Décryptage et Revalorisation de L'Art de L’Écu, de La Chevalerie et du Haut Langage Poétique en Héraldique. Courtoisie, Discipline, Raffinement de La Conscience, état de Vigilance et Intention d'Unicité en La Fraternité d'un Nouveau Monde !

mardi 6 décembre 2022

En voiture !


La France de jadis était quarante fois plus vaste
Qu'aujourd'hui - non qu'elle le fût vraiment,
Quoique les paysages avaient encore tout leur faste -
Parce qu'on se déplaçait bien plus lentement,

Rapport aux véhicules à traction animale
Sur un réseau routier à peine entretenu,
Avec des carrosses souvent chargés de lourdes malles.
Puis l'on s'arrêtait aux relais, le soir venu,

Pour ne repartir que le lendemain matin.
Il arrivait même qu'on dût changer d'attelage,
Surtout pour les grandes distances ou les longs voyages.

En cette matière, le cocher savait son latin,
Disant : « Qui veut aller loin ménage sa monture.
C'est l'heure de repartir, tout le monde en voiture ! »
 

lundi 5 décembre 2022

Les farfadets


Les farfadets appartiennent au monde des lutins,
Quoique n'étant pas tout à fait de la même espèce.
Ce sont des esprits follets du genre plaisantins
Mais de caractère léger et plein de finesse,

Aimant par dessus tout jouer des tours,
Sans pour autant que cela prête à conséquence.
Ils vivent dans les bois ou du moins aux alentours
Mais jamais loin des fermes et de leurs dépendances

Où l'on trouve toujours quelque chose à chaparder.
Très actifs, on ne les voit jamais musarder.
Ils auraient, dit-on, un faible pour les fromages,

Allant jusqu'à en dérober dans les placards
En passant par la fente d'un mur de cliquarts.
Une rondelle en bois doit compenser le dommage.


Histoires fromagères

 

Nous, les nains

Les oracles de Cumes (2)

La Sibylle de Cumes, peinture d'Edward Burne Jones (1833-1898)

 

Les années passèrent et ses mots le rattrapèrent.
Ils furent sincères ; juste un défaut d'ajustement.
Dieu est patient, c'est dans la durée qu'Il opère.
Les meules divines tournent lentement mais sûrement. 

Se croyant quelqu'un, l'on se découvre personne.
On reste longtemps sous l'effet d'un tel quiproquo.
Il n'est rien par soi semé que l'on ne moissonne.
C'est du fond de chaque instant qu'en remonte l'écho.

L'on comprend qu'apprendre c'est juste désapprendre,
D'autant que l'ego couve toujours sous la cendre.
« Qui suis-je ? » Est-il réponse à cela qui n'enferme ?

Mystère et silence de Dieu qui nous enseignent.
Que sa volonté soit faite ! Qu'arrive son règne !
C'est par l'abandon que toute chose arrive à terme.

dimanche 4 décembre 2022

Les oracles de Cumes (1)

 
La Sibylle de Cumes, peinture florentine d'Andrea del Castagno (1419-1457)
 

Tout pouvoir, d'où qu'il tienne, est vicié par nature.
Dès lors qu'il n'est de souveraineté qu'en Dieu,
Nul autre que l'âme n'en reçoit l'investiture
Car elle est à jamais au cœur et au milieu.

Ceux qui, bardés des meilleures intentions du monde,
Prétendent le contraire ne sont que des fourvoyeurs,
Quand même se prévalant de connaissances profondes
Dont ils n'hésitent pas à engager la gageure.

Il nous incombe, en ces temps d'extrêmes confusions,
De faire sauter les verrous de toute réclusion
Et cela ne saurait être qu'un acte intime.

Il y aura des pleurs et des grincements de dents *
Car ceux qui croyaient avoir sur tous l'ascendant
Verront qu'ils ont engraissé le mauvais Régime.


* Évangile selon Luc, 13:28

mercredi 30 novembre 2022

Les pensées

 
Blason de Gagarinsky (Russie)
 

Qu’avez-vous donc à fuir votre vie ; est-ce illusion ?
Une fuite toujours en avant, tissée de rêves,
Au milieu des bruits, qui s’agite sans trêve ?
Qui vous fait avaler cet immonde poison ?

Vos sourdes agitations sont des points culminants,
Qui forment autour de vous et en vous des attaches,
Le monde pulvérisé par vos mots bravaches,
N’est qu’un aspect de vos désirs hallucinants.

Le chaos règne du fait même de la course en avant,
Chacune de vos pensées étant une lourde méprise,
Pourquoi ne pas comprendre enfin tous vos tourments ?

