Décryptage et Revalorisation de L'Art de L’Écu, de La Chevalerie et du Haut Langage Poétique en Héraldique. Courtoisie, Discipline, Raffinement de La Conscience, état de Vigilance et Intention d'Unicité en La Fraternité d'un Nouveau Monde !

vendredi 25 août 2017

Ma tour


Blason de Wiedmer von Münsingen (Suisse)

Je demeure dans une tour, au milieu d'une forêt,
Loin du tumulte et de l'agitation du monde.
Mais le chemin pour y mener demeure secret
Et tout intrus s'y trouve à errer à la ronde.

Il ne s'agit pas d'une de ces hautes tours d'ivoire
Qui ressemblent à des hypogées inversées
Et en lesquelles s'ourdissent les desseins d'un pouvoir
Que les prétendants se veulent sans cesse renverser.

La pierre s'effrite, le fer rouille et le verre se brise.
Ni les éléments n'ont sur la mienne une emprise,
Ni les circonstances la peuvent venir assiéger.

Rien jamais ne la corrompt ni rien ne l'altère.
Son origine est en vérité un mystère.
En son centre est un Roi qui se veut siéger.

Marc

Ainséité


Une causerie de Frère Eugène

Peinture d'Adolf Humborg (1847-1921)

L'on serait vite, si l'on n'y prêtait attention,
Happé par le travail ou quelque occupation,
D'autant plus par le plaisir que l'on y trouve
Et, du fruit, la satisfaction que l'on éprouve.

L'on se doit briser l'enchaînement des actes
Qui conduisent à ne mener qu'une vie compacte
Et offrir au temps vécu son instant vierge,
Rallumer la flamme dont nous sommes le cierge.

Oh ! Il ne suffit pas de faire une simple pause
Mais c'est toute l'activité mentale que l'on pose,
Ce qu'en d'autres traditions l'on nomme vacuité.

Ainsi, mes frères, moi qui suis tout à mon affaire,
- Et ma confidence vous pourrait bien stupéfaire -
Je médite en continu sur l'ainséité.

Frère Eugène

Silence augural


Blason de Goudelin (Côtes-d'Armor, Bretagne)

Ce silence est à envelopper mon Âme,
Étreindre sans relâche ce qui ne saurait être dit,
A la bouche scellée de chaudes et puissantes larmes,
Voici L'Adieu et notre intime secret qui nous lie.

L'Horizon se tait au rougeoiement de nos souffles.
Des effluves de la nuit que nous implore la grâce.
Tout est en cet oubli qui efface toute trace.
Je n'ai ni père ni mère, et mon cœur s'essouffle.

Sur le chemin, pendent les vignes sauvages,
Et mon corps alangui n'est plus qu'un cri meurtri.
Le Silence est un misérable Destin qui s'échappe.

Augural Présent ! Les vagues dédaignent le rivage,
Elles ont le courage de fuir en ces songeries.
Lumière ! Fine lame, c'est Toi qui me frappes !

Océan sans rivage

jeudi 24 août 2017

Trois chevaliers


Blason de Marguerite de Creste (Valenciennes, 14e siècle)

Trois chevaliers s'en voulurent aller en croisade,
Pour, dirent-ils, délivrer le tombeau du Seigneur.
Après mille adieux avec force embrassades,
Ils partirent rejoindre une horde de saigneurs

Dont la tunique était cousue d'une croix de sang.
La bande allait joyeuse, de pillages en ripailles,
Se pensant que leur oriflamme valait beauceant ; *
Se croyant dignes d'un enfant né dans la paille.

Le premier périt de soif dans quelque désert ;
Le second, tombé esclave, pleura sa misère ;
Le troisième perdit sa tête au cours d'une bataille.

Mille autres suivirent et avalèrent du sable ;
Tous furent vaincus par l'Orient insaisissable.
Il ne reste plus même d'une cotte la moindre maille.

