Décryptage et Revalorisation de L'Art de L’Écu, de La Chevalerie et du Haut Langage Poétique en Héraldique. Courtoisie, Discipline, Raffinement de La Conscience, état de Vigilance et Intention d'Unicité en La Fraternité d'un Nouveau Monde !

samedi 25 novembre 2017

Apocalypsis 7 – Circulus vitiosus


Une causerie de Frère Eugène


Blason de Chalabre (Aude, Occitanie)

D'azur à deux clefs renversées d'or, passées en sautoir,
les pannetons affrontés et liées en coeur par un anneau du même.


Si l'on feuillette les livres d'histoire de ce monde,
Nous n'y lirons guère qu'une suite de dominations
Des uns par les autres, en une infernale ronde
Dans laquelle sont entrées la plupart des nations.

Si ce balancier opère à toutes les échelles,
C'est au plus intime de l'individu qu'il naît ;
C'est le pivot par quoi le monde se renouvelle
Ou se fige en ce qui toujours le bornait :

Une vision linéaire au sein d'une finitude
Et d'un ordre exclusivement immanent,
Donc excluant la transcendance et l'advenant.

Seul varie le décor, mais les mêmes lignes de forces
Referment le cercle dont le serrage se renforce
D'époque en époque. Mais proche est le dénouement.

Frère Eugène


Circulus vitiosus
: « Cercle vicieux. »

vendredi 24 novembre 2017

Apocalypsis 6 - Respice finem


Blason de Neudorf bei Passail (Styrie, Autriche)

Qu'est-ce qui dans notre paix couve et féconde la guerre ?
D'où naissent toutes ces hargnes qui répandent la terreur ?
Nous sommes à peine remis des horreurs de naguère
Que le monde, déjà, replonge dans les mêmes erreurs !

Une société fondée sur la concupiscence
Et qui donne libre cours à la cupidité
Devient funeste et fatale, sans résipiscence.
L'appétence n'est jamais loin de l'avidité

Dont les effets menacent la vie et la planète.
Les scientifiques disent qu'il sera bientôt trop tard,*
Sauf qu'ils ont déjà deux longueurs de retard.

Se pense-t-on pouvoir rester sur la sellette,
De poursuivre du passé les divagations
Sans que se déclenche la finale conflagration ?

Frère Eugène



Respice finem : « Considère la fin. »

* Dans une lettre publiée le 13 novembre 2017 dans la revue BioScience, plus de 15 000 scientifiques sonnent l’alarme contre les dangers qui guettent l’humanité.

Métiers, corporations et héraldique


 Les Éditions Artistiques de Monaco avaient édité une série de cartes de vœux, magnifiquement illustrées et pressées à la main, sur le thème des métiers et des anciennes corporations, du Moyen-Âge au XVIIIe siècle, avec en prime leur blason brochant sur l'image.

jeudi 23 novembre 2017

Force absolutoire


Une méditation de Frère Eugène

Blason de Pfaffenhausen (Bavière, Allemagne)

Quand même je serais le plus savant des savants,
Le plus docte des docteurs, le plus sage des sages
Et arborant le plus aimable des visages,
Cela ne serait que vent et poursuite de vent

Si, intrinsèquement, l'Amour point ne l'inspire,
Lequel procède toujours d'une conscience élevée,
Libre de tout, soluble dans aucun empire,
Capable de tout dépasser, tout soulever

Car irrigué par la Force absolutoire
Qui préside à l'Origine de la Création,
Une Force qui établit la juste relation

Au sein du manifesté et du transitoire ;
Force de transformation et de transmutation
D'une équation montée en triangulation.

Frère Eugène

À la saint Clément


Blason de la ville de Khimki (Russie)

Selon l'almanach des dictons et des proverbes,
Saint Clément montre rarement un visage avenant ;
Les bourrasques dévêtent l'automne de sa superbe
Pour apprêter Dame Nature à l'hiver venant.

Sur la roue du Ciel, le Centaure bande son arc,
Nous montrant sans détours le chemin des étoiles.
Si les Anciens lui plaçaient sous les pieds une barque,
C'est parce qu'il guidait ceux qui prenaient les voiles.*

Le Sagittaire nous invite à lever les yeux,
Comme pour rappeler à l'âme sa vraie origine
Car notre destin est de remonter aux Cieux.

La corde symbolise la tension du désir
Et la flèche son intention, comme on l'imagine.
Ce monde n'est qu'un passage, l'on n'y veut point moisir. 

