Décryptage et Revalorisation de L'Art de L’Écu, de La Chevalerie et du Haut Langage Poétique en Héraldique. Courtoisie, Discipline, Raffinement de La Conscience, état de Vigilance et Intention d'Unicité en La Fraternité d'un Nouveau Monde !

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samedi 31 août 2019

Tout instant



Peinture d'Adolf Humborg (1847-1921)


À la fin du mois d'août, de rien ne doute. Nul saint
N'inspire ce dicton tout droit sorti de ma manche
Et je n'ai, à le dire, pas le premier dessein.
Est-ce l'humeur légère, peut-être, qui me démanche ?

Le moine, il est vrai, n'est pas volontiers badin,
Préférant le silence au bavardage futile ;
Sans n'avoir de la joie de vivre le dédain,
Nulle parole, pour lui, ne doit être infertile.

N'étant pas, on sait, homme à boire du vinaigre,
Nul mot sorti de ma bouche n'a le goût aigre,
Quand même, parfois, il se peut heurter des oreilles.

Rendons le dicton parlant, donnons-lui ce sens :
Tout instant est une occasion de renaissance ; 
Nulle chose, même répétée, n'est à elle-même pareille.

Frère Eugène


dimanche 3 septembre 2017

Le Voyage


Une causerie de Frère Eugène

Peinture de Adolf Humborg (1847-1921)

Une chose me paraît étrange, voire extravagante :
Les gens, lors qu'ils désirent voyager, pour le plaisir,
S'y préparent avec une attention étonnante
Prêts, pour ce, à tout sacrifier à leurs loisirs.

Rien n'est laissé au hasard, rien ne s'improvise ;
L'on emprunte même, s'il faut ; l'on verra bien venir !
Et entre deux sorties, l'on se plaint de la crise,
Déplorant que ternisse le rose de l'avenir.

Oui, ce qui me laisse perplexe, c'est que Le Voyage,
Le Plus Grand ! Le Plus Lointain ! Le Définitif !
Et pour lequel l'on n'a besoin d'aucun bagage,
D'aucune réservation, d'aucun choix sélectif,

Est justement celui que l'on prépare le moins !
L'on fait mine que l'évènement n'aura pas lieu,
L'on n'est point pressé de rendre son âme à Dieu.
Mais beaucoup, n'y croyant pas, n'en prennent aucun soin.

Frère Eugène

vendredi 4 août 2017

Cœur de velours


Peinture d'Adolf Humborg (1847-1921)

Si Frère Eugène dirige les cuisines du Cloître
D'une main de fer, veillant à ce que tout s'y passe
Dans les règles de l'art, sur le feu dans l'âtre
Et s'assurant que tout soit à sa juste place,

Il cache, dans sa large poitrine, un cœur de velours.
Sa voix frappe comme le tonnerre ? Qu'à cela ne tienne !
L'homme est franc du collier et parle sans détours ;
La colère est prompte, il n'est aucune qu'il fasse sienne.

« Il vaut mieux rire de rien que pleurer de tout ;
L'erreur est humaine, il n'est moine qui ne le sache,
Et un bon repentir enlève bientôt la tache.

L'on se doit d'être à soi-même égal, partout.
Un frère commet-il une erreur ? Bonté divine !
Aidons à se relever celui qui chemine ! »

Marc

mardi 1 octobre 2019

Cloître d'Héraldie


Peinture d'Adolf Humborg (1847-1921)


Le Cloître d'Héraldie n'est pas un monastère
Comme les autres, on a pu s'en apercevoir ;
Son existence demeure pour beaucoup un mystère ;
C'est le dernier du genre, on n'est pas près d'en revoir.

Les moines qui y vivent sont de diverses origines
Et forment la plus improbable communauté
Dont l'entente dépasse tout ce que l'on imagine.
Sise dans un écrin de verdure de toute beauté,

Éloignée des grands chemins qui quadrillent le monde,
Elle ne figure sur aucune carte ni mappemonde.
L'endroit fonctionne dans la plus parfaite autarcie,

Selon le mode de l'économie domaniale
Qui prend ici rang de valeur patrimoniale,
En ces temps d'un système marchand pris de folie.