Marc

*
Étendard des chevaliers du Temple

Blason d'Arnstorf (Bavière, Allemagne)

Dans l'âtre du Cloître (3)


Les recettes de Frère Eugène – La carpe au four

Peinture de Carl Ostersetzer (artiste allemand, 1850-1914)

Il faut d'abord vider puis écailler la carpe
Après avoir préchauffé le four comme ce doit,
C'est-à-dire un peu davantage que pour une tarte.
Dans le ventre du poisson, l'on verse quelques doigts

De jus de citron ; viennent les oignons qu'on émince
À côté d'une bougie qu'on aura allumée
Pour éviter que l'oeil tout entier ne se rince.
L'on verse dans le plat une huile d'olive parfumée

Afin que dans le fond du plat rien ne s'accroche.
L'on ajoute les oignons de manière à offrir
Un nid douillet à la carpe qui aime ainsi frire.

L'on surveille, en demeurant du four toujours proche ;
Et quand la chair se laisse détacher aisément,
L'on peut se mettre à table, assurément.

Frère Eugène

Les Allégories du Jardin - Le Saule d'Égypte

Allégorie 6 - Le Saule d'Égypte

Blason de Widnau (Canton de Saint-Gall, Suisse)

Lorsque les arbres eurent vu que le saule était le seul d’entre eux dont les rameaux flexibles se balançassent sans cesse, ils critiquèrent la mollesse de ses mouvements, et censurèrent sa fierté et sa complaisance pour lui-même. Alors le saule agita de nouveau ses rameaux légers, et s’exprima ainsi dans son langage muet :

A-t-on quelque chose à me reprocher ! Pourrait-on blâmer le tremblement de mon feuillage et l’agitation de mes branches ! C’est pour moi que la terre déroule ses tapis nuancés, que les prés déploient toute leur parure, et que l’haleine du zéphyr matinal répand ses douces émanations. Lorsque je m’aperçois que les végétaux sont sur le point de ressusciter, que la terre s’agite et se ranime, que la trompette de la promesse que Dieu m’a faite sonne, que l’accomplissement de cette promesse abroge la menace dont j’avais été l’objet ,et que mes fleurs vont s’épanouir ; quand, d’un autre côté, je vois que déjà la rose a paru, que les frimas se sont retirés, que les fleurs brillent des plus vives couleurs, que le grain commence à se former, que déjà le rameau dépouillé se couvre de feuilles, que les différents végétaux destinés aux mets et aux boissons de l’homme s’unissent pour lui fournir la substance qui le fait vivre, je m’élève alors à la connaissance du Créateur et du Maître de toutes ces choses et je reconnais qu’il est unique, éternel, tout-puissant ; qu’il n’a besoin de personne, et que personne ne peut se passer de lui, bien loin de partager son empire ; qu’il n’a point engendré et n’a pas été engendré ; qu’aucun être, enfin, n’est semblable à Lui. C’est par ces considérations que ma cime élevée s’agite pour se réjouir de la vision intuitive qui fait mes délices, et que les rossignols de mon bonheur gazouillent sur mes rameaux tremblants. Ensuite, par un effet de la grâce de Dieu, objet de mon culte, je pense au néant de mon être ; et, de crainte de manquer mon but, je me tourne vers la rose, je lui annonce ma venue, et, tandis que mes fleurs lui forment en tombant comme une robe élégante, je lui demande quel est l’objet de mon existence. Nous nous ressemblons bien parfaitement en tout , me répond-elle ; si tes rameaux paraissent s’incliner pour prier le Très-Haut, on dirait que les miens se prosternent pour L’adorer ; si ta beauté Consiste dans le vert de ton feuillage, la mienne consiste dans l’incarnat de mes joues. Mon fière, n’attendons pas le feu éternel qui doit nous consumer ; jetons-nous nous-mêmes dans les flammes, pour nous offrir en holocauste. Si tel est ton désir, lui répliqué-je, et si tu consens à périr, je ne m’y oppose point et je veux bien ne pas me séparer de toi. On nous arrache donc ensemble du milieu des fleurs nos compagnes ; on nous livre à un feu ardent qui fait monter nos esprits, et qui, sans pitié, fait couler nos larmes. Nos corps périssent, mais nos âmes restent ; notre beauté extérieure s’évanouit, mais nos qualités intérieures demeurent. Il est vrai, cependant, qu’il y a une grande différence entre ce que nous étions et ce que nous devenons.

