Décryptage et Revalorisation de L'Art de L’Écu, de La Chevalerie et du Haut Langage Poétique en Héraldique. Courtoisie, Discipline, Raffinement de La Conscience, état de Vigilance et Intention d'Unicité en La Fraternité d'un Nouveau Monde !

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dimanche 15 mars 2020

Homo obsignatorum


Blason de Hopsten (Rhénanie du Nord-Westphalie, Allemagne)


Les gens voudraient vivre sans risques, ni coups férir ;
Être assurés contre tout et tout le monde ;
Rester ici à demeure, ne jamais mourir,
Pour mener une vie de plaisirs où tout abonde.

Tel se résume l'idéal d'homo festivus, *
L'homme dernier, qui boucle le cycle adamique,
En cette fin de l'âge dit de fer, le terminus
Du vieux monde, la croisée des arriérés karmiques.

Comme il n'est plus rien à espérer de cet homme, *
Nous le qualifions d'homo obsignatorum, **
C'est-à-dire celui dont la conscience est scellée,

Donc incapable de se remettre en cause,
Ayant de fait atteint le stade de la psychose.
Quel monde pouvaient produire des raisons fêlées ?

L'Abbé Thépohile

 

* Mot crée par Philippe Muray qui indique l'être humain, en tant qu’espèce arrivée à un stade de son histoire où il pense principalement à fêter, à se divertir et duquel, selon l'auteur, il n’y a plus rien à espérer, et la seule tâche encore un peu noble qu’il reste possible d’accomplir aujourd’hui est d’en relever la bêtise.

Homo Festivus est cet individu très spécial qui exige les roses sans épines, le génie sans la cruauté, le soleil sans coups de soleil, le marxisme sans dogmatisme, les tigres sans griffes et la vie... sans la mort. (Philippe Muray, 1945-2006)

** Homo obsignatorum : « Homme scellé ».


dimanche 7 août 2022

Considérations sur la docilité ambiante



Blason de Henrique Soares de Coimbra (Portugal, 16e siècle)


     Ma chère Mado, tu m'entends souvent te parler d'Homo festivus qui représente le stade décadent et terminal d'Homo sapiens, et peut-être même d'Homo tout court. La dernière crise covidiste (note bien l'emploi du suffixe -iste au lieu de -ienne, pour mieux signifier qu'il s'agit bien d'une idéologie) a surtout frappé cette catégorie, d'ailleurs largement majoritaire (quoique la plupart s'ignorant comme tel). Nous avons vu des individus renoncer à leurs libertés, voire à leur dignité, rien que pour s'asseoir à une terrasse ou pour partir en vacances, nantis d'une caution morale péremptoire, à clouer le bec donc : « Protéger les autres. » Nous savons aujourd'hui ce qu'il en fut réellement. Mais nous ne sommes pas tirés d'affaire pour autant : non seulement « ils » peuvent nous la resservir si besoin était, ayant éprouvé le degré de docilité de la masse, mais la crise politique, financière et économique actuelle leur offre mille et une possibilités de limiter encore davantage, voire de verrouiller les libertés, du moins ce qu'il en reste. Au final, c'est surtout Homo festivus, tout entier voué à l'amusement, qui en souffrira le plus car « ils » lui feront payer cher le moindre plaisir et jusqu'au moindre confort. Même en-dehors de l'idée qu'il puisse y avoir ou non un complot, à une échelle où même les dirigeants seraient les idiots utiles et inconscients d'obscurs tireurs de ficelle, ce modèle de société est à lui seul une usine à gaz, une fabrique de sacs de nœuds qui resserre son rets sur une humanité brouillonne et confuse, totalement perdue donc. Complot ou fatum aveugle, le résultat sera le même.


Certaines vies sont exclusivement digestives,
Des estomacs ambulants encombrés d'un corps.
Beaucoup ne nourrissent, à vrai dire, qu'une vision festive
De l'existence qui évacue l'idée de mort,

Une anomalie à telle enseigne indigeste,
- D'autant plus que tous, même les riches, doivent l'essuyer -
Qu'on en vient à traiter une grippe comme la peste,
Délire que tout un narratif vient appuyer

Et que les esprits sous perfusion assimilent
Bon gré mal gré, à coup de matraque s'il le faut.
On les noie dans les chiffres, des cents et des mille.

