Décryptage et Revalorisation de L'Art de L’Écu, de La Chevalerie et du Haut Langage Poétique en Héraldique. Courtoisie, Discipline, Raffinement de La Conscience, état de Vigilance et Intention d'Unicité en La Fraternité d'un Nouveau Monde !

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mardi 28 août 2018

Du coq à l'âne


Blason de Prádanos de Bureba (Castille-et-León, Espagne)

Maître Coq n'est pas du genre à sauter à l'âne, (1)
Quoique ayant fait la girouette en son temps.
Mais d'avoir voulu rendre service l'en dédouanne, (2)
Il n'en revint ni versatile, ni inconstant.

« D'un sujet traité, on le doit mener à terme
Et aller au fond des choses autant qu'il se peut ;
Et s'il vient à résister, il faut tenir ferme ;
L'on n'est pas esprit à lâcher tout pour si peu.

Beaucoup de gens n'ont qu'une pratique superficielle
Des choses pour lesquelles ils marquent quelque intérêt.
Point n'ai la tête en friche ni le cœur en guéret ;

Je me veux chercher la qualité substantielle
Plutôt qu'une quantité à peine entrevécue ;
L'on ne meurt bien que d'avoir pleinement vécu. » (3)

Marc

(1) Passer d'un sujet à l'autre sans transition. Cette expression s'illustre, aujourd'hui, à travers la pratique dite du « zapping » et de la divagation consumériste induits par la fausse abondance. (Lire à ce propos l'essai de Pascal Bruckner, Misère de la prospérité : La religion marchande et ses ennemis, Grasset 2002)

(2) Lire Maître Coq sur un toit perché.

(3) Formule qui n'a aucun rapport avec le Carpe diem des hédonistes. Lire Carpe diem ainsi que Considérations épicuristes.



mardi 15 octobre 2019

Chaque instant est un commencement


Blason de Saraktashsky (Russie)


Le simple fait d'être en ce monde des passants
Nous donne à le voir d'une autre manière ;
Mais une chose ne se révèle qu'en la dépassant (1)
Car seule la hauteur en offre une vue plénière.

L'ici-et-maintenant n'est pas une claustration,
Telle que l'est, d'emblée, l'illusion du carpe diem, (2)
Qui n'en a ni la concrétion ni l'abstraction,
Mais la porte et la clef d'accès à tous les schèmes. (3)

Telle est la réalité de l'impermanence
Que rien, absolument, n'y peut-être acquis,
Ni rien, dès lors, définitivement conquis.

Ce n'est pas la chose qui inspire la permanence
Mais bien, sans cesse renouvelé, l'étonnement
Qu'elle suscite. Chaque instant est un commencement.

L'Abbé Théophile


(1) Au sens de transcendance et donc en voyant la chose au-delà de son apparence immédiate, c'est-à-dire de sa réalité composite et transitoire. Mais comme rien n'est chose-en-soi, cette vision "au-delà" ne peut porter que sur son principe de manifestation.

(2) Au sens proprement hédoniste et donc réducteur du terme, tel que l'illustre Homo festivus.

(3) Au sens d'archétype, que nous relions ici à l'acception kantienne de procédé actif, c'est-à-dire un moyen par lequel un concept pur devient effectif par l'implication d'une intuition.

samedi 18 avril 2020

Considérations post-confinées


Blason de Londonderry (Irlande du Nord, Royaume-Uni)

Depuis son confinement géographique autant que physique, Mado m'a écrit ces quelques mots que j'ai versifiés, afin de leur donner une certaine concision (car en plus d'être confinée, Mado est également confuse et la bouffonnerie ambiante n'arrange évidemment rien, surtout si, comme elle, on se contente d'écouter les médias officiels). Mado, je dois vous le confier, est une homo festivus sur le chemin de la rémission, même si je sens que sa convalescence sera longue et qu'une rechute est toujours possible (qui lui serait d'ailleurs fatale, j'ai eu l'honnêteté de l'en prévenir).


Ah ! je suis mortelle ? J'ai bien failli l'oublier !
Ce confinement est, quelque part, salutaire ;
Moi qui croyais en être quasiment déliée,
L'on me rappelle à cette échéance statutaire.

