Décryptage et Revalorisation de L'Art de L’Écu, de La Chevalerie et du Haut Langage Poétique en Héraldique. Courtoisie, Discipline, Raffinement de La Conscience, état de Vigilance et Intention d'Unicité en La Fraternité d'un Nouveau Monde !

dimanche 26 mars 2017

Soufisme, Voie du Milieu - Voie du Vivant


Photographie de Don Hong-Oai

Sur les Eaux où se vient murmurer L'Onde du Souffle presque imperceptible,
Il est en toi la seule Réalité possible.
Elle est pure et jaillissante.
Elle glisse en ces lignes devenues ton scribe.
Est-il encore une seule raison, lors que Le Roi fait Son Apparition ?
Sa Descente imminente est semblable à un effluve que parent de mille Grâces les pudeurs de Sa Majesté.
En Son Amour est un Secret et c'est en L’Éclosion des feuillets d'un Livre Immaculé que s'active Le Calame de L'Êtreté.
Nul ne se pourra plus jamais occulter La Lumière qui se poursuit en Sa Perpétuelle Consécration.
Ecoute La Présence en L'Effacement et ne fais plus de bruit.
Il est Là.

Océan sans rivage


Lien vers le blog

Soufisme, Voie du Milieu - Voie du Vivant

Le questionnement d'un corbeau


Blason de la Baronie de Rabensbrueck

Ce matin-là, Maître Corbeau était perché
Sur un pont d'argent jeté entre les deux rives
D'un cours d'eau, l'air de quelqu'un qui est à chercher
La réponse à une question en son esprit vive :

« Dois-je porter mon regard en amont ou plutôt
En aval ? D'un côté, il remonte vers la source
Et de l'autre, vers la destinée ; ou tantôt
Vers l'un, tantôt vers l'autre ? Je manque de ressource

Pour me décider. Peut-être que Maître Coq
Aurait là-dessus quelque pensée éclairante ?
Lui dont l'esprit foula la voie pérégrinante,

À contre-courant, justement, de son époque...
Peut-être aussi rencontrerai-je Gente Poule
Qui en sait long sur l'eau qui dort et l'eau qui coule ? »

Marc


L'oracle d'un hibou


Blason de Roquedur (Gard, Occitanie)

Il n'est de nuit que dans le regard sur les choses ;
C'est sa tournure seule qui répand les ténèbres
Ou la Lumière. Celui-là contemple la rose,
Celui-ci ne voit que la ronce funèbre.

Ce que je perçois ne me révèle que moi-même ;
L'on ne juge que selon sa mesure propre,
Tout comme l'on ne récolte que ce que l'on sème.
Le nuisant amoncelle les nuages d'opprobre

Et le bienfaisant les vents de miséricorde.
Je suis Maître Hibou, le veilleur dans l'ombre
Dont l'oeil pénètre les recoins les plus sombres.

Je vois naître l'amour ou poindre la discorde
Dans le secret des cœurs. Mon cri inspire la peur,
Mais c'est juste pour prévenir contre la torpeur.

Marc

Le réveil d'un écureuil


Blason d'Oberdorf (canton de Nidwald, Suisse)

Notre ami l'écureuil salue le printemps
En soufflant d'aise, sa réserve de nourriture
Étant épuisée. « Dieu merci, il est grand temps !
Je n'ai presque plus de chair sous ma rousse fourrure

Et je crois bien que je mangerais un panier
Plein de pommes de pin et un autre de noisettes !
J'ai hiberné mon saoul, point ne peux le nier ;
Mais pour l'heure, il me faut vite remplir ma musette.

Lors, je m'en vais de ce pas, en la forêt proche,
Voir si les sangliers m'ont laissé quelques glands ;
Les bougres ont bel appétit en s'attablant !