C''est par le nombre que l'on soumet les imbéciles.
« Ciel ! nous avons oublié la Dame à la Faux ! »
Une peur bien entretenue rend les gens dociles.

Le Spectre à trois faces
 
La crise nous dégrise.

lundi 9 novembre 2020

Le Nouvel Ordre (6)


Blason de Boguchwala (Basses-Carpates, Pologne)

      Ma chère Mado, tout comme il existe un courant pédagogique préconisant une approche ludique de l'enseignement (apprendre en s'amusant), il existent des stratégies politiques de même nature qui visent, quant à elles, la domination des personnes par le divertissement (vivre c'est s'amuser). La société des loisirs a permis l'avènement d'homo festivus qui conçoit la planète comme un immense bac à sable, un lieu d'amusements donc (où l'on s'éclate, un mot d'ailleurs très éloquent) et où le sens de la vie, confinée dans l'idée d'un monde de finitude, est exclusivement centré sur la réussite matérielle et le bien-être égotique. L'incompréhensible docilité de la masse, sa crédulité même, s'éclairent en partie par cela, son état d'infantilité n'ayant comme évolution logique que celui de sa sénilité.

      Homo festivus, c'est l'homme scellé dans son éclatement, un adulescent perpétuel, geignard et revendicatif, reconnaissant de rien mais à la merci de tout. Au moins pire, un hypertrophié du mental ; en moyenne, un imbécile cuculturé ; au pire, un crétin décervelé. Branché en permanence à sa prothèse narcissico-communicationnelle qui lui maintient la tête immergée dans un monde factice, virtuel et pixelisé où on lui donne la becquée en temps réel, il se retrouve à n'avoir plus le temps de rien, pas plus, d'ailleurs, que l'espace de quelque chose car il ne tient pas en place. Bougisme et voyagisme sont les deux mamelles de son inconstance et de son insignifiance partagées. La Communauté du Vide battant son plein.


À force de nous comporter robotiquement,
Les robots finiront par prendre notre place.
Nous en sommes d'ailleurs presque là, pratiquement,
Tant la technosphère est à resserrer sa nasse.

La série Terminator n'est certes qu'une fiction,
Elle ne nous avertit pas moins d'une telle menace.
Quelle sera demain notre latitude d'action
Quand on nous injectera la puce qui nous trace ?

Soyons certains que la chose est dans les tuyaux.
Ceux qui à ce système se montreront loyaux
Verront vite que leur « paradis » n'est qu'un enfer.

Si les Troyens avaient écouté Cassandre,
Leur ville n'aurait pas été réduites en cendres.
Mais les hommes, semble-t-il, ne sont pas à refaire.

Le Spectre à trois faces

samedi 10 novembre 2018

Jusqu'à la goutte dernière


Blason de Hostovice (Slovaquie)

Chaque matin, les gens se jouent la même comédie ;
La tragédie, c'est qu'ils ne s'en rendent pas même compte !
Il n'est rien que l'on puisse faire, rien n'y remédie,
Car épaisse est la couche de ce qu'ils se racontent.

Même quand ils s'amusent, ils se prennent au sérieux.
Et s'il vous prend de rire de leur manière de rire,
Ils se fâchent et peuvent même devenir furieux.
Ils ont raison, cela ne prête guère à sourire.

Le sens de l'existence, chez Homo festivus,
Est tout entier confiné dans la vie ludique ;
C'est là, probablement, sa vision édenique.

Dès lors qu'il engendra Festivus festivus,
Nous sûmes qu'il n'y aurait plus de machine arrière
Et qu'il boira la lie jusqu'à la goutte dernière.

Le Spectre à trois faces

mardi 30 juillet 2019

Des bons sentiments


Drapeau de Yanshikou-Chelly (Tchouvachie, Russie)


Combien sont à vouloir le monde autre qu'il n'est ?
Trop arriéré pour les uns, ils le précipitent
Et trouvent que le jourd'hui est déjà suranné ;
Trop incertain pour les autres, ils s'en dépitent

Puis dans l'identitaire cherchent leur sécurité,
Sans pour autant renoncer à ses avantages ;
Des acquis du passé l'on aime bien hériter
Mais sans être des contraintes d'alors les otages.