Ils viennent d’une dérive qui vous pulvérise,
Que vous restera-t-il au moment de la mort,
D’avoir tenu à vos pensées vous trouble encore.

Océan sans rivage


La traversée des mondes

lundi 28 novembre 2022

Souffrance et délivrance

 
Grandes armoiries de Dublin (Irlande du Nord)


Bien tard, je pris conscience de l’écorchure des âmes,
De leur vide abyssal, de leur extrême perdition.
Ayant vécu recluse longtemps et pour de justes raisons,
J’avais dressé une citadelle au milieu des flammes.

Bien sûr, il me semblait toujours voir le malheur ;
Nous étions abasourdie par la violente ignorance,
Par elle, mille fois, nous nous trouvions face à l’errance.
Nous accusâmes les coups qui atteignaient le cœur.

La vie est une blessure, et ce monde bien plus.
Combien est remplie de ronces notre souffrance !
Être en ce monde, de nos jours, est une mise à nu.

Faut-il enfin tout quitter pour la délivrance ?
De par la connaissance jaillit cette question.
Je la pose, même si j’en sais toute la complexion.

Océan sans rivages


La traversée des mondes

Jeunesse

Blason de la famille Duboys de Labarre (Armorial charentais)

 

Le cœur était tendre pour la jeunesse surprise,
Telle une humble évidence, l’on chérissait le Beau.
L’émerveillement a cette grâce exquise :
Ne jamais trahir, ni les gestes, ni les mots.

La jeunesse avait cette vertu de croître,
D’aimer, sans réserve, le cœur bouillant mais pur,
Lors que nos père et mère veillaient sans décroître,
Sur notre âme pour que soit protégée notre nature.

Mais le règne de la Bête avait sonné et les hommes,
Corrompaient le monde ; avides, ils semaient la peur.
Tout se valait-il, pourvu que l’on consomme ?

Plus aucune règle et, le reste n’était que torpeur.
Pourtant, la jeunesse avait bu au noble Calice.
Quelle est donc, alors, cette œuvre mystificatrice ?

Océan sans rivage


La traversée des mondes

jeudi 24 novembre 2022

De l’autre côté

Blason d'Ochodnica (Slovaquie)


Quelques forêts, un bâton, un morceau de pain,
Alangui dans un vaste pré, les herbes folles,
Le chant de l’alouette et le vacarme au loin,
Les pages écumantes, le temps qui se désole.

De ce bas-monde qui passe, est-il un instant vain ?
Qu’emporterons-nous en cette besace ? Une camisole,
Un serment qui nous pourchasse comme le malin,
Ou bien un soupir, notre dernière parole ?

Des ruines, pierres amoncelées, un brasier prochain,
Des tours de Babel, des coursiers, des idoles,
De ces mouvements, l’on connait tous la fin.

Les hommes peinent à comprendre les paraboles,
Ils construisent des cités, élaborent des projets,
Mais, savent-ils ce qui les attend de l’autre côté ?

Océan sans rivage


La traversée des mondes

Jeu de dés

 

  Blason de la famille Daddi (Italie)


On place toute bonne fortune sur le coup de la chance, *
Comme si elle n'était que l'effet d'une loterie,
Et bien rares sont ceux qui parlent de providence.
Est-ce par peur de s'exposer à la moquerie

Et de passer pour arriéré aux yeux du monde ?
Mais quel monde si celui-ci est pris de folie
Et tient pour normales les pratiques les plus immondes,
Quand les bons sentiments n'y sont que parodies ?

Si l'existence est conçue comme une bulle étanche,
Il ne saurait plus être question de destin
Car, pense-t-on, tout est remis en jeu chaque matin

Et qu'il suffit d'avoir la bonne carte dans sa manche.
L'idée de chance est liée à celle de hasard **
Qui est philosophiquement un vrai bazar.

*   *   *

Pourquoi ? Parce que dans cette boutique, rien n'a de sens,
Du fait que la vie elle-même n'a ni queue ni tête.
Il est donc parfaitement vain d'en faire la quête.
Ainsi ouvre-t-on la porte à toutes les licences,

Certain qu'au final, rien ne prête à conséquence.
Comment expliquer certaines abominations
S'il n'y avait pas là une fatale filiation ?
De toute évidence, on a sauté une séquence.

Même la conception mécaniste du Vivant
Induirait la logique d'une cohérence interne ;
Qu'un après ne sort pas de n'importe quel avant

Et qu'une cause produit tout simplement un effet.
Beaucoup tiennent pour aboutie la pensée moderne
Dont ils retiennent un bienfait contre mille méfaits.