Mais loin de moi de leur en faire quelque reproche,
L'hiver est fort long pour qui n'est point à dormir.
Quand la bise vous mord, il se faut bien raffermir. »

Marc

Voir aussi Sagesse de l'écureuil

Les Souffles de l'Aube - Interroge l'oiseau


Blason de l'Ariège (Occitanie)

D’or aux trois pals de gueules et à l’écusson d’azur
chargé d’une cloche d’argent brochant sur le tout.



J'étais dans les autres mondes à voyager et celui-ci me manda.
Je m'éveillais des chants de L'Aube.
Leur fidélité me surprit.
Ils sont à Louanger La Descente du Roi.
Sais-tu ce qu'est Le Signe de La Pleine Conscience ?
Interroge l'oiseau et il te répondra.
Celui qui n'est pas monté jusqu'au ciel du Véritable Amour est en vérité en un oubli avéré.
Il ne sait aucunement relier les émotions qui l'étreignent ni ne sait remercier.
N'est-il pas semblable au voleur qui s'introduit dans une demeure et prétend que ce qu'il possède est à lui ? 
Pense-t-il tromper son propriétaire ? 
Tout au plus est-il à se dandiner et même à se vanter.
Son commerce est un marché de dupe et il en est la première victime.
Cependant, il est loin de s'en douter.
Lors que L'oiseau chante, son ivresse remonte vers Celui qui L'a visité.
On reconnaît le chanteur à sa chansonnette.


Océan sans rivage

Les Souffles de L'Aube - Il est là


Blason de la Nouvelle-France 1663 (Canada)


S'Il est un Retour, Il est à délivrer L'homme de Sa Dualité.
Il n'est pas besoin de phénomènes pour Le reconnaître.
Le Miracle est ce "Nous" unifié.
Il est à nous parler.
Cela cogne si fort en notre obscurité.
Serions-nous à nous quereller pour Être ?
Si du bouleau pleurait le chêne, et si de la pluie se plaignait le soleil, que serions-nous ?
Sommes-nous à chercher un territoire ?
Pourquoi as-tu si peur ?
Pourquoi ne veux-tu pas te regarder ?
Tes doigts se sont accrochés à tout ce que tu connais.
La secousse aura bien lieu.
Ne sais-tu pas que Dieu se suffit à Lui-même ?
C'est en nous qu'Il est à se vouloir jaillir.
Qu'as-tu donc encore à raisonner et te vêtir de ta fébrilité ?
Qu'est-ce donc la Dualité ?
Ce n'est que séparation en ces multiplicités de toi.
Je disais : petits petits, venez par là !
Toi, et toi, je n'en veux oublier aucun.
Telle est ma Joie !
Je ne veux pas me mentir.
Si je te fais réagir, c'est pour que tu te vois.
Veux-tu rester à dormir ?
Alors dors sur les rives de ta réassurance.
Il n'est pas plus inconfortable qu'un Messie qui sera à passer à côté de toi, lors que tu ne Le verras pas.
C'est L'Amour qui est Son Aura.
Tes yeux se préparent à Le recevoir.
Il est là.
Déjà.
Sens-tu Son suave Parfum ?

Océan sans rivage

Théophanie 2 - Rappel


Blason de d'Altbüron (canton de Lucerne, Suisse)

Dire que l'on sort de ce monde n'est pas le quitter
Mais dépasser le pôle des simples apparences
Et s'affranchir du règne de la quantité
Qui se veut poser partout en prépondérance.

Cesser de croire que la matière dense est inerte
Et que l'Univers n'est qu'une froide mécanique ;
Ne plus s'approprier la Vie qui est offerte,
Pour s'en retourner vers le Jardin édénique

Qui est en soi, au lieu de vouloir fabriquer
Des paradis artificiels de pacotille
En lesquels l'âme trahie s'affaisse et s'embastille.

Se convertir, c'est cesser de prévariquer
Contre l'Ordre Divin, notre nature divine,
Et nous rappeler au Pacte de l'Origine.