Déjà. la rose était venue ; elle annonçait les propriétés agréables qu’elle possède , lorsque le saule à la taille légère se tourna vers elle pour se plaindre de la violence de l’amour dont il était épris, et s’inclina avec grâce pour respirer le parfum délicieux qu’elle exhalait. La rose, partageant sa douleur, lui dit : Amis intimes, en proie à la même ardeur, nous ne faisons qu’un et nos qualités sont les mêmes. Combien de fois n’avons-nous pas éprouvé les tourments les plus violents des flammes ! Mais jamais mon compagnon n’a perdu de vue l’objet de sa passion, et jamais je n’ai oublié l’objet de la mienne. Combien de fois aussi des mains avides ne nous ont-elles point privés de nos rameaux encore verts ! On ne saurait comprendre à quel point la flamme cruelle tourmente nos entrailles, et dans quel brasier nos cœurs sont consumés. Le feu sépare nos esprits de nos corps, comme il a commencé par nous priver de nos forces. Nous nous plaignons tous deux des mêmes douleurs, quoique chacun nous ayons l’objet particulier de notre amour. Je le jure par celui qui de toute éternité repose sur son trône, et mon serment est véritable, il y a dans l’exposition de ma peine un sujet de réflexion pour les gens sensibles, dont le cœur est éloigné du mal ; j’étais hier comme la pleine lune qui se lève, et je suis aujourd’hui comme une étoile qui disparaît.

Merveilleuse et mellifique Abeille

Une causerie de Frère Eugène

Blason de Brioude (Haute-Loire, Auvergne)

De gueules à la ruche d'or accompagnée de
six abeilles du même, au chef cousu de France.

Pour produire un seul kilogramme de miel, six mille
Abeilles doivent butiner cinq millions et demi de fleurs,
Parcourant, pour emplir de pollen leur sébile,
Quatre fois le tour du globe, butinant, par heure

Et par abeille, sept cents fleurs, chacune transportant,
À chaque voyage, près de soixante dix milligrammes,
C'est-à-dire son propre poids ou presque autant !
J'y pense toujours, à chaque pot de miel que j'entame,

Et jamais je ne me lasse de m'émerveiller,
Ni d'être, envers ces bêtes, plein de gratitude.
Quelle est cette Intelligence, en sa plénitude,

Qui de nous déverser ses bienfaits a veillé ?
Il nous plaît de l'appeler parfois Dame Nature ;
Mais nous ne sommes point dupes sur sa réelle nature...

Frère Eugène

Blason de Grand'Combe-Châteleu (Doubs, Franche-Comté)

D’argent à une ruche d’or accompagnée de douze abeilles du même en orle.

Surge et ambula (Lève-toi et marche)

Une causerie de Frère Eugène

Peinture de Karl Gephardt (1860-1917)

À qui n'est-il arrivé un moment d'absence ?
Nul ne se peut croire à l'abri d'une distraction,
Et si la plupart sont souvent sans conséquence,
D'autres, bien au contraire, peuvent saler l'addition.

Il arrive que le pied hésite et même titube ;
L'esprit était occupé à quelque pensée.
Qu'elle fût terre à terre ou en une sphère d'altitude,
L'on ne s'en est pas moins du réel distancé.

« Être à ce que l'on fait, poursuit Frère Eugène,
C'est comme s'aligner à la justesse de l'instant,
Et rien alors, plus que cela, n'est important.

Si, lors que je cuisine, quelque idée me gêne,
Je la remets à plus tard ; et si je l'oublie,
C'est que son importance n'était point établie. »

Marc

Peinture d'Adolf Humborg (1847-1921)

mercredi 23 août 2017

Destin ou petit conte du clapotis de l'eau


Blason d'Avajan (Hautes-Pyrénées, Occitanie)

D'azur au mont d'argent sur une terrasse herbeuse isolée de sinople,
soutenue de deux fasces ondées aussi d'argent.