Il est vrai qu'à force de vivre dans neuneuland
Et de bisounourser dans ma bulle virtuelle,
J'ai failli me retrouver dans un no man's land
Où l'idée seule des choses a valeur factuelle.

L'iPhone prothétique toujours serré dans ma main,
Je vivais sans trop me soucier du lendemain.
Carpe diem, disais-je, et après moi le déluge !

Le « travaille, consomme et tais-toi » m'allait très bien ;
Au « pourquoi ? », je préférais de loin le « combien ? »
Et mon insouciance était mon plus sûr refuge.

Mado

*   *   *

Ma très chère Mado, la tragédie qu'est cette crise
Représente la plus heureuse opportunité
Pour se refonder ; et si je t'ai bien comprise,
Tu prends enfin conscience de la futilité

Qu'a été, jusqu'alors, ta misérable vie.
J'ose espérer que ce n'est pas un feu de paille ;
Lors, je ne jure de rien, si tu veux mon avis,
Car je crains, au sortir, que tu ne retisses les mailles

Du filet dans lequel vous vous êtes empêtrés,
Toi et tes consorts, et que vous vous soumettrez
De plus belle à ce qu'«ils» ont prévu au programme.

Car après qu'«ils» aient testé votre soumission
Et vous avoir si bien tournés en dérision,
«Ils» peuvent tout vous faire avaler, et sans réclame !

Le Spectre à trois faces

dimanche 30 avril 2017

Considérations épicuristes


Blason de Blaubeuren (Bade-Wurtemberg, Allemagne)

L'Amie, je ris de ceux qui prétendent mordre
La vie à pleines dents, ayant des dires d'Épicure
Une raison réduite dont ils ne veulent pas démordre,
Disant : « Servons-nous sans frein, du reste n'ayons cure ! »

Il y a ceux, aussi, qui se donnent du carpe diem
Et qui se pensent ainsi vivre en philosophes,
Lors qu'ils n'ont de l'instant, en vérité ultième,
Qu'une pulsion brève, n'en sachant pas la première strophe.

Qu'adviendra-t-il de tous ces carnassiers du temps
Qui n'usent de leurs forces que pour amasser du vide ?
Il n'est face bouffie qui ne finisse livide,

Mangeant la poussière avant qu'il ne soit longtemps !
Se croient-ils pouvoir continuer de la sorte
Sans que les enfers déchaînés ne les emportent ?

Le Spectre à trois faces


Au coeur de l'Apocalypse

mercredi 21 novembre 2018

Quand viendra la bise


Blason du quartier de Mikhailovsky (Saint-Pétersbourg, Russie)

D'une cigale notoire ayant chanté tout l'été
Et qui se trouva dépourvue quand vint la bise,
Il n'est point d'écolier qui n'en ait récité
La fable, sans toutefois l'avoir bien comprise.

Plus d'un, du haut de sa jeunesse, se rit du temps,
Renvoyant aux calendes grecques une vieillesse abstraite
Et brûlant la vie tant que le cœur va battant,
Tout en se voulant bien avancer sa retraite.

Plus grave est de retrouver son âme atrophiée
Quand l'ego vient mordre sa poussière glorifiée,
Se trouvant de son vide intérieur bien en peine.

Du carpe diem ne restera qu'un l'instant cru
Qui démaillera tout ce en quoi l'on a cru.
Ce terme est certain, quand même l'heure est incertaine.

L'Abbé Théophile


Lire aussi

                         Sagesse des moralistes                Considérations épicuristes

lundi 12 février 2018

Le vrai Voyage


Peinture de Carl Aloys Goebel (1866-1936)


Le Cloître d'Héraldie n'est pas un monastère
Ordinaire car si l'on y suit les voies du Ciel
Sans que jamais ne s'y assèche le baptistère,
Il est pour ses hôtes surtout un lieu matriciel,

Et plus d'un moine, parti du plus bas de l'échelle,
Y trouva matière à son édification.
Toujours la foi se régénère quand elle chancelle,
Lors qu'elle est posée sur de solides fondations

Dont le premier pilier est une vie laborieuse
Gouvernée par la Règle et la Tradition
(Mais sans jamais être de rien en l'exclusion)

Et nourrie par la pratique des lectures studieuses.
En la bibliothèque s'alignent le Vedanta,
Le Coran, le Tao te King et la Torah...