L'on veut la rose sans épines, l'été sans chaleur ; *
L'on veut jouir de tout en ignorant les malheurs
Que ce mode de vie cause aux quatre coins du monde

Et préserver la Terre pour la mieux dévorer.
Les bons sentiments que l'on aime bien arborer
Ne trouvent que rarement les mains qui les fécondent.

L'Abbé Théophile


* Homo Festivus est cet individu très spécial qui exige les roses sans épines, le génie sans la cruauté, le soleil sans coups de soleil, le marxisme sans dogmatisme, les tigres sans griffes et la vie... sans la mort. (Philippe Muray, 1945-2006)

Lire aussi : De l’homme-masse à Festivus festivus : deux visages de la médiocrité

samedi 25 août 2018

Considérations involutives


Blason de Zhukovski (Russie)

Tout d'abord, homo sapiens a frotté la pierre
Et depuis, il ne s'est plus jamais arrêté,
Travaillant, combinant, triturant la matière
Qu'il veut percer à tout prix. C'est un entêté.

Aujourd'hui, il poursuit obstinément sa quête,
Voulant pénétrer le secret de l'Univers.
Sauf, hélas, qu'il n'a pas oublié d'être bête,
Mettant tout sens dessus dessous et à l'envers.

Le voici, surenchérissant dans la technique
Dont les câbles resserrent ses nœuds gordien psychiques,
Ne sachant dépasser son mental rationné.

Il engendra une nouvelle espèce, inédite :
Homo festivus, qui scellera les limites
De l'évolution mue par les sciences fractionnées.

Le Spectre à trois faces


Tout un Big Bang pour en arriver là.


Lire aussi

                                          Flamboyances            Considérations liturgiques

dimanche 19 avril 2020

Considérations méphitiques


Blason de Magnus de Löben (Bershammar Armorial, XVe siècle)

Ma chère Mado, ce matin, en me réveillant, la chose m'est apparue très clairement, comme une évidence fulgurante et fulminante, un genre de satori sociologique et même, oserai-je ajouter, cosmologique : nous vivons dans un monde de fous ! Mais attention, pas de fous au sens hyperbolique de l'expression et qui ne dépasse guère la valeur d'une simple interjection aux traits un peu forcés, mais au sens véritablement psychiatrique du terme. Certes, il y là des degrés de folie, allant de la bonhomie molle à la démence quasi diabolique, de l'apathie la plus désespérante à l'activisme le plus hystérique. Certes, chaque degré évolue dans son service mais sans, cependant, y demeurer confiné, car tout cela se croise et se heurte, se mélange et se confond, s'attire et se repousse, se cherche et s'exclut, bref, se nourrit et s'entretient mutuellement, en un jeu de scène incessant où les acteurs se prennent réellement pour leurs personnages. Et c'est à cela même, me dis-je, que l'on reconnaît les fous : des gens qui se prennent au sérieux, même quand ils ont l'air de ne l'être pas. D'ailleurs, ce qui à leur sujet ne laisse pas d'étonner, quand on les voit s'amuser, c'est qu'ils croient réellement s'amuser ! Il s'en dégage comme une sorte de conformisme de l'euphorie, d'ivresse grégaire artificiellement obtenue, bref, de joie fallacieuse à péremption rapide, le décibel du rire étant proportionnel au niveau du désœuvrement intérieur. Le monde est dévoré par l'ennui, écrivait Bernanos. Aurait-il pressenti ce que Philippe Murray sera le premier à identifier clairement : l'avènement d'homo festivus ? Je ne suis pas loin de le penser. Je te suggère donc de découvrir les écrits de ces deux auteurs auxquels tu peux ajouter L'homme libre et les ânes sauvages de Lanza del Vasto et L'euphorie perpétuelle de Pascal Bruckner.