* Le mot « chance » vient du médiéval « cheance » (12e siècle), lui-même issu du latin populaire cadentia (les choses qui arrivent), participe présent pluriel neutre de cadere, « tomber » et qui s’employait en latin classique en parlant du jeu d’osselets et de dés.

** Voir sur ce blog Discontinuité et impermanence (7) ainsi que Essence des Mots, où Le Hasard retrouvé sur
Naissance et Connaissance.

mercredi 23 novembre 2022

Interstice de l’inframonde

Blason de Vutabosinsky (Russie)

 

Puisque je vous ai courtisées, Ô hirondelles,
Puisque je vous ai caressés, Ô pourpre et or,
Puisque mon cœur bat, depuis toujours, fidèle,
Je vous confie, à vous amis, mon seul trésor !

J’ai couru, épuisant mon souffle dans le vent,
J’ai soupiré dans l’écho violent des orages,
J’ai ri avec les vagues écarlates, notre océan,
Lors, je vous offre rubis, rose et même mes rivages.

Puisque j’écoutais le rossignol, son prélude,
Et que je m’envolais sur les ailes diaprées,
Tandis que le ciel avec mansuétude,

Nous accueillait. Et puisque le matin se décorait,
Des perlées du romarin et de la Narcisse,
Il me vint, alors, de voir cet interstice.

Océan sans rivage

La traversée des mondes

Blason de Markstridsskolan (Suède)

lundi 21 novembre 2022

Dragon en inframonde

Blason de Klagenfurt (Carinthie, Autriche)
 

Les hommes nous semblaient empreints de platitude,
N’ayant du rêve qu’un élan exempt de folie,
L’instinct d’une vie qui se déploie sans amplitude,
Des âmes tâtonnant dans les méandres de la nuit.

Il nous fallait du souffle, puis de la rectitude.
Nous marchions près des rives ; elles étaient infinies.
La déraison, l’arme des cœurs pleins de gratitude,
N’a que faire de nos raideurs ; plutôt elle en rit.

Sauvage, un dragon ailé dans la sombre nuit,
Volait au firmament guettant sa proie nouvelle.
Je gage que son feu éteint cherchât sa Belle.

Il descendit jusqu’à toucher par son haleine,
Une terre misérable, accablée et sans répit.
Avait-il perçu la fleur qui naissait à peine ?

Océan sans rivage

 

La traversée des mondes

dimanche 20 novembre 2022

Amour en inframonde

Tapisserie du 14e siècle tissée à Strasbourg
(Musée autrichien des arts appliqués)


Il nous fut donné le choix, c’est vrai, malgré nous,
D’épouser la joie d’une réelle délivrance,
Mais en chemin, il arriva, malgré nous,
Le début d’une vaine ou épique errance.

Nous fûmes projetée vers un monde étrange,
Nous l’avions oublié, nous le reconnaissons.
Mais ce monde fut l’effet de notre mélange ;
Nous acceptâmes d’y plonger sans concession.

Nous découvrîmes les abîmes d’un Amour,
Le chant impossible d’une grande souffrance,
Sans doute, était-ce la folie d’une béance ?

Défis de la vie, les cœurs meurtris en labour,
Les obsolescences, les défriches d’une âme,
Cette histoire se veut fidèle à l’implacable drame.

Océan sans rivage


La traversée des mondes

Rimes de l’inframonde

Blason des Bermudes (Territoire britannique d'outre-mer)
 
 
Marchant comme hébétées, la flamme et l’allégresse ;
La rose est une lance ; bien meurtri est ce cœur,
N’ayant de l’inframonde qu’un instant de douleur ;
Mais pourquoi les hommes vivent cette détresse ?

D’Azur, le monstre s’échappe et poursuit une chimère ;
Par l’enfant immature, la corde est rompue mille fois.
Où donc s’en va mon âme brisée dans le fracas ?
Le bateau ivre tangue et je n’ai plus de lumière.

Ces rimes connaissent une fin pleine d’amertume.
Le monde a dénié d’entrer à la lueur du flambeau :
La jeunesse trépigne, la vieillesse tombe de haut.

Ces rimes impromptues sont lancées telle une écume,
Lors que la nef sombre et le bois hurle de terreur.
L’océan a pris forme en ces heurts et malheurs.

Océan sans rivage

 

La traversée des mondes

vendredi 30 septembre 2022

Archaïté


Blason de Vauthiermont (Territoire de Belfort)

 

Prendre Dieu à témoin ne vaut rien dans ce monde
Qui ne croit pas davantage à Lui qu'au Diable,
Mettant sur un même niveau le sublime et l'immonde
Qui sont étalés pêle-mêle sur la même table.