* * *

L'on dira : « Quel besoin d'aller chercher ailleurs !
Les livres sacrés ne disent-ils pas la même chose ?
Et qu'importe les noms que l'on donne au Seigneur
Puisqu'Il est de l'Univers entier la même Cause ! »

Oui-da ! Sauf que la quête n'est à rien négliger
Et n'écarte rien de ce qui porte éclairage.
S'il est gravé, le Verbe Divin n'est point figé
Car il fut donné aux peuples en paréage.

Comment ? L'on se veut visiter d'autres contrées
Pour satisfaire sa curiosité, rencontrer
D'autres gens et les découvrir en leurs coutumes

Et l'on dédaignerait ce qui fait le fleuron
D'une culture grâce auquel s'étendit le giron !
Ne voit-on pas que tous revêtent les mêmes costumes ?

* * *

S'il nous appartient d'approfondir notre foi,
De sonder notre réalité singulière
Et d'en voir tous les trésors, il arrive parfois,
Que nous regardions à travers une meurtrière,

Bien au chaud et à l'abri derrière les remparts
De notre vision du monde et nos certitudes.
Nous prêtons à nos apparences la meilleure part
Sans jamais nous départir de nos habitudes.

L'on mange chinois mais l'on ignore Confucius,
Se disant : « Hors du carpe diem, tout est laïus ! »
Mais il ne sert à rien de courir la planète

Pour, à la fin, se trouver l'esprit indigent !
Certains préfèrent apporter un soin diligent
À prémunir leur âme contre les proxénètes.

* * *

Le désir égotique engendre la souffrance,
En ce qu'il procède d'un défaut d'orientation :
S'identifier à ce qui n'est qu'impermanence
Et qui n'est de l'être qu'une représentation.

La perception de ce monde relève d'une conscience
Et c'est à elle que nous avons affaire, toujours ;
Même si nous possédons en nous toutes les sciences,
Nous n'appréhendons du Réel que les contours.

Tant que l'on s'identifie à la finitude,
L'on est aussi enclin à l'appropriation ;
De cette ignorance procèdent toutes les spoliations.

Seule la Verticale donne la juste rectitude
Car en elle s'ouvrent les claires voies d'élévation ;
Telle une boussole, elle donne la bonne Orientation.*

L'Abbé Théophile


* S'orienter, au sens propre et littéral du terme, c'est se tourner vers l'Orient, c'est-à-dire le Levant et donc, spirituellement parlant, vers la Lumière de l'Origine. C'est un retournement qui s'aligne sur le Retour, une remontée aux Sources. C'est le vrai Voyage.

samedi 17 août 2019

Discontinuité et impermanence (5)


Blason de Roeschwoog (Bas-Rhin, Alsace)


Le centre d'un cercle infini est en absolu partout.

Si nous concevons l'Univers comme une sphère infinie (et nous ne saurions l'imaginer autrement car la supposition d'une limite induirait immédiatement un au-delà de celle-ci), son centre est logiquement partout. Ainsi, où que je sois et aussi loin que je me déplacerais, fût-ce à des distances de milliards d'années-lumières, je demeure au centre.

C'est nécessairement ce centre qui marque le point alpha de l'Univers et non moins logiquement son point omega.

Si nous appliquons cette mathématique à l'éternité que nous imagions comme une droite infinie, nous en déduisons que chaque instant en marque le milieu absolu.

L'ici-et-maintenant procède de cette réalité en laquelle le Réel se manifeste.

C'est en ce point et en cet instant que s'établit l'état de présence.

Mais ni le point ni l'instant n'ont de mesure. Donc ils n'ont pas davantage de limite.

L'infinitude et l'infime représentent les deux pôles du Réel dont ils donnent toute l'embrasure de manifestation et donc l'omniprésence (d'où la formulation consacrée : Dieu - Alpha et Oméga - est Tout en tout.)