Foin donc de la littérature à gros tirages,
Des romans de gare qui finiront chez Boulimier
Et des prix Machin qui ne vendent que des mirages,
Et préfère-leur une bibliothèque de fin limier

Qui nourrisse ton esprit tout autant que ton âme.
Il est un paradoxe qu'on observe couramment :
Les gens appréhendent la mort comme l'absolu drame,
Tout en tuant le temps, sans cesse, étrangement ;

Comme s'ils se voulaient hâter ce qu'il sont à fuir...
Ce monde leur offre mille stratégies pour enfouir
Leurs consciences dans la tourbe des marécages psychiques

Dont les pestilences nous sautent aujourd'hui au nez.
Il faut dire que l'époque n'est pas très raffinée.
Serait-ce de l'Apocalypse le stade méphitique ?

Le Spectre à trois faces

mercredi 26 janvier 2022

Du degré zéro de l'ontologie

Blason de Hostovice (Slovaquie)


     Ma pauvre Mado, je suis à me demander pourquoi je m'obstine à t'écrire ces lettres complètement décalées de ta plate réalité communément partagée et dont tu ne te départiras sans doute jamais. Tu es définitivement, je crois, une homo festivus et donc, à ce titre, scellée dans une acception exclusivement triviale de l''existence, centrée sur la relation utile et le plaisir futile, au degré zéro de l'ontologie. Alors que rien ne t'y obligeait, tu as vendu ton âme pour pouvoir t'asseoir à une terrasse ou pour aller vivre au cinéma une aventure par procuration. Ainsi, pour préserver ton mode de non-vie et asseoir ta précaire sécurité, tu as bradé ta liberté et hypothéqué ton devenir. Si c'est à ce crépuscule qu'a abouti le prétendu siècles des lumières et la révolution qui a suivi, je te les laisse volontiers. J'en ai la nausée depuis longtemps mais ce n'est rien à côté de la gueule de bois qui t'attend, toi et tes semblables.


Quand tout le monde pense pareillement ou presque,
Il est grand temps de commencer à réfléchir. (1)
La chose est à l’œuvre, de manière grotesque,
Un phénomène que rien ne semble infléchir.

Certes, il ne faut pas s'étonner outre mesure
Que les neuneus soient à ce point gogolisés,
Après des décennies de télé-vomissure
Dont les cerveaux sont sortis lobotomisés.

Tout de même, d'en arriver à un tel degré
De bêtise et d'intelligence désintégrée
Dépasse de loin ce que l'on imagine de pire,

En tous les cas, les plus sombres appréhensions. (2)
Cela défie toute possible compréhension.
Après le bon sens, c'est toute raison qui expire.

Le Spectre à trois faces



(1) « Lorsque tout le monde pense la même chose, c'est que personne ne pense beaucoup. » Walter Lippman (1889-1974)

(2) « Deux choses sont infinies : l'Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l'Univers, je n'en ai pas encore acquis la certitude absolue. » Albert Einstein (1879-1955)

samedi 22 décembre 2018

Ombre


Blason de Soron (par Alexander Liptak)

C'est avec des mots qu'ils nous mènent en barque ;
C'est avec d'autres mots que nous les combattons ;
Quand les nations sauront que quelques oligarques
Tirent toutes les ficelles et font donner le bâton

Aux états insoumis ; qu'alors les masses serviles
Se réveilleront enfin de leur long sommeil,
Éclateront un peu partout des guerres civiles ;
Le temps à venir n'est à nul autre pareil.

Nous sentons bien tous que quelque chose ne va plus ;
Que les forces de l'ombre se répandent et dévastent

La terre des hommes accaparée par une seule caste.

Nous changeons d'époque car l'ancienne est révolue ;
Mais beaucoup se plaisent à poursuivre le vain rêve
D'une vie d'insouciance et d'amusements sans trêves.