Le Spectre à trois faces


Théologie parallèle

Théophanie 1 - Connivence


Blason de Frieberg (Styrie, Autriche)

L'Amie, il est peu d'écritures qui sont vivantes
Car le pied qui marche suit rarement la main
Qui trace, elle-même, l'on sait, rarement connivente
Avec sa voisine. Il est ainsi peu d'humains

Pour qui l'on peut, sans hésiter, mettre la sienne
Au feu, car au-delà d'une certaine profondeur,
Il n'est plus grand monde qui vous tienne et vous retienne.
Le psychique est la limite des esprits sondeurs ;

Bien peu osent dépasser cette surface intérieure
Et certains pensent que la dimension supérieure
Appartient à une réalité post-mortem

Que l'on gagnera par la simple observance
De commandements dont n'est pas vécu le sens.
Beaucoup d'exégètes sont là-dessus forts en thème.

La Spectre à trois faces


Théologie parallèle

Je T'aime


Blason de Martin Styger 1936 (Suisse)

En Ton Centre, te sentirais-tu menacé ?
Est-on encore à douter en s'identifiant ?
Lors qu'une vague semble bien te submerger,
Respire par trois fois, demeure vigilant.

Fais à celui qui s'écorche une douce place.
N'est-ce pas mansuétude, véritable Amour,
Lors que son cœur désarmé est de douleur, las,
Et qu'en cette plainte est un appel au secours ?

Celui qui attend La Toute Miséricorde
Se doit de cultiver La pleine douceur.
Rien en ce monde n'advient sans raison aucune.

Est-on prompt à oublier qu'il est une corde ?
Telle est la Grâce enveloppant nos cœurs.
Je T'aime, et voici que s'estompe la brume.

Océan sans rivage

samedi 25 mars 2017

Dilemme


Blason de Saint-Vaast-en-Chaussée (Somme, Hauts-de-France)

Quand tu marches dans la rue, retiens ton pas ;
Hâte-toi lentement, même si l'heure te presse.
Celui qui court ne fait qu'avancer son trépas,
Tout en se voulant garder des griffes de l'ogresse.

Marche comme sur un fil, sans perdre la ligne ;
Regarde droit devant, c'est la juste parallèle ;
Redresse-toi car la dignité t'y assigne ;
N'oublie jamais : arrête-toi et te rappelle :

Ne jamais s'identifier à ce que l'on vit,
Pas plus que de s'enfermer dans ce que l'on dit.
Seul le sot croit qu'il est quelque chose par lui-même,

Lors qu'il ne sait ni qui il est, ni d'où il vient,
Ne voyant que hasard en ce qu'il lui advient,
Ignorant qu'il est en fait son propre dilemme.

Le Spectre à trois faces



Entre deux maux, mieux vaut se taire,
Et surtout n'en choisir aucun.
Deux choses apparemment contraires
Partagent un contenu commun.

Poésie héraldique allemande - Schlesien


Blason d'Auras (ancienne Silésie prussienne)

Auf grünem Grunde ein silberner Stier (Auerochs).


Einst war die Erde wundersam bestreut
Mit Pflanzendickicht, starken, bunten Tieren,
Mit Breithornwiddern, langbemähnten Stieren,
Noch ohne Kette, Joch und Herdgeläut.

In Glutlands Höhlen brütete der Schwalk;
Es torkelte die Ungetüme Dronte
Durch wilden Weltteil. Ernst am Horizonte
Des öden Eismeers stand der Große Alk.

Und Herrscher ward, was Sau und Hindin warf,
Und Freie blieben, die in Hürden fronen;
Aus pelz'gen Häuptern brachen nächtlich Kronen,
Und aller Waffen waren jung und scharf.

Weit war die Erde, die nun klein und eng,
Da trug sie Wald und Wäldervolk gelassen
Und kann heut kaum das Wesenlose fassen,
Des Menschenschaumtopfs Brodeln und Gemeng.

