Décryptage et Revalorisation de L'Art de L’Écu, de La Chevalerie et du Haut Langage Poétique en Héraldique. Courtoisie, Discipline, Raffinement de La Conscience, état de Vigilance et Intention d'Unicité en La Fraternité d'un Nouveau Monde !

mardi 18 juillet 2017

Eaux douces


Blason de Rottenschwil (Argovie, Suisse)

Les eaux douces paraissent calmes, ce n'est qu'une apparence
Car il n'est pas un lieu qui n'ait son prédateur.
Cette rivière semble tranquille de sa transparence ?
En elle se tapit un redoutable chasseur.

À l'affût, bien caché dans les herbes aquatiques,
Le brochet attend patiemment que passe sa proie ;
C'est un anticipateur* et un pragmatique ;
Ses attaques sont si fulgurantes qu'elles sèment l'effroi.

Il faut, dit l'adage, se méfier de l'eau qui dort.
Sait-on ce que le destin réserve comme sort ?
Celui qui marche doit garder sa vigilance

Car en l'impermanence, rien, jamais, n'est acquis ;
D'une évidence, ce réalisme est requis ;
La prévenance nous évite bien des pénitences.

Marc

Blason de Grube (Brandebourg, Allemagne)

* Gilles Wurtz, Chamanisme celtique : Animaux de pouvoir sauvages et mythiques de nos terres, Véga 2014

lundi 17 juillet 2017

Paroles de castor


Blason des familles Belanger (Nouvelle-France)

D'azur au chevron d'or chargé de trois de lys du champ,
une île de sinople en abîme chargée d'un castor au naturel.

Après mûre réflexion, Le voici sur la rive.
C'est alors qu'Il rencontre notre ami castor.
Celui-ci n'est pas moins pensif. Quoi qu'il arrive,
Il sait, au lendemain, donner son plein accord.

Noble Roi qui songe aux heures qui passent,
Est ému par un si noble et vaillant animal.
Agencement et ordre, chez lui, sont efficaces.
- Y perçois-je ce réconfort des plus familial ?

Notre bête s'entoure des règles de sécurité.
Qu'une telle structure soit, est à nous interpeller.
Pourtant, une simple rafale et tout peut s'envoler.

- Majesté, je suis enclin à tout mesurer,
Ne le nie. J'apprends à ne point m'y attacher.
Or, Votre Présence est d'avantage à m'honorer.

Océan sans rivage

Blason de Saint-Laurent-de-Brèvedent (Seine-Maritime, Normandie)

D'or à la bande ondée d'azur chargée de deux annelets d'or remplis à l'intérieur du 1er d'un lion posé en barre et du 2e d'une aigle posée en barre, le tout d'or, accompagnée en chef d'un arbre de sinople et en pointe d'un castor de tenné.

La cigogne et les hirondelles


Blason de Gablenz (Saxe, Allemagne)

Dame Cigogne, en ce jour d'un été ardent,
Arpente le pré fleuri de ses hautes pattes.
Tout à son affaire et lors partout regardant,
N'en admire pas moins les hirondelles, s'en épate

Et se dit en elle-même : « Oh ! comme il me plairait
De voler ainsi, en la plus folle des ivresses !
Dessiner dans le ciel des entrelacs siérait
À ma nature exaltée, prompte à l'allégresse.

Las ! mon corps ne m'autorise pas de telles prouesses
Et je le dois accepter tel que Dieu l'a fait.
L'on fait fausse route a être toujours insatisfait.

Demeurer à sa place me semble bonne sagesse ;
L'envie, comme l'avarice, n'amène que du chagrin.*
L'on a déjà bien assez à mener son train.
»

Marc


* L'envie et l'avarice traînent à leur suite une multitude de chagrins ; garde-toi de vivre dans leur société. (Proverbes et pensées arabes, 1838)

                                               Voir aussi     L'Oie et la Cigogne
                                                                   Dame Cigogne
                                                                   Cigogne bicéphale

dimanche 16 juillet 2017

Visage de mon visage


Blason de Stockholm (Suède)