- Je T'ai reconnu, Ô Toi qui frappes et que l'on nomme Destin !

- Je ne suis pas de ceux qui frappent et pourtant, parfois, lors que je suis à me révéler, je suis à surprendre, je le sais, et mille roses en demeurent bouches-bées.

- Tu fais répandre le sang et couvre les sinuosités. Je T'ai vu ! Tu es semblable à un enfant, et pourtant, tu es si habile ! Je T'ai vu ! La lune a souvent épousé Tes éclats et lors que les étoiles déclinent, Tu restes au firmament.

- Je t'ai déjà conquis mille terres qui sont en Tes feuillets, et Le Calame n'est point à s'assécher encore. Lors qu'une vague s'épuise, une autre aussitôt naît. Sur les rochers qui glissent de leur imperceptible instant, l'océan entier est à venir s'y reposer.

- Je me suis souvent arrêtée sur les chemins du Bonheur parfait, et j'ai souri au vent. Tu as frémi si savamment sur les branches du merisier. Ton Ami des sentiers ardents m'a rejoint presque en courant. Destin, il fut un jour où j'interrogeais Le Temps. Je lui ai prêté maints desseins. Ce qui a ravi mon cœur, c'est de voir le ruisseau chanter. Tu es entré, les deux pieds si joyeux. Tu m'as raconté ce qui ne peut être livré à tout venant. Je me suis assise sur les monts altiers. Je T'ai invité. Viens, T'ai-je dit, repose-Toi. Je suis aussi fatiguée. Tu as dit : Non, tu es en paix, et tu ne le sais pas encore. Que dois-je faire si je suis ravie par le Visage de Ton Ami ?

- Je L'ai dessiné, et il a souri. Je comprends que tu puisses L'aimer. Il est Aimable, n'est-ce pas ?

- Je n'ai plus rien à dire. Je L'attends. Toi, Destin, je suis aussi à Te sourire. Tu es La Caresse de mes instants bénis. Tu es mille roses que je vois éclore dans Le Jardin. Même si Tu es violent, je sais que Tu traces Un Chemin.

Océans sans rivage

Ouverture


Blason de Wilhelmshaven (Basse-Saxe, Allemagne)

                                         De Sa lance, Il a touché mon cœur
                                         Et la blessure lui a rendu la vie,
                                         Mon sang a jailli, source abondante et féconde,
                                         Et mon secret s’est répandu…

                                         Je n’ai pu le retenir car la blessure était trop vive…
                                         Je ne cherche pas la guérison mais cette vie nouvelle,
                                         Puisque mon cœur et ma poitrine sont ouverts
                                         Et que la lumière du jour y pénètre avec force.

                                         Voici l’étrangeté de mon état…
                                         Ce qui aurait anéanti le premier venu
                                         M’a rendu à la vie pour toujours,
                                         Alors que le remède aurait causé ma mort sans retour.

                                         Ce qui désespère l’indolent est mon espoir,
                                         Ce qui l’attriste me ravit,
                                         Ce qu’il goute d’amertume, j’en fais mon miel,
                                         Ce qu’il rejette sans merci, je m’en saisis.

                                         Car j’en connais le noble prix.

                                         De Sa lance, Il a percé mon cœur
                                         Et maintenant, je vois ce que nul ne perçoit,
                                         Et même si je suis mort pour autrui que m’importe,
                                         Je suis ce que je sais…

                                         Qui pourra m’ôter ce que désormais je possède ?

