Il semblerait que le chemin de Compostelle
Soit devenu une autoroute pour les piétons
Qui n'auraient pas tous des visées spirituelles
Et dont la tenue serait d'un tout autre ton
Que celui de pieux pèlerins en quête intérieure.
Pourquoi la chose n'est-elle pas à nous étonner ?
En cette époque qui se croit à toutes supérieure,
C'est le glas de l'âme des choses qu'on entend sonner.
Homo festivus investit tous les terrains,
Faisant feu de tout bois, montant dans tous les trains,
Pourvu que la partie s'annonce récréative.
Sa vie est tout entière tournée vers le plaisir ;
Lors, faire la fête demeure son principal désir
Que le vide et son ennui sans cesse réactivent.
II
Le voici cheminant sur les chemins d'antan
Que les pénitents ont couverts de leurs prières.
La performance est solide, c'est un vrai battant.
Cette motivation lui tient lieu de vent arrière.
Égrainant les touches plutôt que le chapelet
Et portant le bermuda plutôt que la bure,
Il franchit les étapes et avale les relais
Où l'attendent ses effets transportés par voiture.
Ainsi, pèlerins et randonneurs s'entremêlent,
Beaucoup ne sachant pas trop ce qui les appelle.
On dit que c'est en chemin qu'on le découvre.
Et c'est peut-être cela, le pèlerinage :
La rencontre avec soi, un point de passage,
Une lumière dans l'âme, un autre monde qui s'ouvre...
Le Spectre à trois faces





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