Il est un filet de ruisseau qui s’est exclamé.
Il est une Roche cristalline qui s’est écriée : « Oh quelle Beauté ! »
Il est des scintillements qui ont dansé depuis le miroir de L’Azuré, t’en souviens-tu ?
Les Brassées de Nues formaient les mondes scripturaux.
Ô Par-Delà ! Ô Par-Delà !
Tel est Ton Nom !
J’y marchais et Te voilà !
Le Ciel s’est élargi de Ton Visage !
Mon cœur en est Le Temple.
Visage de mon visage !
L’Univers entier est plein de Toi !
Fusion en ce face à face.
Voici que les yeux rayonnent des Contemplations de Ton Auguste Présence !
Si les mondes successifs s’évanouissent, il en est mille autres qui surgissent.
Entre en ce Silence !
Qu'est-ce donc que cela qui est subtil et qui parle en son Bruissement ?
Des multitudes de vibrations sont à se concentrer.
Concentre-toi !
Oh ! concentre-toi !
Quelle Beauté !
Jaillissement en cette soudaineté !
Alignement et ondoiement.
Silence !
La pupille observe en Son Observance.
C’est en ce Par-Delà, qu’Il est Lui !
Visage de mon visage !
Douceur de L’Ineffable et du murmurable !
Aucune espèce de retenue face à cette Libération.
Il est à rire des rires de La Seule Victoire !
Quelle est donc cette Joie ?
Celle du Temps qui se concentre !
Quel est donc ce Temps ?
L’Amour en La Sublimité des Réalités du Voyage !
Ô Voyage !
Ô Par-Delà ! Ô Par-Delà !
La voile touche Le Flanc du Tout Possible et s’offre au Vent du Large !
Des Drapés de Ta Principauté, et des contrées de Ton Effluve.

Océan sans rivage

Voir aussi sur La profondeur

Sagesse de la Belette


Blason de Sainte-Agathe-en-Donzy (Loire)

Dame Belette, qui s'en court les greniers et les granges
À la poursuite d'une proie dont elle fera butin,
N'est point de celles que l'on voue d'ordinaire aux anges,
Quoiqu'on ne lui sache pas le caractère hutin.

Les petits doivent survivre souvent par la ruse,
C'est par nécessité qu'ils usent de duperie.
L'on prend le juste nécessaire et point n'en abuse ;
L'on a de la retenue, sans fausse pruderie.

La tradition rend justice à la damoiselle
En faisant d'elle un symbole d'ingéniosité ;
L'animal s'en honore mais sans préciosité.

Par ailleurs, il n'est point besoin qu'on la muselle
Car on lui prête comme qualité la discrétion
Et même une certaine sagesse, mais sans digression.

Marc
____

Tranché: au 1er d’azur à l’anille d’or, au 2e de sinople à la belette au naturel passant dans le sens de la bande; à la bande d’or chargée de trois flammes de gueules, brochant sur la partition.

samedi 15 juillet 2017

Mon secret


Blason de Belmont-sur-Lausanne (Canton de Vaud, Suisse)

De gueules au mont à trois coupeaux d’or,
au chef d’argent chargé de trois hannetons au naturel.

                                         Dans mon coffre aux souvenirs
                                         Il y a les hannetons et les violons
                                         Les douces fougères caressant nos jambes
                                         Les têtards que nous attrapions
                                         Les boutons de rose embaumant
                                         Les cerises sauvages
                                         Les papillons après lesquels nous courions
                                         Les roulades et les rires dans les herbes
                                         La moiteur de l'été sur les vélos malmenés
                                         Puis l'automne avec ses odeurs et ses couleurs
                                         Les suaves soirées sur les trottoirs, à jouer
                                         L'écho de nos voix dans la cité
                                         A la nuit tombée
                                         Et tout en haut dans l'arbre
                                         Mon plus grand secret
                                         envolé

Océan sans rivage

vendredi 14 juillet 2017

Songerie d'une errance ou Le Chant des Lutins (2)


Blason de Cherbourg-Octeville (Manche, Normandie)

D'azur à la fasce d'argent chargée de trois étoiles de six rais de sable,
accompagnée de trois besants d'or.