Jean d'Armelin

Dans l'âtre du Cloître (2)


Les recettes de Frère Eugène – Le radis noir

Peinture d'Adolf Humborg (1847-1921) Gärtnerstolz

Mes frères, tous les légumes sont bons pour la santé
Et plus particulièrement les crucifères
Dont il est recommandé de s'alimenter.
Vous dirai-je que celui qu'entre tous je préfère

Est le radis noir dont on vante les mille vertus ?
Fameux contre les problèmes cardiovasculaires
Et – de le répéter sans cesse je m'évertue,
M'appuyant sur un savoir multiséculaire –

L'un des meilleurs antioxydants que je sache.
Si le blanc a l'avantage d'être moins fort,
Le noir se peut adoucir avec force renfort

De crème, mais après l'avoir, point ne vous le cache,
Bien salé puis rincé abondamment à l'eau.
Lors que j'en mange, il est rare que j'y aille mollo !

Frère Eugène

Peinture d'Eduard von Grützner (1847-1925) Brotzeit, 1908

Tous ces chemins


Blason de Bauerbach (Thuringe, Allemagne)

Il y a tant de chemins qui tracent ou qui serpentent : le forestier, qui grimpe ou qui descend, sinueux ou tortueux, rocailleux ou ensablé ; le campagnard, nu ou bordé d'arbres, caillouté et cahoteux, carrossable ou impraticable, détrempé ou amolli, ouvert ou creux ; le chemin de randonnée, battu, balisé, parcouru et si fréquenté...

Tous ces chemins...

Ceux qui se rencontrent et se coupent ; ceux qui divergent ou convergent ; tous ceux, aussi, qui mènent à Rome.
Il y a le chemin que l'on demande et celui que l'on indique ; celui où l'on s'engage et celui d'où l'on revient.
Il y a le chemin que l'on a et celui que l'on cherche ; celui où l'on va et celui que l'on bat ; celui que l'on emprunte et celui que l'on déserte ; celui que l'on poursuit et celui que l'on dévie...

Tant de chemins...
Ceux qu'on longe, parcourt, prolonge, rebrousse, reprend ; ceux où l'on s'attarde, se traîne, s'arrête...

Marcheur, évite de prendre le chemin de la vie creuse, qui s'annonce toujours comme une belle promenade mais où l'on finit sûrement par périr d'ennui. Sans doute la pire des morts... La mort sur pied. Le comble pour un marcheur ! Écarte-toi aussi de ceux qui se terminent en fil de rasoir ou qui se diluent dans les marécages de la vie. Mais je reste surtout à l'écart des chemins autoroutiers qui hâtent le voyage, où l'on se pousse, se renverse et s'encombre. Car là où tous vont, personne n'y est.

Marcheur, que ton chemin soit parallèle ou de traverse, droit ou ondulé, peu importe, pourvu qu'il te mène à la croisée de celui qui monte. Si tu le prends et que parfois tu chancelles et perds l'équilibre, ce n'est pas grave, l'essentiel est de tomber vers le haut.

Marc

Blason de Lipnik (Slovaquie)

mardi 22 août 2017

Les Allégories du Jardin - Le Nénuphar


Blasons de Ramold_de_Gorynia et de Frauenchiemsee_Abbey (Bavière, Allemagne)

Allégorie 5 - Le Nénuphar


Le nénuphar, si remarquable par sa couleur triste et par son air languissant, tint alors ce langage :

Toi qui te repais de chagrins, jette le regard de l’attention sur la pâleur de ma corolle, et vois si je puis échapper aux décrets immuables du destin. Je me soumets à mon malheur, mais je ne renonce pas a l’amour. Si tu es amoureux, toi qui écoutes avec avidité mes leçons, use de ménagements, comporte-toi avec prudence. Les jardins sont mon habitat, et les lieux aquatiques le lit de mon repos ; j’aime l’eau limpide et courante, et ne m’en sépare ni le matin, ni le soir, ni l’hiver, ni l’été. Ce qui est bien plus extraordinaire, c’est que, tourmenté d’amour pour cette eau, je ne cesse de soupirer après elle, et qu’en proie à la soif brûlante du désir qu’elle m’inspire, je l’accompagne partout ; mais as-tu jamais vu rien de pareil ! être dans l’eau et se sentir dévoré par la soif la plus ardente.