Wer hat der Wesen Bürgerbrief zerfetzt,
Ihr Gut geraubt, ihr Schweigen ausgelichtet,
Wer hat den armen Bruder hingerichtet
Und trauernd dann das Denkmal ihm gesetzt ?

Drum sind wir kraftlos, schutzlos. Uns bedrängt
Das Starke, Reine noch im Buch und Bilde,
Der Aar im Liede und der Ur im Schilde,
Den diese Stadt an ihre Tore hängt.

Gertrud Kolmar

vendredi 24 mars 2017

L'Ancolie


Blason de Baconel : d'or à trois ancolies d'azur. (Picardie)

Sont-ce épanchements du vent en ce printemps
Lors que la pluie cogne contre la fenêtre ?
De nos bouquets d'étoiles est né ce firmament.
Voici L'Offrande en la profondeur de L'Être.

L'Ancolie* douce a étreint mon cœur bien triste.
Ses soupirs épousent ceux de L'Âme à genoux.
Sont-ce nos vagues changées en Améthyste,
Que Le Ciel embrasse de ses propres remous ?

Ces fleurs tiennent un Discours qui me rappelle,
Que je suis à espérer Sa Réalité.
Sa Présence est à sans cesse me rassurer.

Le soir se pare d'un chant qui m'interpelle,
Et je suis confondue par la noble Oraison.
Le merle a su faire taire ma raison.

Océan sans rivage

____


* ANCOLIE. Dans le langage ordinaire des fleurs, cette plante est l'emblème de la mélancolie, mais dans le symbolisme héraldique, elle est celui de l'amour envers Dieu et de la charité envers le prochain.

Le Langage des Fleurs actuel symbolise la folie par l'ANCOLIE.

L'ANCOLIE commune, appelée vulgairement Gant de Notre-Dame, est l'emblème héraldique des familles D'HESPEL et DE VERSORIS.

D'après le Dictionnaire archéologique et explicatif de la science du blason  du Comte Alphonse O'Kelly de Galway — Bergerac, 1901

ANCOLIE, subst. fém., fleur qui entre en quelques écus. On la représente ordinairement penchée, la tige vers le haut.

D'après le Dictionnaire encyclopédique de la noblesse de France de Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842) — Paris, 1816

jeudi 23 mars 2017

Considérations pavloviennes 2


 
Blason de Listringen (Basse-Saxe, Allemagne)

À l'horizon, le ciel a pris une teinte rosée
Traversée de striures pourpre. Un soir du monde...
Une sorte de douceur semble s'être posée
Sur les toits de Paris dont les vagues se répondent

Par nuances de gris parfois lisérées d'argent.
La nuit descend vite. Les fenêtres s'illuminent.
Des entrailles de la cité, des milliers de gens
Regagnent des logis qui ne payent pas de mine ;

Cavernes de plâtre suintant la promiscuité ;
Où trône, comme sur un autel, l'écran cathodique
Qui modélise du Vivant le parodique ;

Vide abyssal que l'on ira ensuite twitter
Sur les ré-sots de la commune insignifiance,
La magie de la chose levant toute défiance.  

Le Spectre à trois faces


Mémoire d'outre-monde

mercredi 22 mars 2017

Maître Coq en son printemps


Blason de Pollestres (Pyrénées-Orientales)

D’or aux coq hardi de gueules, tenant dans son bec une tige de lierre de sinople.

Venez Maître Coq en notre Jardin, dansons,
Ou plutôt dressons ce cortège de douceurs !
L'herbe tapisse les bouquets de notre cœur,
Lors que c'est de joie que bourdonne le bourdon.

Le menuet est à vêtir notre envolée.
Que de grâce en la présence de cette brise !
Vous voici donc non peu fier, un peu guilleret.
Est-ce ce légendaire nectar qui vous grise ?

Je n'ai pas omis de prendre votre tabac,
Celui qui en volute devient un Hymne.
Votre gosier ruisselle encore de cet émoi.