Tous les lutins se lèvent aux aurores, lors que le petit bruissement vient épancher le branchage des bouleaux.
C'est là qu'au creux de certains troncs, ils aiment attendre.
Qu'attendent-ils réellement ?
Ils ont chacun une songerie qu'ils recueillent lors que le vent arrive.
Dès qu'une feuille frémit, vous savez bien, comme si les mains de tous les arbres vous saluent, les lutins se balancent et attrapent le songe qui leur est destiné.
Ces visions sont, pour chacun, le signe effectif qu'ils ont veillé dans la nuit, en cette danse de l'esprit circulaire.
Certains choisissent de ne jamais raconter leur songe.
Ils se retirent en secret et lèvent les mains de la supplique.
D'autres vont saupoudrer les herbes et les lacs de leur image féerique.
Ce que peu savent, c'est que, ces lutins des sous-bois sont la plupart si bien cachés, que nul ne soupçonne leur réalité.
Leur image est une Contemplation que les cimes les plus élevées portent en cet Azuré.
Chaque image est tel un livre qui se déploie.
Les lutins chérissent ces moments qui sont pour cette petite assemblée une Joie monumentale.
Les songes ont le goût des vieux parchemins.
Ils sont arrosés des effluves du par-delà.
Des senteurs qui se conjuguent aux caresses du bleuet et de l'aubépine.
Les lutins détiennent les secrets d'une langue très ancienne.
Lors que les songes sont déposés sur les feuillets éthérés, la lumière, aussitôt, effleure tel un sourire délicat, le cœur des fleurs à peine écloses.
Celles-ci se transforment en un visage resplendissant de rayonnement Solaire.
Les perles de Lune viennent compléter les ondoiements de L'Aube.
Ainsi, les lutins s'écrient ensemble : "Hourra, Le Jour est L’Épousée !"
Il arrive que parfois les songes ne fassent qu'Un. Lors, La Célébration est d'autant plus incroyable, que La Mariée écarte le voile de son visage. Seule une Tente, que l'on a dressée au milieu de la luxuriante végétation, lui sert d'abri.
Soudain, mon frère Romary apparaît.
Il s'avance comme éperdu d'un bonheur indicible.
Ses yeux sont fébriles d'un état quasi extatique.
S'extraie-t-il enfin de la mélancolie ?
La vision de La Mariée est tout ce qu'il attend.
Il marche sur le sentier aérien.
Une corde lui sert d'échelle invisible.
Le voici à nous montrer le chemin.
L’Épousée se métamorphose en L'Etoile Vénusienne.
Lors de cette ascension, il rencontre toutes les Etoiles.
Chacun, tour à tour, est à se faire des Révérences.
Quant à moi, je le regarde avec vénération.
Mon frère Romary est en sa toute plénitude.
Je l'ai vu enfouir un rais de Lune dans sa poche.
J'en pleure d'une ineffable émotion.
Il m'avait promis de m'en ramener un.
Je réalise qu'il tient sa promesse, lors que je devine qu'il vit, sans conteste, cette ascension en sa toute crucialité.

Océan sans rivage

Dessin de John Bauer (1882-1918)

Périple d'une sauterelle


Blason du Marquis de Faucher de la Ligerie (Limousin, Guyenne, Périgord, Saintonge)

De gueules, à la sauterelle ou faucheur d'or, posée en fasce.

C'est une sauterelle égarée dans les bruyères.
Les herbes ont nimbé de lumière ses petits sauts.
Je l'ai vue se tenir sur la Rose trémière.
Trace-t-elle son périple du délicat pinceau ?

Si vous la surprenez, je suis encor près d'elle.
Elle me chante les soleils de la pleine saison.
C'est au bord du ruisseau des mille et une étincelles,
Que mon cœur, en elle, confie toute sa raison.

Des frémissements de son doux chant bucolique,
L'Esprit est enfin au repos et vagabonde.
Ne vous fiez pas au crépuscule de L'Onde.

Sur la mousse, sous les pins sylvestres, je la suis.
Elle est à me conter les œillets, les belles de nuit,
La Lavande et La Capucine nostalgique.

Océan sans rivage

Poésie héraldique allemande - Juliusburg


Wappen von Juliusburg (Schleswig-Holstein, Allemagne)

In Rot über silberner Burg ein golden beschwingtes Engelsköpfchen.

                              Dein Kind ist's, Mutter! Und dein Herz laß klopfen,
                              Und scheuch' ihm ersten Schlaf mit seinem Schlag,
                              Wirf ihm ins Haupt den scharlachroten Tropfen,
                              Erzwing' die Leuchte seinem Lebenstag!
                              Stürz' deine Kniee auf die Silberstufen,
                              Die himmelan in steilen Türmen gehn.
                              Dein Auge zittre! Gott, den du gerufen,
                              Er reißt dich auf und läßt in dir sich sehn.