Lorsque le jour paraît, je déploie mon calice doré, et mille mains jalouses viennent fondre sur moi ; au contraire, lorsque la nuit enveloppe la terre de ses ombres, l’onde m’attire vers elle ; ma corolle quitte sa position et s’incline ; je m’enfonce dans l’eau, qui me recouvre ; je me retire dans mon nid de verdure, et je reviens à mes pensées solitaires. Mon calice, comme un œil vigilant, est submergé dans l’eau, pour contempler ce qui fait son bonheur , et les hommes irréfléchis ne savent plus où je suis. Le censeur importun ne réussira pas à m’éloigner de l’objet de ma flamme. D'ailleurs, quelque part que mes désirs me portent, je vois que l’eau est toujours à mes côtés ; si je viens la prier de soulager l’ardeur qui m’enflamme, elle m’abreuve de sa douce liqueur ; si je lui demande un asile, elle me reçoit avec complaisance. Mon existence est liée à la sienne, et la durée de ma fleur dépend du séjour qu’elle fait auprès de moi. Enfin, c’est par l’eau seule que je puis acquérir le dernier degré de la perfection ; c'est à ses seules qualités que je dois les propriétés dont je suis pourvue. On ne me verra jamais sans cet objet adoré, car sans lui je ne pourrais exister en aucune manière.


Blason de Brocēni (Lettonie) et de Enger (Rhénanie du Nord-Westphalie, Allemagne)


L’amour a couvert mon corps du vêtement décoloré de la langueur ; troublé par la passion qui l’agite, mon esprit s’abandonne au plus noir chagrin. Lorsque l’amour décoche son trait, il semble que c’est moi qu’il veuille frapper de préférence à tout autre. La beauté cruelle que j’adore feint de venir auprès de moi, et elle excite dans mon sein un amour qui l’agite et le brise. Je ne vis que pour elle, et je veux mourir pour elle ; oui, l’amour lui-même me préparera cette mort glorieuse. Il me dit : Ne rêve qu’amour, si tu veux jouir du bonheur que je promets. Je défends, par la pointe des lances, l’approche de ce divin objet ; ce n’est qu’auprès de mes piques rembrunies que tu trouveras les douceurs que j’accorde. Ne t’afflige donc point de la blessure cuisante des flèches, ni de l’amertume de la peine ; le bonheur en est le résultat. Imite ces amants fidèles qui sont morts d’amour pour leur divine maîtresse, mais qui ont obtenu l’objet de leurs désirs. Quand, après avoir traversé la mer Rouge, les enfants d’Israël, épuisés de fatigue, entendirent sur le mont Sinaï ces douces paroles : « Je suis celui qui suis », ils ne regrettèrent point leurs peines et leurs travaux.


Matines ou les adieux de Frère Maurice


Peinture de Granet François-Marius (1775-1849)

Tant de perles cachées et qui sont un chemin.
L'Âme est un Mystère, et L'Homme Son Devenir.
Tant de Sagesse et tant de pas qui tendent vers L'Un.
Dieu est Grand d'offrir à chacun Son Élixir.

Son Jardin est aussi Vaste que Son Infini.
J'ai vu un Roi qui pérégrinait en de vêtures sobres.
De mes écartements, Il n'est pas à me croire avili.
De par Sa Grâce, je n’essuie pas d'opprobre.

Voici que sonnent Les Matines, et je m'en vais.
J'ai besoin de marcher léger, de suivre mon Roi.
Je n'emporte rien que mon pauvre corps alourdi.

Errant, nous le sommes un peu tous, je le sais.
Qui s'en va sur un sentier, à la vérité, marche en Lui.
Adieu mes frères. J'ai le cœur contrit, toutefois.

Océan sans rivage


L'office de Matines ou des vigiles est le premier office du cursus de l'office divin, destiné à sanctifier le temps de la nuit.

Un gardien redoutable


Peinture d'Eduard von Grützner (1846-1925) Der Kellermeister

Depuis que Frère Maurice est remonté des caves
Du Cloître pour suivre son chemin intérieur,
Il fut décidé de commettre Frère Gustave
À la garde des redoutables profondeurs.