Marc

* Jollois et Devilliers, Recherches sur les bas-reliefs astronomiques des Égyptiens, dans Description de l’Égypte (1809), p. 462.

mercredi 22 novembre 2017

Splendeur du coq de sable


Blason de la famille de Polier

Le coq de sable observe un beau lever de lune.
La nuit vient apporter le songe et son oubli,
Le soleil au Ponant s’étant enseveli ;
Sur la minuit viendra la longue dame brune.

Les étoiles du ciel s’allument une à une,
Le volatile noir nullement ne pâlit,
Car, retrouvant bientôt la douceur de son lit,
Il rêvera d’un monde aux éternelles dunes ;

Nous aimons, nous aussi, ce temps crépusculaire,
La douceur qui s’installe alors dans l’atmosphère
Et le printemps qui prend un parfum d’absolu

Sois béni, noble coq, par la voix d’une fée,
Toi qui es successeur et compagnon d’Orphée,
L’un des derniers témoins d’un monde révolu.

Cochonfucius

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Le disciple et le Maître


Blason de Neustadt-Glewe (Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, Allemagne)

[…] Et si le monde est pour toi devenu la distance et les heures
Et si du Ciel tu éprouves la séparation et l'incommensurable
Et si la Terre t’apparaît comme un tapis de glaise ou se résume à un chemin de pierres,
Dis-toi que ta vision est voilée de la Réalité.

Si de l'Homme, tu ne perçois que l'agitation vaniteuse
Ou la cohorte innombrables des âmes asservies,
Si, résidant en ta prison de verre,
Tu renvoies le divin dans l'au-delà des mondes et des jours
Et si, de l'Amour, tu ne vois qu'un misérable sentiment d'unité éphémère
Sois bien certain que ton entendement a perdu la raison.

Car, pas un instant depuis l'Adam-Eve et la succession des grands Patriarches,
Pas un seul jour, dans la procession continue des sept Terres ancestrales,
Il n'y eu de distance à franchir ni de temps consommé
Car tout fut toujours là, à la portée de l’œil et de la main.

Comprends bien !
Même la fourmi dans son insignifiance te dévoile un chemin
et ne doute jamais que tout sera toujours lisible
Car depuis toujours tout est déjà écrit.

Écoute bien l'appel du Maître de la Puissance

« Pas de distance entre nous !
Pas d'ici ni d'ailleurs !
Pas d'hier, encore moins de demain !
Ton toi-même n'a jamais existé et aucun autre jamais ne t'a côtoyé.
Une seule Réalité manifeste et cachée !
Un seul Trésor divulgué et scellé !
Une seule âme, un seul Être, présents dans la multitude infinie de l'Arbre universel ! »

Le Maître est assis devant toi
Qui te tend la main du serment et l'eau du souvenir.

Comprends bien !

Le Maître est là
qui s'assoit dans ta chambre secrète
Et te parle à l'oreille en ton intimité,
Il te donne sans retour à voir tous les joyaux des mondes,
Et sème en ton jardin cordial la graine du secret.

Ne sois pas détrompé !

Sans cesse, le Maître t'invite à la rencontre,
Chaque nuit, te présente un visage inconnu,
Tantôt Amour natif, tantôt impérieuse Rigueur,
Miséricorde apaisante ou implacable Vérité...
Et t'introduit ensuite dans le cercle de ses Amis sanctifiés...

Tu comprends alors que cette solitude qui fut autrefois ta pesante compagne.

Jean d'Armelin

L'Attraction de L'Autre Monde


Blason de Loppi (Kanta-Häme, Finlande)

L' Esprit a couru et se transforme en prévision de ce qui est Sa Destinée.

L'Attraction de L'Autre Monde est tel que celui-ci s'efface. Ici me semble l'ombre de la nouvelle Création. Le coeur reçoit et son âme qui a devancé dit à L'Esprit : viens, dépêche-toi ! Alors, la nostalgie devient insupportable.

L'Âme ne cesse d'appeler L'Âme : viens, dépêche-toi ! Unis-toi et soyons à nous vêtir mutuellement des parures de L'Amour !

Il est des âmes qui se souviennent si fort de la Lumière qui les a nourries.

Elles ne peuvent jamais se suffire des limitations de ceux qui se contentent de la maîtrise d'un Lieu de passage. Lors qu' elles embellissent cette vie, c'est en L'Amour, qui rayonne de toute Sa Splendeur.

Puis, il se passe cette chose étrange : le coeur des choses s'offre à leur regard. Alors, elles savent qu' elles ont vécu pour Cela.

Tous les souvenirs s'enfilent tel un collier de perles. Chaque chose trouve sa place. Chaque question a sa réponse. Chaque souffle est un pont qui ouvre une Voie.