C'est à la vesprée que plusieurs fois nous vîmes
Les souffles se suspendre aux branches des arbres.
Se taisait de même notre pie bavarde.

Océan sans rivage

Le Printemps a ses douces remembrances.
N'est-ce pas Maître Coq ?

Considérations pavloviennes 1


Blason de Wangen im Allgäu (Bade-Wurtemberg, Allemagne)

Avez-vous déjà observé combien chacun
Est à savoir quelque chose sur tout et soi-même,
Par-dessus le marché ? Combien peu n'ont aucun
Doute sur rien et n'affichent pas le moindre problème

Avec le décor de ce monde qu'ils croient réel ?
Admettons. Mais le plus curieux, c'est qu'ils se prennent
Très au sérieux en ces quiproquos mutuels,
Prêts à rejouer, jour après jour, les mêmes scènes.

Il m'est loisible d'en rire puisque j'en reviens.
Comme tous, je m'étais longtemps prise pour une adulte,
Pour ne recueillir que le vide qui en résulte.

L'on ne quitte pas ainsi le réflexe pavlovien ;
L'on doit se battre contre son instinct grégaire,
Accepter de ne vivre que l'instant précaire.

Le Spectre à trois faces

Mémoire d'outre-monde

Recueil d'un frère et d'une sœur (5)



Blason de Vergt (Dordogne, Nouvelle-Aquitaine)


De gueules à la bande d'argent chargée de trois fraises renversées au naturel, accompagnée en chef d'une épée d'or garnie d'argent, et en pointe d'un arbre arraché aussi d'or.


La douce sérénité d'une Brise est devenue Le Semblable.
Les demeures sont les visitations de chacun de nos souffles.
Plaise à mon Frère de savoir que Le Cœur de La Rencontre est tel un oiseau dont la poitrine s'est embrasé.
L'Ami de mon Âme, cette fraternité a les saveurs de la douceur d'un printemps et l'intensité d'un été enfiévré.
Le feu est tel que nous sommes à voler au-dessus des océans de La Quiddité.
Ce sont les vagues qui ne jamais s'échouent, puisqu'elles sont à jaillir jusqu'au Plérôme de notre Amour.