Marc

vendredi 25 août 2017

Ainséité


Une causerie de Frère Eugène

Peinture d'Adolf Humborg (1847-1921)

L'on serait vite, si l'on n'y prêtait attention,
Happé par le travail ou quelque occupation,
D'autant plus par le plaisir que l'on y trouve
Et, du fruit, la satisfaction que l'on éprouve.

L'on se doit briser l'enchaînement des actes
Qui conduisent à ne mener qu'une vie compacte
Et offrir au temps vécu son instant vierge,
Rallumer la flamme dont nous sommes le cierge.

Oh ! Il ne suffit pas de faire une simple pause
Mais c'est toute l'activité mentale que l'on pose,
Ce qu'en d'autres traditions l'on nomme vacuité.

Ainsi, mes frères, moi qui suis tout à mon affaire,
- Et ma confidence vous pourrait bien stupéfaire -
Je médite en continu sur l'ainséité.

Frère Eugène

vendredi 20 octobre 2017

Table d'hôte


Une causerie de Frère Eugène

Peinture d'Adolf Humborg (1847-1921)

Octobre est fort avancé, déjà ; les vendanges
S'annoncent aussi bonnes que l'ont été les moissons.
Le verger est chiche en fruits mais l'on s'en arrange ;
C'est ainsi, l'on n'a pas toujours tout à foison.

Quoique nous autres moines ayons une bonne fourchette,
Point ne craignons d'être mis au pain et à l'eau
Quand d'aventure les circonstances nous y soumettent,
Quitte à n'avoir plus sur les os que notre peau.

Mais nos réserves suffisent, nous voilà sereins
Pour bien assurer notre fonction séculière
Et accueillir dignement hôtes et pèlerins.

Nous bénissons Dieu de cette profuse saison
Qui nous donne d'emplir la table hospitalière.
Il est à propos d'en faire une juste oraison.

Frère Eugène

Meuble héraldique Corne d'abondance

mercredi 23 août 2017

Dans l'âtre du Cloître (2)


Les recettes de Frère Eugène – Le radis noir

Peinture d'Adolf Humborg (1847-1921) Gärtnerstolz

Mes frères, tous les légumes sont bons pour la santé
Et plus particulièrement les crucifères
Dont il est recommandé de s'alimenter.
Vous dirai-je que celui qu'entre tous je préfère

Est le radis noir dont on vante les mille vertus ?
Fameux contre les problèmes cardiovasculaires
Et – de le répéter sans cesse je m'évertue,
M'appuyant sur un savoir multiséculaire –

L'un des meilleurs antioxydants que je sache.
Si le blanc a l'avantage d'être moins fort,
Le noir se peut adoucir avec force renfort

De crème, mais après l'avoir, point ne vous le cache,
Bien salé puis rincé abondamment à l'eau.
Lors que j'en mange, il est rare que j'y aille mollo !

Frère Eugène

Peinture d'Eduard von Grützner (1847-1925) Brotzeit, 1908

jeudi 24 août 2017

Surge et ambula (Lève-toi et marche)

Une causerie de Frère Eugène

Peinture de Karl Gephardt (1860-1917)

À qui n'est-il arrivé un moment d'absence ?
Nul ne se peut croire à l'abri d'une distraction,
Et si la plupart sont souvent sans conséquence,
D'autres, bien au contraire, peuvent saler l'addition.

Il arrive que le pied hésite et même titube ;
L'esprit était occupé à quelque pensée.
Qu'elle fût terre à terre ou en une sphère d'altitude,
L'on ne s'en est pas moins du réel distancé.

« Être à ce que l'on fait, poursuit Frère Eugène,
C'est comme s'aligner à la justesse de l'instant,
Et rien alors, plus que cela, n'est important.