Océan sans rivage

Les Allégories du Jardin - La Huppe


Blason de Roque-sur-Pernes (Vaucluse, Provence)

D'azur à la huppe essorante d'argent, becquée et onglée de gueules,
accompagnée de sept étoiles d'or, quatre rangées en chef et trois en pointe.

Allégorie 29 – La Huppe

     Après que le corbeau fut venu troubler les heureux moments que je passais dans ce jardin, et qu’il m’eut engagé à me tenir en garde contre la haine que je pourrais m’attirer, je cessai de faire attention aux riants objets qui m’environnaient, et je retournai à la solitude de mes pensées. Alors une douce rêverie s’étant emparée de moi, je me sentis comme inspiré, et je crus entendre distinctement ces paroles : Ô toi qui écoutes le langage énigmatique des oiseaux, et qui te plains que le bonheur semble te fuir, sache que, si le cœur était attentif à s’instruire, l’intelligence pénétrerait le sens des allégories ; le pèlerin de ce monde demeurerait dans la voie, et celui que les plaisirs éblouissent, ne s’égarerait pas. Si l’esprit était bon, il pourrait apercevoir les signes de la vérité ; si la conscience savait comprendre, elle apprendrait sans peine les bonnes nouvelles ; si l’âme s’ouvrait aux influences mystiques, elle recevrait des lumières surnaturelles ; si l’on savait écarter le voile, l’objet caché se montrerait ; si l’intérieur était pur, les mystères des choses invisibles paraîtraient à découvert, et la divine maîtresse se laisserait voir. Si tu t’éloignais des choses du monde, la porte du spiritualisme s’ouvrirait pour toi ; si tu te dépouillais du vêtement de l’amour-propre, il n’existerait pour toi aucun obstacle ; si tu fuyais le monde de l’erreur, tu verrais le monde spirituel ; si tu coupais les liens qui t’attachent aux plaisirs des sens , les vérités dogmatiques se montreraient a toi sans nuages ; et si tu réformais tes mœurs, tu ne serais point privé de l’aliment divin. Si tu renonçais à tes désirs, tu parviendrais au plus haut degré de la vie contemplative ; si tu subjuguais tes passions, Dieu te rapprocherait de lui ; il te réunirait à lui, si, pour lui plaire, tu te séparais de ton père ; enfin si tu renonçais a toi-même, tu trouverais auprès de la divinité la plus douce des demeures. Mais, bien loin de là, captif dans le cachot de tes inclinations, enchaîné par tes habitudes, esclave des voluptés, soumis aux illusions des sens, tu es retenu par la froideur de ta détermination, tandis que le feu de la cupidité te consume, et que l’excès d’une joie insensée t’accable. Une langueur funeste t’aveugle ; les impulsions d’un amour déréglé t’enflamment le sang ; ta faible volonté ne forme que des résolutions tièdes, et ne se livre qu’à des pensées glacées ; ton esprit corrompu te jette dans un état d’hésitation pénible, et ton jugement vicieux te fait paraître mauvais ce qui est bon, et bon ce qui est mauvais.

     Tu devrais entrer dans l’hôpital de la piété, et, présentant le vase de l’affliction, exposer le récit de tes souffrances à ce médecin qui connaît ce qu’on tient secret et ce qu’on lui découvre. Tu devrais tendre vers lui le poignet de ta soif brûlante, pour qu’il tâtât le pouls de ta maladie, qu’il examinât la nature de ta fièvre, et qu’après avoir connu exactement ta situation malheureuse, il te livrât à celui qui est chargé d’infliger les peines de la loi, lequel te lierait avec les liens de la crainte, te frapperait avec les verges de l’indécision et de la futurition, en te rafraîchissant en même temps avec l’éventail de l’espérance ; te garderait ensuite dans le sanctuaire de la protection, et écrirait sur le cahier de ton traitement le rétablissement de ta santé. Il préparerait pour toi le myrobalan du refuge, la violette de l’espoir, la scammonée de la confiance, le tamarin de la direction, la jujube de la sollicitude, la sébeste de la correction, la prune de la sincérité et la casse du libre arbitre ; il concasserait le tout sur la terre de l’acceptation, le pilerait dans le mortier de la patience, le tamiserait dans le tamis de l’humilité, le dépurerait par le sucre de l’action de grâces, et t’administrerait ensuite ce médicament, après la veille nocturne, dans la solitude du matin, en présence du médecin spirituel, en tête-à-tête avec la divine amie, à l’insu du rival jaloux, pour voir si ton agitation s’apaiserait, si la chaleur de tes passions se refroidirait, si ton cœur, que les voluptés t’avaient arraché, pourrait reprendre sa place, si ton tempérament acquerrait ce degré d’équilibre qui constitue la santé spirituelle ; si ton oreille pourrait s’ouvrir au langage mystique, et entendre ces douces paroles. Quelqu’un demande-t-il quelque chose ! Je suis prêt à l’exaucer ; pour voir enfin si ta vue intérieure ferait des efforts afin d’être éclairée, et si tu serais capable de contempler les choses extraordinaires et merveilleuses du spiritualisme.