Du jus de treille vinifié, l'homme n'est pas novice.
« Il y a loin, dit-il, de la coupe aux lèvres ;
Une solide tempérance éloigne le vice ;
Lors, de ses assauts, l'on ne devient pas chèvre.

Certes, l'on respire en ces lieux d'étranges vapeurs
Et l'âme faible tomberait vite dans la torpeur.
Dieu soit loué ! La mienne est taillée dans la roche

Et je ne sache aucun vin qui puisse l'éroder.
L'esprit bien trempé, rien ne le peut corroder.
Tout intrus, céans, entendra sonner mes cloches ! »

Marc

Ex voto


Peinture de Giuseppe Bortignoni le Jeune (1883-1908)

Un objet n'a pas en soi de valeur propre
Car celle-ci est liée au besoin qu'on en a
Ou au désir, plus souvent. Telle chose médiocre
Peut valoir plus qu'une précieuse et bien au-delà.

Un tel porte son habit usé jusqu'à la corde,
Non point par avarice, mais par attachement ;
Tel autre refuse le plus qu'on lui accorde
Parce qu'il se sent bien ainsi, tout simplement.

En ce Cloître, il n'est rien que l'on ne rafistole,
Quand même la chose ne vaudrait plus même une pistole.
Parmi les vœux du moine sont ceux de pauvreté ;

Il n'est donc aucun bien qu'en propre il possède,
Ayant laissé loin derrière lui ce qui précède
Pour qu'en son âme ne règne que l'humilité.

Marc

In extremis


Peinture d'Arthur John Elsley (1860-1952)


Maître Renard, par une meute de chiens poursuivi,
Se voulut réfugier derrière les murs d'enceinte
D'un cloître, priant Dieu de lui sauver la vie,
Quoique son âme ne fût jamais de vertu ceinte.

Des moines entendirent la supplique du pénitent
Et s'en coururent prendre le devant des molosses,
Laissant là leur chapelet qu'ils allaient, récitant.
« L'on est bien mieux en une cellule que dans une fosse !

Sans les frères, je ne donnais pas cher de ma peau !
Je trouverai céans, je crois, tout le repos
Qu'il sera à ma pauvre carcasse nécessaire

Car me voici bien las de mes longs périples.
Auprès des bons moines, de François les disciples,
Je ne craindrais plus ni danger, ni adversaire. »

Marc

Un Sentier


Blason de Xertigny (Vosges)

D'or à la bande de gueules chargée de trois anilles d'argent.

Les rocailles d'un sentier, qui gravit âprement,
Blessent le cœur qui sanglote au vent des branchages.
Mon Aube souveraine, ma Joie innocemment
Qui s'envole des aspirations du long voyage !

C'est aux larmes brûlantes que la poussière s'accroche.
J'ai tendu la main malhabile. En Toi est mon âme.
Tremblent les soubresauts d'une voix qui s'écorche
De l'intensité de La Réalité : Ô belle Flamme !

De T'aimer, Toi, mon frère est douceur du matin,
Que caresse le givre de nos yeux incandescents.
Si Aimer est mourir, lors je meurs à Tes pieds.

Si aimer est vivre, lors je vis en Toi, L'Aimé !
Les furtifs souffles sur Le Joyau cristallin,
Que nos mains cisèlent de reflets iridescents.


Blason de Birkungen (Thuringe, Allemagne)

J'ai lu en ce parchemin de L'Âme, ce Destin.
Je T'offre ces instants qui au sommet de mes mains
Savent s'unir à L'Espoir que je cueille des sèves
De L'Arbre sans amertume et, Ô douces trêves !

Frère de mon Âme, et Compagnon de mon cœur,
Ne suis-je pas à gravir aussi ma douleur.
J'ai dit : 
« Ô Nobles Houris, lors que suinte Le Jour,
Je suis à offrir ma vie, et ne désire rien que L'Amour.

Aimer est juste cette Alchimie qui me rend constante.
Je ne jalouse aucune de vos beautés, et me concentre,
A Aimer Celui qui est mon Ultime Heure.