Le Spectre à trois faces

Homo festivus s'abstenir

samedi 31 mars 2018

Flamboyances


À Mey, en souvenir d'une pensée partagée

Blason de Somero (Finlande)

Nefs en dentelle de pierres d'un gothique flamboyant
Voguant vers le crépuscule du fier Moyen-Âge
Dont les templiers quittèrent les troubles rivages,
Lors que la tiare s'allia au sceptre foudroyant (1)

Et que le sang royal tari éveilla Albion
Dont les mercenaires ravagèrent les terres de France. (2)
Palais rococo que parfois nous visitions,
Ivres d'un baroque saturé d'effervescence

Qui couve déjà le déchaînement des enfers. (3)
Art Nouveau qui se voudra fleurir l'Âge de Fer,
Euphorie en laquelle fermente la rage des guerres. (4)

Enfin, voici le triomphe d'homo festivus (5)
Qui marquera d'une basse époque le terminus.
Ce qu'il en sortira ne nous surprendra guère...

Marc


*   *   *


(1) Au matin du 13 octobre 1307, par les ordres du roi Philippe IV le Bel et en accord avec le Pape Clément V, les templiers de Paris et de l'ensemble du royaume de France furent arrêtés, emprisonnés et condamnés à mort. Ce jour marqua la fin de l'Ordre du Temple.

(2) Allusion à la Guerre de Cent Ans entre la France et l'Angleterre (1337-1453) née d'un conflit dynastique et donc de succession à la couronne de France, après l'extinction de la lignée de Philippe le Bel.

(3) Allusion à la Révolution Française de 1789 qui marquera une rupture irréversible, ouvrant ainsi une boîte de Pandore d'où sortiront les bouleversements futurs.

(4) La Belle Époque s'abîmera dans la folie collective et l'horreur de la Première Guerre Mondiale qui couve déjà en son sein la Seconde.

(5) Mot crée par Philippe Muray (1945-2006) qui indique l'être humain, en tant qu’espèce arrivée à un stade de son histoire où il pense principalement à fêter, à se divertir et duquel, selon l'auteur, il n’y a plus rien à espérer, et la seule tâche encore un peu noble qu’il reste possible d’accomplir aujourd’hui est d’en relever la bêtise.

lundi 26 octobre 2020

Du Nouvel Ordre (1)


Blason de Boguchwala (Basses-Carpates, Pologne)


     Ma chère Mado, toi qui aimes tant faire la teuf avec tes potes (pourquoi détesté-je ce mot ?), ces temps de Convide, avec un couvre-feu par-dessus le marché, doivent vous mettre particulièrement à l'épreuve. Il semblerait bien qu'homo festivus ait du plomb dans l'aile, ce qui n'aurait sans doute pas déplu à notre regretté Philippe Murray. La vision festive de l'existence est en train d'éclater en morceaux et c'est tout un pseudo mode de vie qui part en sucette. Normalement, les périodes de crise sont propices à la réflexion et invitent à prendre du recul. À marquer un temps d'arrêt. Lors, ce qui aurait pu se faire librement se fera désormais sous la contrainte. Comme quoi, les événements finissent toujours par nous rattraper. Toutefois, j'ai peu espoir que la masse des gens se requestionnera en profondeur ; elle préférera plutôt ronger son frein, dans l'idée bien accrochée que le monde d'après se remettra sur les rails de celui d'avant. Sauf que ça n'arriva pas. 


Tu crois que les médias sont là pour t'informer ?
Alors ils te feront avaler tout, sans peine,
Et tu n'auras du monde qu'une vision déformée.
Ils te diront qui aimer, qui tenir en haine,

Ne t'accordant que la liberté d'expression
Pour autant qu'elle se range à l'opinion permise.
À défaut, ils sauront te mettre la pression,
N'ayant de cesse que ta raison se soit soumise.

Leur système ne peut tolérer les divergents ;
La pensée unique est le seul point convergent.
Tu peux ranger ton cerveau, il est inutile.

C'est encore heureux qu'on te permette d'exister.
Dans ce Nouvel Ordre, tu n'es qu'un assisté.
Alors tais-toi et continue ta vie futile !

Le Spectre à trois faces

Ni con ni vide 

jeudi 19 novembre 2020

Unhappy Hour


Blason de Vannes-le-Châtel (Meurthe-et-Moselle, Lorraine)

Parti coupé ondé d’argent et d’azur et coupé ondé abaissé d’argent et d’azur ;
au chef bastillé de gueules chargé de trois verres d’argent.