                              Die Hände leer! Kein Nehmen mehr und Schenken;
                              Denn was dir kommt, das will dich arm und scheu.
                              An deinem Bett kein Brau'n von Liebestränken
                              Noch Bettlergreinen kraftlos dürft'ger Reu',
                              Kein Denken, scharrend gleich geschäft'gen Hennen,
                              Das ängstlich sich um kleine Speise müht:
                              Nackt sei dein Leib und innig dein Erkennen
                              Der Lust, die funkelt, und der Qual, die glüht.

                              Heut bist du ewig, weise und erhaben,
                              In dir ist sel'ge Wahrheit ausgesagt,
                              Für dich hast du das Rätselspiel begraben,
                              Das vor des Todes Unbedingtsein zagt.
                              Die Wände zucken blau und voll Kometen,
                              Das Fenster flammt. Zum Berge wächst das Spind
                              Und neigt sich fromm dem Säugling des Propheten,
                              Um dessen Wiege Leu und Otter sind.

Deux sentinelles


Peinture d'Eduard von Grützner (1846-1925)

– Frère Eugène, il me semble que le vin n'inspire
Qu'ivresse bien éphémère et que plate euphorie.
Lors, je me veux nettoyer la moindre scorie
De mes compulsions anciennes, car mon âme aspire

Désormais à de plus hautes préoccupations.
Je me dois réserver pour les vignes du Ciel,
De mon salut ne plus donner procuration
Et poser sur mon chevet le pénitientiel.

– Frère Maurice, quoique n'étant point votre confesseur,
Ni même, hormis en cuisine, votre professeur,
Je m'honore de cette confidence qui m'interpelle,

Étant moi-même à la contrition fort enclin.
En ces temps où partout l'esprit est en déclin,
Il nous incombe de nous en faire les sentinelles.

Marc

jeudi 13 juillet 2017

Trois fleurs des champs


Blason de Ciez (Nièvre)

D'azur à cinq épis de blé tigés et feuillés d'or en bouquet avec un bleuet, un coquelicot et une marguerite, les trois au naturel brochant sur les tiges de blé, le tout lié d'argent et surmonté de l'inscription du même « CIEZ », ordonnée en arc de cercle.

Voici le Bleuet, symbole de délicatesse
Et messager des sentiments naïfs et purs ;
Voici le Coquelicot, des champs de détresse *
Le réconfort qu'aux âmes meurtries Morphée procure ; **

Et voici la noble Marguerite, qui est fleur
D'innocence et symbole de l'Amitié fidèle.
Vous mouchetez l'or mouvant de vos vives couleurs,
Tel un semis d'étoiles dont le ciel se constelle.

T'en souvient-il, mon frère ? Nous les allions cueillir
Dans les blés murs, avant que la faux ne les jette
À terre, lors que dans l'azur chantait l'alouette.

Nous en faisions de beaux bouquets pour les offrir
À notre mère, au retour de nos escapades
Dans les bois ou de nos champêtres promenades.

Marc

Blason de Gallairdbois-Cressenville (Eure, Normandie)

D'or à la faux et au râteau passés en sautoir et à la fourche en pal, le tout au naturel, à la feuille de cresson de sinople brochant en abîme sur le tout ; chaussé d'azur de quatre épis de blés d'or, ceux des flancs plus grands, les deux de dextre senestrés d'une pomme posée en barre au naturel et les deux de senestre adextrés d’un bleuet, d’une marguerite et d’un coquelicot mal ordonnés, le tout au naturel.

* les coquelicots fleurissaient sur le bord des tranchées et sur les tombes des soldats (phénomènes remarqués dès les guerres napoléoniennes) , et leur couleur rouge était un symbole approprié pour le bain de sang de la guerre de tranchées. (Wikipédia)

** D'après la mythologie, Morphée touchait d'un coquelicot ceux qu'il voulait endormir.

Frère Eugène en sa méditation


Peinture d'Eduard von Grützner (1846-1925) In der Klosterküche, 1911

L’Étincelle est fulgurance et vive de Sa Cible.
Le jour soulève les questions et nous déride.
Je pense soudain à ces nuits qui nous font fuir,
Lors que L'Aube rosale est à nous séduire.

