dès l'aube, elles rentraient tard dans la soirée.

Au bord des chemins se trouvaient des reposoirs
Comportant deux niveaux : le plus bas pour s'asseoir
Et le plus haut pour y poser la pesante charge.

C'est sous les deux empires qu'ils furent aménagés
Et font lors partie du patrimoine à protéger,
Témoins d'un temps où l'horizon semblait plus large.

mardi 8 septembre 2026

Autant en emporte le vent


Blason de Bel-Air-Val-d'Ance (Lozère)

D'azur à deux Aquilons d'argent mouvant des angles du chef, leurs souffles prolongés par deux bouffadous du même passés en sautoir et cantonnés en chef d'une abeille , à dextre d'une épée posée en barre et à senestre d'une clé posée en bande, le tout d'or; au mont de trois coupeaux posés en fasce d'argent et chargé d'une roue de moulin de gueules.


Celui qui aujourd'hui te loue demain te blâme.
Le vendredi Saint suit le dimanche des Rameaux.
Il n'est pas rare que l'euphorie précède le drame.
Un bien apparent peut parfois couver mille maux.

Vivre comme si tout était acquis est stupide
Car personne ne peut jurer de l'instant suivant.
Que sert-il, au final, d'être avide et cupide
Puisqu'à tout moment autant en emporte le vent !

Il ne faut jamais, dit-on, contrarier les fous ;
D'humeur instable, ils ont la gâchette facile.*
Les esprits infantiles finissent souvent séniles.

C'est dire que si l'on prend les gens par les deux bouts,
La plupart sont infréquentables à haute dose.
C'est aujourd'hui plus vrai que jamais, et pour cause.

Le Spectre à trois faces

 
* Cela peut s'entendre au sens littéral
mais surtout au sens figuré : injure et imprécation.

dimanche 6 septembre 2026

D'un certain cinéma

I

Le cinéma français est plus que fatigué :
Il est, pour ainsi dire, au bout de la bobine.
La boutique n'est plus au niveau de la vitrine.
À cet effet, plusieurs agents se sont ligués

Dont le plus influent est l'idéologie
Que l'on qualifie aujourd'hui de progressiste.
Doivent s'aligner sur un contenu moraliste
Les ingrédients dictés par la posologie.

Cela fait sans doute partie du cahier des charges
Auquel s'oblige le cinéma subventionné,
Faute, sinon, d'être sévèrement rationné.

Cela explique que les films n'en mènent plus large,
Le public désertant les salles, ne s'y trompant pas.
À ce stade, on est plus proche que loin du trépas.

II

Sans vouloir pointer les téléfilms pour autant,
Le cinéma français est cucul la praline,
Mis à part quelques rares perles de temps en temps.
La critique est acerbe, on la voudrait câline.

Sauf que nous ne brossons pas dans le sens des poils
Car c'est avec nos sous qu'on nous sert la tambouille.
Si la meilleure cuisine se fait dans les vieilles poêles,
Celle qu'on nous propose n'est pas du genre où l'on touille

Car elle est aussi mijotée qu'une betterave,
Servie par une langue indigente et affaissée
Et qu'une diction désastreuse enfonce et aggrave.

L'abus des gros mots est une pratique courante,
Comme si l'époque était encore à déniaiser !
L'ensemble laisse une impression des plus navrantes.

III

La critique est facile quand l'art est difficile ?
Sauf que l'art, justement, consiste à élever
Au lieu de n'être que l'exécutant docile
D'une idéologie dont il faut relever

Qu'elle macère davantage dans bas-fonds psychiques
Qu'elle ne monte vers les hauteurs de l'esprit humain.
Même quand elle se veut légère, comme dans le comique,
C'est genre « Arrache-moi la jambe, repasse donc demain ! »

Même des acteurs connus font dans l'alimentaire
Et prennent ce qu'on leur offre car dans ce métier,
On n'a pas toujours les moyens d'être altier.

L'on préfère jouer dans un film rudimentaire
Plutôt que d'avaler la poussière de l'oubli.
Plus aucune place n'est solidement établie.

Le Spectre à trois faces


Pas cinéphobe pour autant.

vendredi 4 septembre 2026

D'une reconquête

Blason de la République de Venise (697-1797)

I

Tu votes à droite, tu te tires une balle dans le pied ;
Tu votes à gauche, tu te tires une balle dans la tête.
Ou est-ce l'inverse ? La question se laisse étudier.
Le pigeon votant est rarement de la fête ;

On lui promet tout pour ne tenir presque rien,
La carte du joker étant la conjoncture.
Or, comme ceux qui sont aux commandes sont des vauriens,
L'on obtient plus de mélasse que de confiture.

Du reste, on a les gouvernants que l'on mérite.
Telles seraient les vertus de la démocratie.
Sauf que c'est surtout de ses tares dont on hérite.

La France est un pays où les mots se laissent dire
Mais seuls certains jouissent de la suprématie,
Et peu importe que les faits viennent les contredire.

II

La Politique doit s'inspirer des bons principes,
Le premier étant celui de réalité,
Sans toutefois donner lieu à des stéréotypes
Ni dépendre du fil de l'actualité,

Mais simplement considérer ce qu'il se passe,
Non pas par le prisme de l'idéologie
Qui cherche à plier le réel à son espace,
Quitte à user, s'il le faut, de démagogie.

C'est dire qu'aujourd'hui, on n'ose plus nommer les choses
Car les mots sont piégés d'être trop connotés
Et finissent ainsi par être déconnectés.

Les reconquérir est alors une noble cause,
Quitte à devoir raboter les oreilles de bois,
Plus sensibles au gros tambour qu'au doux hautbois.

Le Spectre à trois faces
 
Politique parallèle