     Considère la huppe : lorsque sa conduite est régulière et que son cœur est pur, sa vue perçante pénètre dans les entrailles de la terre, et y découvre ce qui est caché aux yeux des autres êtres ; elle aperçoit l’eau qui y coule, comme tu pourrais la voir au travers d’un cristal ; et, guidée par l’excellence de son goût et par sa véracité. Voici, dit-elle, de l’eau douce, et en voilà qui est amère. Elle ajoute ensuite : Je puis me vanter de posséder, dans le petit volume de mon corps, ce que Salomon n’a jamais possédé, lui à qui Dieu avait accordé un royaume comme personne n’en a jamais eu ; je veux parler de la science que Dieu m’a départie, science dont jamais ni Salomon, ni aucun des siens, n’ont été doués. Je suivais partout ce grand monarque, soit qu’il marchât lentement, soit qu’il hâtât le pas, et je lui indiquais les lieux où il y avait de l’eau sous terre. Mais un jour, je disparus tout à coup, et, durant mon absence, il perdit son pouvoir. Alors, s’adressant à ses courtisans et aux gens de sa suite : Je ne vois pas la huppe, leur dit-il ; s’est-elle éloignée de moi ! S’il en est ainsi, je lui ferai souffrir un tourment violent, et peut-être l’immolerai-je à m’a vengeance, à moins qu’elle ne me donne une excuse légitime.
(Ce qu’il y a de remarquable , c’est qu’il ne s’informa de moi que lorsqu’il eut besoin de mon secours.) Puis, voulant faire sentir l’étendue de son autorité, il répéta les mêmes mots : Je la punirai ; que dis-je ! je l’immolerai. Mais le Destin disait : Je la dirigerai vers toi, je la conduirai moi-même. Lorsque je vins ensuite de Saba, chargée d’une commission pour ce roi puissant, et que je lui dis : Je sais ce que tu ne sais pas, cela augmenta sa colère contre moi, et il s’écria : Toi qui, dans la petitesse de ton corps, renfermes tant de malice, non contente de m’avoir mis en colère , en t’éloignant ainsi de ma présence, tu prétends encore être plus savante que moi ! Grâce, lui dis-je, ô Salomon ! Je reconnais que tu as demandé un empire tel qu’aucun souverain n’en aura jamais de semblable ; mais tu dois avouer aussi que tu n’as pas de même demandé une science à laquelle personne ne pût atteindre ; je t’ai apporté de Saba une nouvelle que tous les savants ignorent. Ô huppe , dit-il alors, on peut confier les secrets des rois à celui qui sait se conduire avec prudence ; porte donc ma lettre. Je m’empressai de le faire, et je me hâtai d’en rapporter la réponse. Il me combla alors de ses faveurs ; il me mit au nombre de ses amis, et je pris rang parmi les gardiens du rideau qui couvrait sa porte, tandis qu’auparavant je n’osais en approcher. Pour m’honorer, il me plaça ensuite une couronne sur la tête, et cet ornement ne sert pas peu à m’embellir. D’après cela, la mention de mon immolation a été abrogée, et les versets où il et question de ma louange ont été lus.

     Pour toi, si tu es capable d’apprécier mes avis, rectifie ta conduite, purifie ta conscience, redresse ton naturel, crains celui qui t’a tiré du néant, profite des leçons instructives qu’il te donne, quand même il se servirait, pour le faire, du ministère des animaux ; et crois que celui qui ne sait pas tirer un sens allégorique du cri aigre de la porte, du bourdonnement de la mouche, de l’aboiement du chien, du mouvement des insectes qui s’agitent dans la poussière ; que celui qui ne sait pas comprendre ce qu’indiquent la marche de la nue, la lueur du mirage, la teinte du brouillard, n’est pas du nombre des gens intelligents.

     Tu es plus douce à mes yeux que le souffle du zéphyr qui erre la nuit dans les jardins : la moindre idée me trouble et m’agite ; chaque objet agréable me semble être une coupe ou j’aperçois tes traits adorés, et dans chaque son je crois entendre ta voix chérie.