Tu as gravi cette petite colline et la généreuse présence des genêts a chatouillé tes narines quêteuses.
As-tu vu comme tout se suspend en son sommet ?
Le Vent frémit des rosées que le matin a déposées.
L'enfant sourit, grisé des rayons d'un soleil puissant.
Es-tu à plisser les yeux et te protéger en cette visière que forment tes mains ?
Je l'ai vue.
Elle est si belle et je suis à l'admirer.
Jamais mes yeux n'ont pu la quitter.
Durant des heures, je voyage sur les arcs de ses sourcils si bien dessinés.
Ils sont du velours de l'ébène.
Son nacre de visage est si blanc que je suis éblouie.
Elle a les gestes de la pureté et la douceur d'une mère adulée.
Chacun de ses mouvements est à me transporter de sa grâce précieuse.
Son petit corps est de délicatesse et de profondeur.
Lors qu'elle est à ouvrir l'armoire, je suis en ce monde des parfums.
Est-ce le coffre des mille et une nuits ?
Ses mains bienveillantes plient le linge.
Je m'évanouis en elle.
N'est-elle pas un océan de tendresse ?
Mon frère, je perçois un léger sursaut.
Tu es en ton effacement comme troublé.
Je me cache au fond du tablier et je te chante une berceuse.
Parfois, nous sommes à pleurer ces lointaines froideurs d'un foyer.
Ou bien est-ce simple Destinée ?
Le bruit de la cuisine a ses repères et chaque geste est une histoire que tu vas me conter.
Je t'écoute.
Je suis là.
Mon frère, je suis tout en haut et la colline est ce singulier appel.
Je suis à visiter tes questionnements et à te murmurer : n'oublie rien !
N'oublie rien et fais-moi le récit de ces moments que tu vis en ton intériorité.
Mentionne à ta petite sœur tes promenades dans les champs de notre enfance commune.
Parle-moi des violettes et de l'aubépine.
N'oublie pas le prunellier, ni le châtaigner, ni même les fétuques qui caressent nos mollets.
Te souviens-tu de l'anémone ?
Combien de fois l'églantier s'est-il paré de nos baisers juvéniles ?
Combien de fois étions-nous la rivale d'une abeille qui se voulait butiner ces rosiers sauvages ?
Le sirop d'érable devenait nos goûters improvisés.
Ta petite sœur s'est souvent nourrie à la généreuse nature qu'elle ne voulait plus quitter.
Même les petits cailloux devenaient ses bonbons préférés.
Il est des larmes qui ne savent pas couler depuis les abîmes de nos escapades.
Elle est encore présente de l'effluve maternel.
Je suis sur le chemin de l'école et c'est la lune qui m'appelle.
Je ne sais pas pourquoi, mais je suis en elle.
Je ne connais aucune séparation.
Elle est déjà à me faire le récit d'autres contrées.
Je voyage d'étoiles en étoiles et caresse leur scintillement.
Mon frère, tu as ramassé les petits cailloux qui font ce chemin.
Je t'ai retrouvé depuis le jardin de ton intimité.
Je suis à te regarder.
Ne suis-je pas entrée avec toi en ce lieu qui est ta classe ?
Souvenir ineffable et indélébile.
Je suis à te souffler : je suis là.
Je ne lâche pas ta main.
Nous allons bientôt nous retrouver.
Et nous serons assis à l'ombre d'un chêne.
Tu me parleras des fées que j'étais à nommer.
Prends cette confiture des bois, fruit de la cueillette de nos discrètes gourmandises.
Sais-tu que j'ai planté des fraisiers et que j'ai laissé le merle les manger ?
Je venais le surprendre et lui souriais : "Merle de mon Aube, tout en ce Jardin est à toi.
Tu es si beau à chanter !"
Le merle a ri souvent.
Jamais, il n'a tout mangé.
Nous avons partagé.


Océan sans rivage

Pierrot le moineau


Blason de Pfeffenhausen (Bavière, Allemagne)

Pierrot est un moineau vivant dans les gouttières
Dont le chant ne passe pas pour le plus harmonieux ;
Point ne s'en offusque, n'ayant pas l'âme altière
Et encore moins le caractère cérémonieux.

Né un printemps, sous la tuile d'une humble chaumière,
Il passe le plus clair de son temps à l'alentour,
Chapardant sa part de grain des basses-cours fermières,
Se servant dans les écuelles plus qu'à son tour.

C'est un petit débrouillard, la chose est acquise.
Que faire d'autre quand il faut nourrir sa nichée ?
La soupe n'est point offerte, il la faut dénicher.

Un jour, il ouït conter ce qu'une gentille marquise
Avait écrit sur l'un de ses lointains aïeux.
On peut lire cette fable ci-après, si l'on veut.

Marc


La marquise et le moineau, Mémoires de Madame la marquise de Bonchamps sur la Vendée, rédigée par Mme la comtesse de Genlis, Baudoin Frères Éditeurs (1823)

Sagesse du dromadaire


Blason de la guilde médiévale zürichoise Zunft zum Kämbel (Suisse)

Je suis des étendues arides la fière monture.
Né en une oasis, au cœur d'une palmeraie,
Je peux me contenter d'une bien maigre pâture,
Je suis autant porte-faix qu'animal de trait.

Des caravanes la silhouette emblématique,
Les nomades me nomment souvent « vaisseau du désert ».
De prime abord, j'ai un air plutôt flegmatique,
Étant bien peu expansif et encore moins disert.

Mais j'ai plus d'un tour dans mon sac et dans ma bosse ;
Je suis endurant et puis me montrer véloce
Quand je sers de monture aux guerriers des sables.