Frère Eugène observe nouvellement le repas.
Il est simplicité frugale. Juste mesure ?
Il en doute aujourd'hui et tout lui semble plat.
Ce bon Maurice n'a plus si fière allure.

Son regard a quelque chose de nostalgique.
Il s'enfonce dans les allées du cloître, hébété.
Je l'ai vu suivre un papillon, hypnotisé.

Il parle d'un étrange Roi qui l'aurait visité.
A sa bouche, il n'est rien de plus magique.
Le vin, c'est sûr, a eu raison de sa pensée.

Océan sans rivage

mercredi 12 juillet 2017

Demeure


Blason d'Altendorf (Rhénanie du Nord-Westphalie, Allemagne)

Les heures, les jours, les semaines et les mois s'enchaînent ;
Passent les années, coule le temps, s'écoule la Vie,
Jalonnée par quelques joies et beaucoup de peines.
Parfois, les choses filent droit et parfois, elles dévient.

Pourtant, il n'est pas un instant qui ne s'inscrive
Dans la trame mystérieuse de la Destinée.
L'on traverse un monde pour rejoindre la rive
D'un autre, quand de l'âme l'enveloppe s'est fanée.

Longtemps, l'on a cru vivre, croyant le savoir.
C'est à l'Instant qu'aboutit une vie entière
Et que se pose d'une demeure la poutre faitière.

Mille savoirs ne sont rien, ni du monde tout l'avoir
Sans l'Amour qui donne à la conscience sa Lumière.
Il transforme en palais la plus humble chaumière.

Marc

Voir aussi sur Naissance et connaissance

Le Rêve de Frère Maurice (2)


Peinture d'Eduard Theodor Ritter von Grutzner (1846-1925)

Lors que les pas sont sur le chemin d'un rêve,
Est-on encore le solitaire que l'on croit ?
Si la mouche vole vers la pleine Lumière et s'élève,
Lors, n'en-est-il pas ainsi de mon esprit, son droit ?

Le Roi qui ralentit le pas pour son frère,
Sourit et lui tend une main bienveillante.
Frère Maurice hagard ne comprend guère :
- Ce Roi me vêt d'une attitude si accueillante !

Il est soudain comme une pudeur qui m'étreint.
Ai-je jamais pris la mesure de notre ministère ?
Cette promenade est-elle un rêve lucide ?

Me voici bien benêt, je le sens soudain.
Un Roi, s'adresse-t-il à un misérable frère ?
Je suis en cet émoi qui me rend comme languide.

Océan sans rivage

Voir Le Rêve de Frère Maurice (1)

mardi 11 juillet 2017

À la saint-Benoît


Blason de Mühlhausen im Täle (Bade-Wurtemberg, Allemagne)

Du précédent, chaque jour un saint prend le relais
Pour confirmer ou infirmer le temps qu'il fait.
Le dicton d'aujourd'hui n'est pas de bon augure
Car le mois entier menace de faire pâle figure.

Voici ce qu'il dit : s'il pleut à la saint-Benoît,
Il pleuvra durant trente-sept jours au moins, plus trois.
Autant dire que l'été connaîtra le déluge,
Quoique le temps ne soit pas chose dont l'on préjuge.

Un autre dicton rapporte que pour saint-Benoît
Le coucou des bois chante toujours aux bons endroits.
L'on ajoute : s'il n'a pas chanté à Notre-Dame,*

Il est tué ou bâillonné, donc se taisant
À jamais, jusqu'au printemps prochain, renaissant.
C'est ainsi que passe le temps et qu'il tisse sa trame.