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Apocalypsis 5 – Horresco referens


Une causerie de Frère Eugène


Blason de Sonkajärvi (Savonie du Nord, Finlande)

Dans les sombres arcanes des psychiques tourmentés
S'incubent les tragédies à venir et s'ourdissent
Les horreurs qui s'autoproclament assermentées.
Mais de leurs bouches ne sortent que des immondices.

Qui donc les adoube pour faire pleurer les enfants
Et briser le cœur de l'épouse et de la mère ?
Ils font tomber les têtes, le rictus triomphant
Dont bientôt, pourtant, ils boiront l'écume amère.

Dans leur regard halluciné miroite l'enfer
Dont ils attisent la fournaise et battent le fer.
Et ces événements ne sont que les prémices

De ceux qui leur succéderont, insoupçonnés.
Mais, à vrai dire, leurs trompettes ont déjà sonné
Et peu s'en faudrait que la terre ne les vomisse.

Frère Eugène



Horresco referens : « Je frémis en le racontant. » (Virgile, L'Énéide)

mardi 21 novembre 2017

Épopée


Blason de Steinbourg (Bas-Rhin, Alsace) reprenant les armes de l'Abbaye d'Andlau

De gueules à l'épée haute d'argent posée en barre 
et passée en sautoir avec une clef d'or brochante.

Je suis né dans l'arrière-pays d'une très vieille terre,
Entre Rhin et Vosges, à la naissance des vignes,
Dans un village jadis le fief d'un monastère
Et dont le blason arbore encor l'insigne.

Une enfance à courir les prés et les collines,
À attraper les hannetons dans les vergers ;

À courir les bois jusqu'à ce que le jour décline ;
À chaparder les cerises et s'en goberger...

Une époque très courte mais que la mémoire dilate ;
Un trésor intérieur dans un monde qui éclate.
Il me sera donné de forger une épée

Par le feu, à l'autre bout de mon existence,
Puis par la parole, qui se cherchait une éloquence,
Comme la clef ouvrant les portes d'une épopée...

Marc

lundi 20 novembre 2017

Silence des ondes


Blason de Drezna (Russie)

     La Ronde Semence de Ton Verbe éclot devant L'Éclat de Ta Beauté.
     J'ai vu La Danse de Ton Ordre être Le Chant de Ton Amour.
     Les pétales délicats de Ta Présence sont La Tendresse d'une Fleur immaculée.
     Sur les bords d'un chemin que tient un rempart, les rosées sont Les Perles de Ton Désir.

     Vois comme L'Épousée porte à son visage l'éventail de sa pudeur.
     J'ai entendu ses longs soupirs.
     Des soies de sa blancheur, le secret est une Demeure.
     De son pied léger, la terre s'émerveille encore de son corps éthéré.

Océan sans rivage


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Dame de sinople

À la saint Edmond


Une causerie de Frère Eugène

Peinture de Walter Dendy Sadler (Royaume-Uni, 1854-1923)

Le dicton du jour annonce qu'à la saint Edmond,
Qui jadis lutta contre l'invasion danoise,
Le temps n'est pas bon, mais tout de même de saison.
L'hiver ne s'en vient pas toujours à la sournoise

Et s'installe, si l'on peut ainsi dire, en douceur ;
Et il n'y a pas lieu de craindre la froidure
Quand d'un bûcher plein le bois est de bonne grosseur.
Du reste, nul moine ne craint de vivre à la dure,

Sans pour autant rechigner aux commodités.
Un bon équilibre donne la juste quotité.
Nul ici n'est fâché des nuits longues et précoces

Qui ouvrent le temps des veillées devant l'âtre ;
Nul ne songe à traiter l'hiver de marâtre
Car de ce que Dieu donne, l'on s'en fait sacerdoce.

Frère Eugène

Blason de Engelsbrand (Bade-Wurtemberg, Allemagne)

Méditation du coq du toit


Blason de Weyersheim (Bas-Rhin, Alsace)

Je contemple d’en haut la cour aux grandes vasques,
Sur le sommet du toit par l’honneur enchaîné.
Je n’imiterai pas le guerrier forcené
Qui s’approche de l’eau pour en emplir son casque;

Je suis un coq gardien, pas un oiseau fantasque,
Pas un jars au jardin par les fleurs fasciné,
Et le vaste horizon, par mes yeux dominé,
En vain, quand vient le soir, de nuages se masque.

En vain, l’orage noir déchaîne ses éclairs,
Leur flamme ne saurait émouvoir Chantecler ;
Son âme d’un orgueil éternel se cuirasse.