Le bateau, qui n'a plus ni pilote ni boussole,
Se condamne lui-même au plus funeste destin.
De ce sombre horizon, les hommes se désolent,
Mais l'équipage ivre fait de piètres mutins.

« C'est la faute de l'autre et j'en suis la victime.
De m'en plaindre est mon droit le plus légitime. »
L'innocence est moins un état qu'une tentation.

Chacun des partis se prévaut d'une juste cause.
De fait, ce sont toujours deux raisons qui s'opposent,
Sans vouloir monter au point de conciliation.

* * *

Car après s'être joyeusement pourfendus,
L'un se retrouve tout nu et l'autre en culotte,
Sans qu'aucun à une raison ne se soit rendu,
Prêt à piquer encore si quelqu'un s'y refrotte.

Pourquoi se combattre au lieu de s'entendre ?
La paix est d'autant plus précieuse qu'elle est précaire.
Monter est plus difficile que de descendre,
Comme de se dissoudre plutôt que de s'abstraire.

Ce monde a toujours été une foire d'empoigne,
Les uns rouvrant les plaies que les autres soignent ;
Et ce siècle-ci est d'autant moins exemplaire

Qu'il était censée être plus civilisé.
Dans les faits, il est plutôt à s'archaïser
Et donc à hâter son destin crépusculaire.

Chroniques d'un monde finissant

mercredi 21 septembre 2022

L'été est fini


 
L'été incandescent nous fait sa révérence
En nous offrant ces fastes journées de septembre
Où la nature déverse sa corne d'abondance.
Comme semblent loin encore les brumes de novembre

Que les nuits précoces et longues rendent mélancoliques !
C'est tout en douceur que l'automne fait son entrée.
À la pâquerette d'avril succède la colchique
Qui saupoudre la prairie rase de touches pourprées.

Les pommes finissent de mûrir dans les vieux vergers
Et les citrouilles grossissent au fond des potagers.
Entends l'adieu à la saison d'une alouette

Et admire le vol tranquille du milan royal !
Une nuée de choucas tranche le ciel automnal
Poussant leur cri qui évoque celui des mouettes.


Histoires fromagères

mardi 20 septembre 2022

Du bon beurre


Le beurre s'obtient en barattant la crème du lait.
Ainsi, ce qui était liquide devient solide.
Cela se faisait après la traite, sans délai ;
Il ne fallait pas avoir la main trop placide.

Le lait de pâture dépasse celui d'étable
Et le beurre qu'on en tire est d'une belle couleur jaune.
L'autre, d'usine, paraît bien morne sur une table.
Celui de fabrication fermière le détrône.

Peut-être peut-on y voir une allégorie
Sur la manière d'élever l'enfant pour faire l'homme ?
Il ne s'agit pas de changer la poire en pomme

Mais de former le meilleur d'une catégorie.
Une bonne éducation doit être douce et ferme,
Et ce, avant que l'enfance n'atteigne son terme.


Histoires fromagères

vendredi 16 septembre 2022

Le fond une fois atteint

 

 Blason de Klein Rottmersleben (Saxe-Anhalt, Allemagne)


La France est arrivée à son niveau zéro
Et ce fond une fois atteint, la voilà qui creuse !
Ses orifices buccaux ne produisent que des rôts
Et la moindre de ses décisions est foireuse.

Mais elle se pique de plus belle de son pedigree
Et achève de dilapider son héritage,
N'ayant de cesse que d'avoir tout désintégré,
Avec aux commandes des pilotes de bas étage.

Son agriculture est en complète déshérence
Et son industrie est bradée aux mercanteux.
Tout sombre et divague sur les chemins d'errance.

Le déclin intellectuel, la chute morale
Et la corruption mènent vers les fonds crapoteux.
Tels sont ces temps de déliquescence générale.

Le Spectre à trois faces


vendredi 9 septembre 2022

Table de fête


Je me souviens des repas de fête d'autrefois,
Une époque qui semble aujourd'hui lointaine
Et dont, je l'avoue, j'ai la nostalgie parfois.
On servait dans des cruches l'eau tirée d'une fontaine

Et un vin très léger qui sentait le tonneau.
Souvent, la table était dressée dans la grange,
Un assemblage de planches posées sur des tréteaux.
Au temps des récoltes, des cueillettes et des vendanges,

On ne mangeait que des fruits issus du verger
Et les légumes provenaient tous du potager.
La basse-cour, quant à elle, fournissait la volaille.

Les produits étaient de terroir et de maison
Et l'on avait de quoi faire selon la saison.
Ces bons mets invitaient à de joyeuses ripailles.