Si, lors que je cuisine, quelque idée me gêne,
Je la remets à plus tard ; et si je l'oublie,
C'est que son importance n'était point établie. »

Marc

Peinture d'Adolf Humborg (1847-1921)

mercredi 11 octobre 2017

Brevitatis causa 1


Une causerie de Frère Eugène

Blason de Maulbronn (Bade-Wurtemberg, Allemagne)

À l'impossible nul n'est tenu, dit l'adage,
Quand même chacun est à porter sa propre croix,
Sans qu'il soit question de condition ni d'âge.
Du reste, une chose vit en soi telle qu'on la croit :

Une charge, pour l'un, est lourde et, pour l'autre, légère ;
Ce dont l'on pleura un jour fera rire plus tard ;
Cette mine avenante cache la figure d'une mégère ;
L'on a un train d'avance, un autre de retard...

De cette sorte, les comptes s'équilibrent, toujours ;
Tout plus s'accompagne d'un moins, c'est sans détour.
Nos destins sont gravés Ailleurs, nul n'y échappe !

L'on ne peut être qu'à un endroit à la fois ;
Tout ce qui est ou sera le fut autrefois.
Donc, il ne sert à rien de brûler les étapes.

Frère Eugène


Peinture d'Adolf Humborg (1847-1921)

Brevitatis causa : dit brièvement.

vendredi 4 août 2017

Frère Eugène et l'art de se bien nourrir


Peinture d'Adolf Humborg (1847-1921)

Quand même l'on fait partie d'un ordre régulier
Et que l'âme trouve refuge en la vie monastique,
L'on a toujours un pied sans le monde séculier
Sans pour autant devoir faire pas de gymnastique.

Frère Eugène, en sa jeunesse, fut l'élève
De Brillat-Savarin dont nous restent en mémoire
Les aphorismes ; en ses veines coule la même sève
Et jamais il ne se sépare de son grimoire.

Il arrive souvent, en les cuisines du Cloître,
Qu'il enseigne l'art de se bien nourrir aux frères
Qui en oublieraient presque d'aller aux prières !

L'on aime la bonne chair sans être gastrolâtre
Pour autant ; Frère Eugène en connaît la mesure,
Le corps et l'esprit étant prompts à la césure.

Marc

mardi 31 octobre 2017

In Memoriam 2



Peinture d'Adolf Humborg (1847-1921)

Frère Maurice, votre lettre a mis le Cloître
En émoi, lors que je l'eus donné en lecture
Aux frères dont l'intérêt n'a cessé de croître
Quand ils apprirent les origines d'une aventure

Commencée – le faut-il dire ? – dans les profondeurs
D'une cave à vin qui fut, je crois bien, la caverne
De nos incubations car nos esprits frondeurs
N'ont jamais oublié la Voie qui les gouverne.

Noble Compagnon qui marchez sur le chemin,
Sachez que je n'ai jamais lâché votre main
Et que je vous veux faire écho à ma manière.

Même mon office de cuisinier me fait songer
À l'intérieure alchimie et me trouve plongé
Souvent en méditation des journées entières.

Frère Eugène

Blason de Werentzhouse (Haut-Rhin, Alsace)

D'or au pal d'azur chargé d'un bourdon de pèlerin d'or,
une coquille de même attachée et brochante sur le fut.

mardi 8 août 2017

Une causerie de Frère Eugène


Peinture d'Adolf Humborg (1847-1921)

De ce Cloître, la table d'hôte est réputée,
Et il n'est pas un seul pèlerin de passage
Qui ne s'en fasse, sur son chemin, le député.
D'une main sûre, Frère Eugène donne le juste épiçage.

« D'un mets, relever le goût, mais sans l'altérer,
Est de tout bon cuisinier le premier principe ;
Monter en finesse, jusqu'à frôler l'éthéré,
Sans, du moins, que le fumet flatteur se dissipe.

Mes chers frères, ne doit-il pas en être de même
Avec nos âmes que nous désirons élever
Jusqu'à Dieu, c'est-à-dire sa destinée suprême ?

Oui, n'est-ce pas cela même qui nous préoccupe
Et nous réunit, nous qui nous sommes enlevés
De ce monde temporel dont nous n'étions plus dupes ? »

Marc