Vous pouvez m’admirer, je suis un coq vainqueur,
Vous pouvez m’applaudir et m’offrir votre coeur,
L’héraldicien toujours conservera ma trace.

Cochonfucius


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Blason de Meerholz (Hesse, Allemagne)

dimanche 19 novembre 2017

Réalité du Silence


Blason d'Escueillens-et-Saint-Just-de-Bélengard (Aude, Occitanie)

Nous pensons à tort que le Silence est l'absence de bruit. Or, le Silence est avant tout ce que nous ne sommes plus à même de percevoir. Le Vrai silence est ce que nous ignorons : c'est-à-dire , L'Inconnu. Lors que nous entrons en ce Silence, nous nous connectons avec Les Subtilités du Langage intérieur. Il s'agit de vibrations. Le Vrai silence n'est pas surdité. Il est autre discours que l'on perçoit par les oreilles internes.

Océan sans rivage

D'or le silence


Blason de la famille de Meneses (Espagne, 13e siècle)

Pourquoi, dites-moi, se prendre ainsi au sérieux ?
S'en peut-on allonger sa vie d'une seule seconde ?
Il n'est rien que l'on accomplisse qui soit glorieux.
Tout esprit est stérile si Dieu ne le féconde.

Dieu... qui écorche la langue et rabote tant d'esprits
Qui se croient libres, comme étant leur propre cause.
Dieu... aux oubliettes et c'est la Chance que l'on prie !
D'aucuns assimilent la croyance à une psychose.

Oui, d'une façon, elle en peut devenir le lit
Et tout vin que l'on tire se boit jusqu'à la lie.
C'est pourquoi, mieux vaut s'en tenir aux évidences.

L'on s'extasie d'une fleur mais attendre le fruit
Est mieux, car de toutes choses, c'est la fin qui instruit.
Si la parole est d'argent, d'or est le silence.

Frère Eugène

Apocalypsis 4 – Grammatici certant


Blason de Dingsheim (Bas-Rhin, Alsace)

La guerre ne survient pas d'un tort et d'une raison
Qui s'opposent mais de deux raisons qui s'affrontent.
L'on pourra de tout faire docte péroraison
Et chercher esprits qui dans notre sens abondent,

Il n'en demeure pas moins que toute situation
Conflictuelle est confrontation viscérale
De survie. Les idées sont les fluctuations
D'une même logique dont la nature est carcérale :

Plier l'autre à ses vues et sa volonté.
C'est bien pour cela que les hommes ont fomenté
Guerres et révolutions, en armes ou en paroles.

Ô pauvre cloche ! que n'es-tu restée à piocher
Ta terre, même ingrate, au lieu de t'accrocher
Aux disputes d'un monde dont l'Univers se désole !

Frère Eugène



Grammatici certant : « Les savants ne sont pas d'accord entre eux. »

Apocalypsis 3 - Ultimatum


Blason de Crévéchamps (Meurthe-et-Moselle, Lorraine)

D'argent au mont de sable enflammé de gueules,
la crosse abbatiale d'or brochant sur le tout.

L'époque est à cran, partout, dans tous les domaines :
Replis identitaires, communautarismes,
Sociétés fracturées, conflits qui se déchaînent
Radicalismes et totalitarismes...

Mais l'on se trouve à mener la vie américaine,
Sinon dans les prétentions, du moins dans les faits.
L'on se donne, pour se démarquer, beaucoup de peine
Mais ce que la bouche dit est par la main défait.

Entre la non-pensée et la pensée unique,
Est-il une alternative à la mécanique
Qu'est devenu ce monde perclus de compulsions ?

Comment nous réveiller d'une folie collective
Pour nous remettre dans notre vraie perspective ?
Le temps presse. Sentez-vous les dernières convulsions ?

Frère Eugène



Ultimatum : « Dernière chose »

samedi 18 novembre 2017

Ancien monde


Blason de Laneuveville-devant-Nancy (Meurthe-et-Moselle, Lorraine)

D'azur à la champagne de sable chargée d'une charrue contournée d'or au soc d'argent, à l'écusson du même à la tige de chardon arrachée de sinople, fleurie de pourpre, feuillée de deux pièces piquantes au naturel et au chef aussi d'or chargé d'une bande de gueules surchargée de trois alérions aussi d'argent, placé au point du chef et accosté de quatre étoiles d'or rangées en chef, soutenues à dextre d'un soleil du même et à senestre d'un croissant figuré tourné aussi d'or, au village d'argent posé sur la champagne brochant sur le tout.