Marc


Blason de Bronnweiler (Bade-Wurtemberg, Allemagne)

* Notre-Dame du Mont Carmel, fêtée le 16 juillet.

mardi 4 juillet 2017

Songerie d'une errance ou Le Chant des Lutins


Blason de Gribov (Slovaquie)

         La folie est un tourbillon d'errance.
         Je l'ai rencontré et il est là.
         Les petits pas font de grands pas.
         Je l'ai rencontré sans savoir pourquoi.
         La croisée d'un chemin est L'Inattendu.
         Puis Tout a Son Sens, sans conséquence.
         Nous dansons, nous rions et nous mourons !
         Nous sommes ces drôles de facétieux lutins !
         En rondes incessantes, en L’Été des feux de La Transparence,
         En effervescence pour que se réveillent les cœurs,
         Semons La Semence et songeons au moment qui se fécondent !
         Au cœur des sous-bois, lors que L’Espièglerie est Bonté,
         Des ruisselances des couchers du sanguinolent Astre.
         Buvons, buvons à L'Amour de notre Innocence !
         La folie est une Sagesse qui se cache au bord des chemins.
         Les petits pieds ont l'hésitation des escargots.
         En cet élan, il a trébuché, puis s'est relevé !
         S'est-il arrêté ?
         Que nenni, le voici à sautiller !
         Il fait de petits bonds, puis chausse les bottes d'un chat.
         Les cents Lieux sont des contes que l'on ne prend plus au sérieux.
         Je l'ai entendu éternuer des pollens de la saison.
         Le voici qui continue et mange trois champignons.
         Que nenni, ce ne sont pas des haricots !
         En chacun, il est un Centre du monde.
         Qui est-il ?
         Ne l'avez-vous pas compris : il s'agit de mon frère et je l'appelle Romary.
         Il n'est pas le solitaire que l'on croit.
         Il est en sa singularité à nous parler de tous les petits mystères.
         Il m'a confié, une nuit de pleine Lune, ceci : tout débute en La Seconde et se féconde !
         J'ai levé très haut le regard, et soudain, j'ai vu les étoiles s'approcher.
         La folie est au firmament qui butine les fleurs par milliers.
         Je reviendrai demain pour te raconter la songerie de tous les Lutins.

Océan sans rivage

Dessin de John Bauer (1882-1918) représentant un lutin à cheval.

Un odorat infaillible


Peinture d'Aurelio Zingoni (Italien, 1853-1922)

« Le compte n'y est pas : pour sûr, il manque un poulet !
Que je sois rôti vif si jamais je me trompe !
Je m'en vais sur le champ enquêter, sans délai,
Mais fort discrètement, sans y mettre de pompe

Car il y va de ma réputation, pas moins.
L'on est, céans, à me fort soupçonner moi-même,
Lors que je suis un moine honnête, Dieu m'en est témoin.
Côté assiette, je ne suis pas à faire Carême,

Certes, mais pas au point de manger le blé en herbe ;
Chaque chose en son temps, je fais devise du proverbe. »
Cela dit, frère Eugène laisse là son marmiton

Et s'avise de la question. Passant près des caves,
Son nez en alerte hume un fumet des plus suaves ;
Il y descend et prend sur le fait le glouton.

Marc

lundi 3 juillet 2017

Frère Maurice fait antichambre


Peinture d'Eduard von Grützner (1846 - 1925), Der Klosterbrauer

Lors que Carême n'est plus qu'un lointain souvenir
Et que Pâques fut fêtée en sa plus belle manière,
Les jours de grâce et de joie s'en peuvent revenir ;
Aussi, marche-t-on sans hâte vers son heure dernière.

Frère Maurice, qui n'est de loin pas le plus pressé,
S'en félicite, se promettant d'être plus sage.
« Pourtant, il faudra bien que la bière soit brassée,
Ne serait-ce que pour le pèlerin de passage.

Notre table d'hôte lui doit sa réputation
Et je m'en fais ici l'honnête députation.
Du bon houblon pour parfumer le meilleur orge,

Telle est ma devise, je la partage volontiers,
N'étant pas du genre à faire les choses à moitié.
Le palais se veut l'antichambre de la gorge. »

Marc

dimanche 2 juillet 2017

En ces temps de confusion


Blason de Kettwig (Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Allemagne)

Tant de matière grise, toute cette technique, pour du vide...
Illusions de réussite, postures de bonheur,
Prêt-à-penser, mots convenus, sourires en ride ;
D'une boutique la vitrine, mais sans la profondeur.

De ces rires sonores, combien le sont d'insouciance ?
Tous inverseront leur ligne puis s'éteindront ;
Il en restera d'abord une vague souvenance,
Puis, bientôt, l'eau coulant sous les ponts, disparaîtront

Les traces même, et jusqu'aux échos de l'éphémère.
Tant de bouches rieuses qui demain seront amères !
Tant de candeurs sacrifiées à l'Illusion !