De courage et de piété je suis symbole, *
Et même de sobriété, si l'on extrapole :
En réserve d'énergie, nul ne m'est semblable.

Marc


* En héraldique, le chameau désigne les voyages faits dans le Levant ; il est le symbole du courage et de la piété. (d'après le Dictionnaire encyclopédique de la noblesse de France de Nicolas Viton de Saint-Allais (1773-1842) — Paris, 1816

Le Chemin des Étoiles (I - 6)


Blason de la Maison de Montgrand (Vivarais-Provence)


Acte 1 scène 6 : Le Rocher, La Voix, Océan sans rivage

Le Rocher

C'est ici que tout commence, et pourtant, tout a déjà commencé.
Combien sont ceux qui ont vécu cette étrangeté ?
Me sont parvenus Les mille Chants.
Pourtant, nous ne sommes pas à les pouvoir dénombrer.
Je suis Le Rocher sur lequel s'appuie le pas d'une Monture Céleste.
Je suis en Ma Réalité, partie visible et partie que l'on ne trouve qu'en soi.
Lors que tout est à s'unifier, Je suis celui qui apparaît.
J'ai la seule couleur possible d'une argile pure et je suis d'une douceur extrême.
J'ai beau être solide et inaltérable, l'ambre est mon éclat.
Au dessus du Dôme de ma Réalité est La Cité des Portes immaculées et nul ne franchit leur seuil sans permission.
Un gardien, celui du Labyrinthe, veille et attend que L'Heure soit décrétée depuis Les Paroles Réservées.

La Voix

J'ai suivi Le Sentier scrupuleusement, puis Celui dont on ne peut rien dire a brisé la ligne, et je me suis trouvée nue.
Il m'a lancé une corde, et en ma détresse, je m'en suis emparée.
Je n'avais qu'un petit rocher sur lequel m'appuyer.
Puis, le rocher a glissé de dessous mes pieds.
Il a dit : tiens à L'Anse de sûreté et mentionne Ma Réalité.
Depuis, Il est Celui qui me mène et à Lui je me suis abandonnée.

Océan sans rivage

Il est un Voyage, puis un Autre.
Celui-ci est Le Souvenir du Premier.
Qui est donc à le soupçonner ?
Le Retour est L'Ultimité d'une Mémoire Retrouvée.
Lors que L'Œil du Discernement éclot en La Profondeur de La Caverne, nous sortons du sommeil de La Gestation.
Nous nous sommes éveillés, n'ayant aucune science.
Lors que nous nous sommes retrouvés, nous avons cherché tous ceux que nous avons aimés.
Nous les avons cherché dans l'intime de notre seul Amour.
Nous n'avions plus de nom, ni de maison.
Le Rocher de L'Invisibilité fut notre seul recours.
Nous cherchions La Stabilité.
Tu as dit vrai, Ô Rocher, en mentionnant Le Labyrinthe.
J'atteste qu'Il est un Labyrinthe dans un Labyrinthe.
Le monde s'est tant affaissé que Le Chemin est désormais scindé.
Sais-tu pourquoi ?

Le Rocher

Le morcellement est tel, que peu sont à présumer de L'Authenticité de cette Réalité.
Le Chemin déploie des ramures inextricables lors que La Conscience est enfouie.
Se sont amoncelés les troubles et se sont intensifiées les brumes.
Les défragmentations se sont complexifiées.
Pour les réunir, il faudrait tout balayer.

Océan sans rivage

N'y a-t-il pas une autre solution en ce siècle ?
Les voies sont-elles toutes fermées ?

Le Rocher

Je ne détiens pas la solution.

La Voix

En nous est La Voie du Tout possible.

Océan sans rivage

C'est en Elle qu'Il nous a menés.
Ce sont les dernières nouvelles.

Les Amis avancent vers le Rocher.
Leur silhouette ne fait plus qu'une.
Ils ne le savent pas encore.