J'ai vu les dernières mains qui tenaient la charrue.
D'hommes qui savaient lire dans la lune et les étoiles.
Bientôt, me dis-je, moi aussi j'aurai disparu.
Le passé s'éclaircit et l'horizon se voile.

J'ai vécu les reliefs d'un monde qui s'est éteint ;
La venue d'un autre, qui fendait les collines
Et déchirait les forêts ; il avait le teint
Blafard et le regard vide que rien n'illumine.

J'ai mémoire des derniers bœufs, du dernier berger
Et vu mourir les vignes et les vieux vergers.
Les hommes ne voulurent plus se courber vers la terre.

Ils en oublièrent de lever les yeux au Ciel,
Pour ne plus vivre qu'en un mode superficiel
Et n'avoir plus aux choses qu'un lien utilitaire.

Marc

Fraternelles retrouvailles



Maître Renard, qui au Cloître trouva refuge
Lors que des chasseurs en avaient après son pelage, *
Ayant, pour les semer, usé ses subterfuges,
Noua, en ce lieu, un curieux compagnonnage.

Grande fut sa surprise de s'y voir accueilli
Par Maître Coq qui ouvrit ses ailes fraternelles
À celui dont les crocs l'eussent volontiers cueilli.
Mais que peuvent encore peser les anciennes querelles

Quand les raisons vaines se sont rendues à l'Amour !
N'en sera-t-il pas ainsi, quand cette existence
Touchera à sa fin ? Autant lui donner quittance


Sur le champ et avancer le compte à rebours !
– Maître Coq, je me veux rendre à cette sagesse
Et saluer du cœur d'un Ami la largesse.

Marc

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In extremis

Lointain Orient


Blason de Mackenheim (Bas-Rhin, Alsace)

D'or au palmier de sinople accosté de deux fleurs de lys de gueules.

Dans les sables encor chauds de l'ancienne Carthage,
En ce lointain d'un Orient un peu décalé,
L'âme et le cœur, sur le balancier d'un partage,
Se veulent poser le pied sur un chemin dallé.

Les palmiers majestueux ravivent la mémoire
Des peupliers. Et les jardins de Mégara,
Que le temps a consigné dans les vieux grimoires,
Renaissent d'une Rose que l'Histoire jamais n'égara.

La voici intacte de sa corolle dormante.
Ni le temps qui efface, ni de l'homme les tourmentes
Ne l'ont pu faner, ni lui ravir son parfum.

Les conquérants d'antan sont gisant en leurs tombes
Car le dernier mot appartient à la Colombe.
Le vent balaye la poussière des empires défunts.

Marc


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Le serpent avec le coq


Blason de Letschin (Brandebourg, Allemagne)

Auprès d’un coq célèbre,
Je remarque un serpent
Qui chante à voix funèbre
(C’est fort préoccupant).

– Dis-moi ce qui t’attriste,
Aimable serpent d’or.
– Pour être un grand artiste,
Point ne suis assez fort.

– Apprends donc ma manière,
Travaille en liberté,
Construisant, pierre à pierre,
Un grand palais d’été.

Cochonfucius

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Les Allégories du Jardin - Le Corbeau


Blason de Raben Steinfeld (Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, Allemagne)

Allégorie 28 – Le Corbeau


     J’écoutais encore le discours de la bougie, me livrant en même temps aux idées voluptueuses qu’elle m’avait rappelées, lorsque j’entendis le croassement lugubre d’un corbeau qui, entouré de ses amis, annonçait la fatale séparation. Couvert d’un habit de deuil, et seul, au milieu des hommes, vêtu de noir, il gémissait comme celui qui est dans le malheur, et déplorait sa douleur cruelle. Ô toi, qui ne fais que te lamenter, lui dis-je alors, ton cri importun vient troubler ce qu’il y a de plus pur et rendre amer ce qu’il y a de plus doux. Pourquoi ne cesses-tu, dès le matin, d’exciter à la séparation, en t’adressant aux campements printaniers ! Si tu vois un bonheur parfait, tu proclames sa fin prochaine ; si tu aperçois un château magnifique, tu annonces que des ruines vont bientôt lui succéder ; tu es de plus mauvais augure que Cacher, pour celui qui se livre aux douceurs de la société, et plus sinistre que Jader, pour l’homme prudent et réfléchi.