L'on s'imagine voguer et l'on rame en galère
Pour, à la fin, ne récolter que le salaire
De la peur, en ces temps qui sont de confusion.

Marc


Voir aussi sur
Naissance et connaissance

L'ire d'un Abbé qui voulait lire


Peinture d'Eduard von Grützner (1846-1925)

Dans quel état découvré-je notre bibliothèque !
Serait-il passé là-dedans quelque ouragan ?
J'ai la tête qui tourne, elle en devient même pastèque !
Le frère bibliothécaire serait-il divaguant

À son tour, lui dont la rigueur bénédictine
Le dispute à sa savante érudition ?
Parbleu ! Je lui sonnerai les cloches dès matines ;
Le bougre n'aura droit qu'à une seule édition.

Frère Maurice nous aura fait tourner en bourrique ;
Frère Eugène fut son compagnon de la barrique ;
Et voilà que frère Éloi se mêle d'en être !

En est-il d'autres à glisser sur la pente raide ?
Que tous les saints du Paradis nous viennent en aide !
D'ici Pâques, il n'en devra plus rien paraître.


Marc

La Chèvre et les Raisins


Blason de la commune de Lublin (Pologne)

D'un certain Renard, qui s'octroie tout usufruit
Et se voulant un jour manger d'une treille le fruit,
Sans, pour l'aller chercher si haut, prendre la peine,
Nous savons l'histoire, rapportée par La Fontaine. *

L'on s'en étonne encor, sachant que l'animal
Ne devient frugivore que poussé par le mal
D'une faim tenace, faute d'une proie plus exquise.
Mais la paresse l'emporta, la chose est admise.

Dame Chèvre, qui ne se donne point tant de façons,
Se pourrait, à coup sûr, lui donner des leçons.
« Pourtant, j'ai peu de mérite, je suis une gourmande

Autant qu'une aventureuse, le fait est connu. **
Sans doute est-ce d'appartenir à la gente cornue ?
J'aime autant l'herbe d'une prairie grasse que d'une lande. »

Marc


* Le Renard et les Raisins, Fables, Livre III ; 11
* Alphonse Daudet, La chèvre de Monsieur Seguin (1866)

Chèvre estivale


Blason de Crézancy-en-Sancerre (Cher)

La chèvre est, aux beaux jours, des grappes d’or ravie ;
De ce raisin si mûr en la chaude saison,
Des oiseaux migrateurs partant vers l’horizon
Suivre leur destinée librement poursuivie.

Dans la cour de la ferme, on mène simple vie,
On y suit la mesure et la juste raison,
Bien loin de l’aventure, et loin de la prison,
Une stabilité que beaucoup nous envient.

Au beau milieu du jour, quand la chaleur est vive,
Les parfums de fruits mûrs un peu partout dérivent,
Tout autour des jardins où ils furent plantés ;

Notre justice fait, en sa noble puissance,
Du labeur des jardins sa propre récompense :
Ainsi pense la chèvre, au début de l’été.

Cochonfucius
____

D'azur à la chèvre saillante d'or, la patte senestre posée sur un tonneau d'argent cerclé de sable, accompagnée à dextre du chef d'une grappe de raisin d'or, tigée et feuillée au naturel.

samedi 1 juillet 2017

Frère Anatole aux casseroles


Peinture d'Ernest Nowak (Autrichien, 1851-1919)

Quelque fâcheuse aventure nocturne a valu
À frère Eugène, le chef cuisinier du cloître,
D'être mis au pain et à l'eau pour son salut ;
Lors, d'un bon remplaçant il fallut débattre,

Le temps, du moins, qu'en s'en reviennent des jours meilleurs.
Frère Anatole fut commis d'office aux cuisines
Qui, pour l'occasion, se serait bien vu ailleurs,
N'ayant de cet art pas même des notions voisines.

Le voici, un bon matin, avec un brochet
Sur les bras ; pour l'arroser, à peine un pichet
De blanc sec très léger ; la sauce serait aqueuse.

L'Abbé n'en concéda point davantage, disant
Qu'en Carême, cela serait plus que suffisant,
Qualifiant toute autre opinion de chicaneuse.

Marc