Le Réel se manifeste à travers la réalité et donne à tout existant (c'est-à-dire porté à l'existence ou au manifesté) son être.

Ce qui est ne peut pas cesser d'être. (Lanza del Vasto)

Le verbe être est issu de l'indo-européen -es et signifiait « se trouver », un sens à valeur fortement durative.

Le verbe trouver est lui-même issu du verbe « tordre », de l'indo-européen trekw, ayant donné, en grec, trepein (tourner) et tropê (évolution, changement).

Dans ce sens, être, c'est littéralement « se tourner » (vers le centre) pour se « trouver ».

Se trouver, c'est se réaliser, c'est-à-dire s'accorder au Réel* (trouver le juste accord). Notons que le verbe trouver avait dans son sens usuel d'origine (XIe s.) celui de « composer » (un air), d'où, également, le mot « trouvère » (compositeur).

La présence est donc un état d'ajustement sur l'axe des pôles du Réel et désigne ici une orientation de l'esprit. Nous entendons le mot Réel en un sens très particulier, l'esprit totalement décomplexé et libre de toute connotation (car telle est la lumière de la langue des oiseaux pour qui a ouvert ses sens intérieurs) : Ré-El : « Retour à Dieu », c'est-à-dire à l'Irréductible-en-Soi, à l'Au-delà de tout, au Par-delà toute finitude, au Vivant et donc à la Vie elle-même.

Nous n'ignorons pas que le mot « Dieu » donne des boutons à certains esprits qui n'ont pas su s'affranchir de ses charges connotatives et réductrices (en lesquelles nous incluons l'anthropomorphisme), rejetant l'idée d'une antécédence au manifesté,  d'un Principe causal, d'une Force créatrice mue par une intention originelle et un projet destinal.

Certes, ceux qui affirment que Dieu n'existe pas ont raison à leur insu, pourrait-on dire, puisque Dieu, quoique antécédent à toute réalité phénoménale, n'est pas « hors de » (ex-ester) - ce qui induirait l'idée de deux Réels - mais « en », c'est-à-dire au centre omniprésent du Réel, d'autant que les concepts d'intérieur et d'extérieur procèdent d'une vision dualiste et en soi absurde en ce qu'elle pose une frontière qui n'a aucune réalité puisque rien n'est chose-en-soi.
L'ici-et-maintenant est à la fois le champ et l'orientation de la présence dont nous avons montré qu'elle est retour à Dieu, c'est-à-dire la montée de la non-chose-en-soi vers la Chose-en-soi, non composite, non divisée, non mesurable, non relative, irréductible. C'est l'ascension de l'âme.
Le concept de l'ici-et-maintenant connaît des lectures multiples et se trouve largement galvaudé par des approches de nature essentiellement hédoniste, centrées sur le bien-être et l'épanouissement personnels, dans une acception, donc, purement existentielle, telles que les courants du New-age les ont développées, en rupture, bien souvent, avec les traditions spirituelles et sous la forme de syncrétismes, versions spiritualisantes du consumérisme, c'est-à-dire de la projection exclusive dans l'avoir et les apparences.

Ainsi, le carpe diem (cueille le jour) s'est-il réduit au « Jouis du moment présent. » (si possible sans entraves), tandis qu'il invite plutôt à se laisser pénétrer par la Lumière et à entrer dans l'alchimie intérieure, c'est-à-dire dans le processus de transformation de l'âme, à travers la forme. Forme véhiculaire et transitoire, discontinue, qu'elle doit dépasser (transcender) et dont elle ne se libère qu'en se projetant vers un Absolu irréductible, non pas par la conceptualisation mais par l'affranchissement de l'illusion, c'est-à-dire de l'identification à la forme, quel qu'en soit le plan (physique, émotionnel ou mental). Cette identification à la forme (qui appartient à la réalité) procède d'une désorientation de l'esprit sur l'axe des pôles.

Si rien n'est chose-en-soi en substance, il n'est rien qui ne soit Tout par essence. Dieu est l'Un, Unique et Même, non divisé en son omniprésence, irréductible en son infinitude, permanent en son éternité.