     Le corbeau, prenant alors, pour se défendre, le langage éloquent et expressif de sa situation : Malheureux, me dit-il, tu ne distingues pas le bien d’avec le mal ; ton ennemi et ton ami sincère sont égaux à tes yeux ; tu ne comprends ni l’allégorie, ni la réalité ; les avis que l’on te donne sont pour toi comme le vent qui souffle aux oreilles, et les paroles du sage sont à l’ouïe de tes passions comme l’aboiement du chien. Eh quoi, tu ne réfléchis donc pas à ton départ prochain de la vaste surface de la terre pour les ténèbres du tombeau et pour le réduit étroit du sépulcre ! Tu ne penses pas à l’accident qui cause au père des hommes des regrets si cuisants ; aux prédications de Noé sur ce séjour où personne ne jouit d’un instant de repos ; à l’état d’Abraham, l’ami de Dieu, au milieu des flammes ou l’avait fait jeter Nemrod ! Tu ne sais point te régler sur les exemples instructifs que t’offrent la patience d’lsmaël, sur le point d’être immolé par son père ; la pénitence de David, qui pleura son crime si amèrement ; la piété exemplaire et l’abnégation du Messie ! Ignores-tu que le bonheur le plus parfait a un terme, et que la volupté la plus pure s’évanouit ; que la paix s’altère, et que la douceur devient amertume ! Quel est l’espoir que la mort ne détruise, la prudence que le destin ne rende vaine ! Le messager du bonheur n’est-il pas suivi de près par celui du malheur ! Ce qui est facile ne devient-il pas difficile ! Où trouve-t-on une situation immuable ! Quel est l’homme qui ne passe point ! Quelle est la fortune qui reste dans les mains de celui qui la possède ! Que sont devenus ce vieillard dont la longue vie étonnait, cet heureux mortel qui nageait dans l’opulence, cette beauté au teint de roses et de lis ! La mort ne vient-elle pas retrancher les hommes, les uns après les autres, du nombre des vivants ! Ne met-elle pas au même niveau, dans la poussière, le vil esclave et le maître superbe ! L’inspiration divine n’a-t-elle pas fait entendre au voluptueux, plongé dans le sein du plaisir, ces mots du Coran, où Dieu dit à Mahomet : Annonce que la jouissance de ce monde est peu de chose ! Pourquoi donc censurer mon gémissement et prendre à mauvais augure mon croassement plaintif, soit au lever de l’aurore, soit aux approches de la nuit ! Si tu connaissais ton bonheur véritable comme je connais le mien, ô toi qui blâmes ma conduite, tu n’hésiterais pas à te couvrir comme moi d’un vêtement noir, et tu me répondrais en tout temps par des lamentations ; mais les plaisirs occupent tous tes moments ; ta vanité et ton amour-propre te retiennent. Pour moi, j’avertis le voyageur que les lieux où il s’arrête seront bientôt ravagés ; je prémunis celui qui mange contre les mets nui- sibles du monde, et j’annonce au pèlerin qu’il approche du terme. Ton ami sincère est celui qui, te parle avec franchise, et non celui qui te croit sur parole ; c’est celui qui te réprimande, et non celui qui t’excuse ; c’est celui qui t’enseigne la vérité, et non celui qui venge tes injures ; car quiconque t’adresse des remontrances, réveille en toi la vertu lorsqu’elle s’est endormie ; et en t’inspirant des craintes salutaires, il te fait tenir sur tes gardes. Quant à moi, par la couleur obscure de mes, ailes et par mes gémissements prophétiques, j’ai voulu produire sur ton esprit les mêmes impressions ; je t’ai fait même entendre mon cri dans les cercles de la société. Mais on peut m’appliquer ce proverbe : Tu parles à un mort.

     Je pleure sur la vie fugitive qui m’échappe, et j’ai sujet de faire entendre des plaintes ; je ne puis m’empêcher de gémir toutes les fois que j’aperçois une caravane dont le conducteur accélère la marche. Les gens peu réfléchis me censurent sur mes habits de deuil ; mais je leur dis : C’est précisément par ce langage emblématique que je m’efforce de vous instruire ; je suis semblable au khathib, et ce n’est pas une chose nouvelle que les khathihs soient vêtus de noir. Tu me verras, à l’aspect d’un campement printanier, annoncer dans chaque vallée qu’il changera bientôt de place, et gémir ensuite sur les vestiges à demi effacés, me plaignant de la cruelle absence. Mais ce ne sont que des objets muets et inanimés qui répondent à ma voix. Ô toi qui as l’oreille dure, réveille-toi enfin, et comprends ce qu’indique la nuée matinale : il n’y a personne sur la terre qui ne doive s’efforcer d’entrevoir quelque chose du monde invisible. Souviens-toi que tous les hommes sont appelés plus tôt ou plus tard. Je me serais fait entendre, si j’eusse adressé la parole à un être vivant ; mais, hélas ! celui à qui je parle, est un mort.



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