Histoires fromagères

dimanche 4 septembre 2022

Considérations pompières

 

Blason de Tuulos(Kanta-Häme, Finlande)


Hier encore, on poussait à la consommation ;
Aujourd'hui, on veut revenir sur l'abondance.
La formule légère fait effet de sommation.
C'est le Bonhomme Rigueur qui entre dans la danse.

Sauf que ceux qui prétendent refréner cette ivresse
Sont loin d'être des modèles de sobriété,
Assurés, par ailleurs, d'avoir toujours bonne presse
Et de ne pas courir le Mont-de-piété.

« Faites ce que je dis, surtout pas ce que je fais ! »
Change-t-on une pomme en poire ? Personne ne se refait !
Chez ces gens-là, l'ascenseur n'est jamais en panne.

Certes, il faut cesser cet état d'ébriété
Qui est de ce système la claire propriété.
Mais peut-on confier l'extincteur au pyromane ?

Le Spectre à trois faces
 

vendredi 2 septembre 2022

Les deux chèvres


La chèvre n'est pas à foncer comme le bélier
Mais elle n'en est pas moins une bête portant la corne
Et qui gambade volontiers lors qu'elle est déliée.
Elle serait même du genre à dépasser les bornes.

L'on garde en mémoire l'histoire de ces deux chèvres *
Qui s'émancipèrent et devinrent des fugitives.
Parvenues sur les bords des eaux de la Sèvre,
Chacune de son côté voulut changer de rive.

Le pont n'étant pas assez large pour deux passants,
Aucune n'accorda à l'autre la préséance.
Comme nulle ne céda, le ton se fit menaçant.

Elles croisèrent les cornes ; pas question de reculer !
Mais voilà, toute dispute arrive à échéance
Et c'est de conserve qu'elles finirent par basculer !


Histoires fromagères
 

* Jean de La Fontaine, Les deux chèvres, Livre XII, fable 4 (1691)

Lire aussi

                          La chèvre                    La vache et la chèvre

Le broutteux



Non, le broutteux n'est pas un homme qui broute de l'herbe,
Même s'il peut avoir le caractère ruminant,
Plus enclin, dans ce sens, à remâcher du verbe. *
Ce terme, peu usité et plutôt surprenant,

Désignait autrefois un pousseur de brouette,
Plus précisément dans la région de Tourcoing.
Il ne vient ni du flamand, ni du pataouète
Mais d'un patois local qu'on parlait dans le coin.

Ce véhicule servait à transporter la laine
Qu'on allait livrer, une fois cardée, au proche bourg.
Le mot, qui se prête volontiers au calembour,

A fini par franchir les limites de la plaine
Pour aller s'infuser dans le bocage normand
Où les gens du cru l'adoptèrent, tout bonnement.


Histoires fromagères


* « Il y a deux sortes de ruminants : les bovidés, qui ruminent l'herbe, et les humains qui ruminent du verbe. » Jacques Sternberg, Dictionnaire des idées revues (Denoël 1985).

Rien ne sert de courir

 

L'homme moderne est pressé ; il a hâte d'arriver
Pour passer à autre chose. Il brûle les étapes,
Sans voir que les raccourcis le font dériver.
Le Diable tient une boutique de farces et attrapes.

Il y vend des horloges qui font gagner du temps
Et grâce auxquelles on ne perd pas une seule seconde,
Mais sans jamais en avoir une de reste, pourtant !
L'on veut, d'une enjambée, aller au bout du monde,

Jusqu'à confondre départ et destination,
De sorte à ne plus même changer de station.
Sans doute demain les voyages seront-ils statiques ?

Car les extrêmes se rejoignent. L'hypertrophie
S'achève et s'abîme platement dans l'atrophie,
Par une sorte de fatalité mathématique.


Histoires fromagères

jeudi 1 septembre 2022

Voies funestes

 

 Blason de Kanepi (Estonie)


Les voies de l'enfer, pavées de bonnes intentions,
Ne révèlent pas d'emblée leur direction funeste.
Aucun panneau jamais n'en fait la claire mention,
Pas plus qu'il n'y a de douane à l'entrée, du reste.

L'on se croyait monter, ce n'était qu'une descente.
La première porte de l'enfer est toujours fleurie.
Les stupéfiants donnent cette illusion stupéfiante.
Mais bientôt, en lieu et place d'un ange qui sourit,

C'est un démon cynique qui ouvre la seconde,
Disant : « Dépose ton âme avant de la franchir
Car elle est ici plus à noircir qu'à blanchir. »

Chaque génération qui advient croit que le monde
Est né avec elle, traitant l'ancien de ringard,
Avant d'afficher à son tour un air hagard.

Chroniques d'un monde finissant