J'ai vu manifester contre le port du masque
Des gens qui ont oublié d'enlever... le leur !
De temps à autre, une interview un peu flasque
Où l'on n'ose pas dire que tout cela n'est qu'un leurre.

L'on a changé en fléau une simple gripette
Dont on gonfle artificiellement le taux.
Quand la parole officielle ne vaut plus tripette
Et qu'on la gobe quand même, on peut serrer l'étau.

Le virus, on sait, prise moins les supermarchés
Que les boutiques où il n'y a presque personne.
Mais il préfère de loin les terrasses de café.

Aussi est-ce la déprime chez homo festivus
Car l'heure du Happy Hour plus nulle part ne sonne.
Il peut toujours boire sa bière sous un abri-bus.

Le Spectre à trois faces


     Happy Hour - Planet Center - Considérations soporifiques

mardi 15 octobre 2019

Chaque instant est un commencement


Blason de Saraktashsky (Russie)


Le simple fait d'être en ce monde des passants
Nous donne à le voir d'une autre manière ;
Mais une chose ne se révèle qu'en la dépassant (1)
Car seule la hauteur en offre une vue plénière.

L'ici-et-maintenant n'est pas une claustration,
Telle que l'est, d'emblée, l'illusion du carpe diem, (2)
Qui n'en a ni la concrétion ni l'abstraction,
Mais la porte et la clef d'accès à tous les schèmes. (3)

Telle est la réalité de l'impermanence
Que rien, absolument, n'y peut-être acquis,
Ni rien, dès lors, définitivement conquis.

Ce n'est pas la chose qui inspire la permanence
Mais bien, sans cesse renouvelé, l'étonnement
Qu'elle suscite. Chaque instant est un commencement.

L'Abbé Théophile


(1) Au sens de transcendance et donc en voyant la chose au-delà de son apparence immédiate, c'est-à-dire de sa réalité composite et transitoire. Mais comme rien n'est chose-en-soi, cette vision "au-delà" ne peut porter que sur son principe de manifestation.

(2) Au sens proprement hédoniste et donc réducteur du terme, tel que l'illustre Homo festivus.

(3) Au sens d'archétype, que nous relions ici à l'acception kantienne de procédé actif, c'est-à-dire un moyen par lequel un concept pur devient effectif par l'implication d'une intuition.

mercredi 12 septembre 2018

Considérations fastfoodiennes


Armoiries du Sieur Hofmann (Allemagne)

Leurs fastfooderies sont des fabriques de saindoux
En lequel s'engluent les résiduels neurones.
L'homme moderne vit comme une brute mais se pense doux,
Car fardé de bons sentiments dont il plastronne.

Sa prothèse communicationnelle lui est tout,
Car sans elle, son vide sidéral perd ses repères.
Il y est enchaîné comme un petit toutou,
N'ayant guère que son nombril pour ultime repaire.

Ce monde de bisounours est un monde d'égoïstes
Qui ne pensent qu'à leur confort et à leurs plaisirs.
S'indignant d'une tombe où il se devra gésir,

Homo festivus n'est pas d'emblée réaliste.
Il s'étourdit volontiers. C'est un ayant-droit
Doublé d'un ingrat. Grand sera son désarroi.

Le Spectre à trois faces

Sociologie parallèle

dimanche 26 avril 2020

Le dernier train


Blason de Sinelnikovy (Russie)


Ma chère Mado, peut-être est-il arrivé jusqu'à tes oreilles qu'ils profitent du confinement pour installer partout et à forte cadence des antennes 5G, sans se soucier le moins du monde des effets pervers sur l'homme et la nature, faisant foin de tout principe de précaution. Et ce sont les mêmes qui prétendent s'inquiéter de notre santé en voulant nous protéger du machin 19 dont il gonfle l'importance en truquant les chiffres que les officines de propagande, alias les médias, répètent en boucle, histoire de bien entretenir la peur. Et tu as peur, n'est-ce pas, Mado, comme des millions de gens qui ont donné dans le panneau. En tous les cas, ce confinement est une excellente couverture pour viabiliser, politiquement, socialement, économiquement et techniquement, le Nouvel Ordre Mondial, c'est-à-dire leur désordre notoire institué par la force et verrouillé à double tour, avec la complicité servile des élus et l'adhésion bovine de la masse. Grâce à toi, Mado, et à des gens comme toi dont le silence est tonitruant. Je ne te rappellerai pas les mots d'Einstein que je t'ai maintes fois cités mais qui dans ta tête n'ont guère plus d'effet qu'une blague Carambar. Si demain, on vous enlève le peu de droits qu'il vous reste et qu'on vous traitera comme des esclaves, vous n'aurez pas même le droit de vous plaindre. Juste vous taire et plier l'échine.