J'ai creusé ma tombe, et tapissé de ma confiance
Ces parois qui du Ciel ondoient et que je contemple :
J'ai poussé ce cri : cette souffrance est aussi mon bonheur !
»

Océan sans rivage

lundi 21 août 2017

Vêpres


Peinture d'Eduard von Grützner (1846-1925)


Moult questions brûlent nos lèvres asséchées et pourtant,
Comme nous sommes à ne plus rien savoir en dépit du bon sens.
Nous sommes à vouloir Dieu sans vouloir Sa Présence,
Dresser une effigie puis L'oublier assurément.

A quoi me sert de Le prier sans de Lui apprendre ?
Qu'un messager arrive ! C'est en nous qu'est Son Verbe.
Suis-je à Le méconnaître, à ne rien vouloir entendre ?
Je réalise que L'Echo est une voix qui s'est offerte.

En moi, Elle est à s'éveiller d'une longue torpeur.
Lors que Le Roi appelle, nous percevons sa force.
Il n'est point à nous tromper, je le sais sans doute.

Il est comme une étreinte qui encercle notre cœur.
Une lumière nous guide dans la nuit avec rectitude.
Qui peut nous en écarter et fermer cette porte ?





Je veux marcher sur le sentier des assoiffés.
Je veux comprendre cette universalité,
Celle que nous révéla Notre Maître incontesté.
Ce Roi me prend La Main et je m'y veux aller.

Je ne souhaite plus être aveugle, ni benêt,
Un qui s'enlise dans des obscurités et du temps qui passe !
Seigneur, mon cœur saigne de vous avoir tant manqué !
Je suis en cette douleur et rien ne peut me consoler !

Déterminé, je le suis de par votre Réalité !
Enfin, le pain que je mange se veut être en ma bouche,
Une authentique Alliance et mon oeuvre dernière !

A genoux, je fais pénitence et vous supplie de m'aider.
Que m'importe les rires sur quoi rien ne débouche.
Je vais, céans, m'enquérir de votre Noble Mystère.

Océan sans rivage


Les Vêpres sont l'office divin que l'on célèbre le soir.

None


Peinture de Karl Gartner (1810-1894)

Toute âme est amenée à goûter à la mort,
Que nous vaut-il de l'ignorer incidemment ?
Est-ce inconscience ou indigne carence simplement ?
J'ai bien négligé tout ce temps ! Comme j'ai eu tort !

Voici que sonne encor la cloche qui nous rappelle
Qu'en toute heure, il en est une autre qui s'approche.
Où donc étais-je à ne plus connaître cette sagesse ?
Que n'ai-je rencontré plus tôt cette noble Parole :

« Désires-tu apprendre à bien vivre, apprends
Auparavant à bien mourir. »* ai-je lu tantôt.
Que de phrases qui glissent sur nous sans plus !

Qu'ai-je fait de ma vie monacale ? Je suis bien sot !
Mais, il n'est pas tard ! Je suis de fait résolu !
Je suis nigaud, sans doute, mais point impotent !

Océan sans rivage


Peinture d'August Kraus (1852-1917)

* Citation de Confucius

None correspond à l'office de la neuvième heure du jour ( trois heures de l'après-midi).

dimanche 20 août 2017

Gratis pro Deo


Peinture d'Arnaldo Tamburini (1843-1901)

« L'on fait vite, de nos jours, de jeter aux ordures
Ce qui n'est plus à la mode ou à son gré.
D'une chose dont on use se marque du temps l'usure.
Il en sera de même pour nous, autant l'agréer. »

Tel se parlait en lui-même le frère cordonnier,
Tout en ressemelant une paire de vieilles chaussures
Que lui avait déposées le frère jardinier.
Ils se connaissaient depuis leur première tonsure

Et se rendaient des petits services mutuels.
Au Cloître, le travail est gratis pro Deo ;
Le temporel y épouse le spirituel

Car Esprit et Matière ne se doivent opposer.
À cette unité-là, les moines se veulent féaux ;
Tel est le sens de la bure qu'ils ont endossée.

Marc