Ainsi, vous pensiez toujours vivre de la sorte,
Homo festivus en pays de Cocagne
Où les vents mauvais pénètrent par toutes les portes
Mais qui, devant vos yeux, se transforme en bagne.

Oui, tandis que vous ne pensiez qu'à faire la fête,
En déposant vos cerveaux à la consigne,
Vous nourrissiez d'une insouciance fautive la Bête
Dont l'avènement s'annonçait par mille signes.

Le monde qui vient n'est jamais qu'à votre image.
Lors, ne manquez surtout pas le dernier virage
Car d'ici un an à peine, il sera trop tard.

Il est grand temps de rejoindre la Résistance ;
Montez dans le bon train et pour la bonne partance ;
L'autre, le mauvais, file droit vers le Tartare.

Le Spectre à trois faces

Ami, entends-tu...

vendredi 30 août 2019

Qu'en sera-t-il ?


Drapeau de la Terre (par le vexillologue Philip Kanellopoulos)


L'on dit vouloir un monde meilleur ? J'en suis fort aise !
Mais a-t-on commencé par simplifier sa vie
Et dégagé tout ce qui tient lieu de prothèses ?
De compulsions en pulsions que l'on assouvit,

Il faut bien, pour tout assainir, une vie entière,
Et c'est le but de notre passage ici bas,
Le temps de faire les comptes de l'intérieur bestiaire
Pour dompter ce petit monde, sans plus de débat.

Suivre ceux qui se croient en villégiature,*
C'est s'assurer de la finale déconfiture.
Car qu'en sera-t-il quand il faudra tout laisser,

Au moment, comme on dit, de passer l'arme à gauche ?
C'est de manière festive que le Diable débauche.
Plus d'un eût mieux fait de garder la tête baissée.

L'Abbé Théophile


* Allusion à Homo festivus

dimanche 8 septembre 2019

Inertie


Blason de Shuya (Russie)


Comment te pourrais-tu marcher dans la nature
Sans poser jamais ton regard sur l'herbe des champs ?
Et supporter encore le vacarme des voitures
Quand dessus les blés d'une alouette monte le chant ?

Comment n'es-tu pas à voir que ce monde de brutes
Est l'antinomie déclarée de toute beauté ?
Et que t'aura valu d'avoir quitté ta hutte
Pour confier ton âme à ceux qui veulent te l'ôter ?

Tu croyais trouver d'Ali Baba la caverne
S'ouvrant sur une fausse abondance dont l'oeil se berne ;
Et te voici te livrant à mille compulsions,

Sans jamais que ta faim ni ta soif ne s'apaisent
Car le paradis promis n'était qu'une fournaise.
Mais rien n'y fait, tu t'accroches à tes illusions.

*  *  *

Tu sais que le monde est en train de faire naufrage ;
Pourtant, tu poursuis ta vie d'Homo festivus
Où tout témoigne d'un impossible sevrage.
« Garçon, une pinte de bière avec beaucoup de mousse ! »

C'est ainsi, tu n'imagines plus d'autre modèle
Que celui, ancré en toi, du rêve américain ;
Tu te concèdes une âme mais sans te soucier d'elle :
Bientôt, ton avoir, exposé aux publicains,

Ne vaudra plus même la peine que pour lui tu te battes,
Car jusqu'au dernier sou te sera disputé
Et tous les maux du monde te seront imputés.

Le jour où tu retourneras en tes pénates,
Tu te sentiras chez toi comme un étranger.
La terre vomira ceux qui voulurent la manger.

L'Abbé Théophile