Décryptage et Revalorisation de L'Art de L’Écu, de La Chevalerie et du Haut Langage Poétique en Héraldique. Courtoisie, Discipline, Raffinement de La Conscience, état de Vigilance et Intention d'Unicité en La Fraternité d'un Nouveau Monde !

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samedi 17 août 2019

Discontinuité et impermanence (5)


Blason de Roeschwoog (Bas-Rhin, Alsace)


Le centre d'un cercle infini est en absolu partout.

Si nous concevons l'Univers comme une sphère infinie (et nous ne saurions l'imaginer autrement car la supposition d'une limite induirait immédiatement un au-delà de celle-ci), son centre est logiquement partout. Ainsi, où que je sois et aussi loin que je me déplacerais, fût-ce à des distances de milliards d'années-lumières, je demeure au centre.

C'est nécessairement ce centre qui marque le point alpha de l'Univers et non moins logiquement son point omega.

Si nous appliquons cette mathématique à l'éternité que nous imagions comme une droite infinie, nous en déduisons que chaque instant en marque le milieu absolu.

L'ici-et-maintenant procède de cette réalité en laquelle le Réel se manifeste.

C'est en ce point et en cet instant que s'établit l'état de présence.

Mais ni le point ni l'instant n'ont de mesure. Donc ils n'ont pas davantage de limite.

L'infinitude et l'infime représentent les deux pôles du Réel dont ils donnent toute l'embrasure de manifestation et donc l'omniprésence (d'où la formulation consacrée : Dieu - Alpha et Oméga - est Tout en tout.)

Le Réel se manifeste à travers la réalité et donne à tout existant (c'est-à-dire porté à l'existence ou au manifesté) son être.

Ce qui est ne peut pas cesser d'être. (Lanza del Vasto)

Le verbe être est issu de l'indo-européen -es et signifiait « se trouver », un sens à valeur fortement durative.

Le verbe trouver est lui-même issu du verbe « tordre », de l'indo-européen trekw, ayant donné, en grec, trepein (tourner) et tropê (évolution, changement).

Dans ce sens, être, c'est littéralement « se tourner » (vers le centre) pour se « trouver ».

Se trouver, c'est se réaliser, c'est-à-dire s'accorder au Réel* (trouver le juste accord). Notons que le verbe trouver avait dans son sens usuel d'origine (XIe s.) celui de « composer » (un air), d'où, également, le mot « trouvère » (compositeur).

La présence est donc un état d'ajustement sur l'axe des pôles du Réel et désigne ici une orientation de l'esprit. Nous entendons le mot Réel en un sens très particulier, l'esprit totalement décomplexé et libre de toute connotation (car telle est la lumière de la langue des oiseaux pour qui a ouvert ses sens intérieurs) : Ré-El : « Retour à Dieu », c'est-à-dire à l'Irréductible-en-Soi, à l'Au-delà de tout, au Par-delà toute finitude, au Vivant et donc à la Vie elle-même.

Nous n'ignorons pas que le mot « Dieu » donne des boutons à certains esprits qui n'ont pas su s'affranchir de ses charges connotatives et réductrices (en lesquelles nous incluons l'anthropomorphisme), rejetant l'idée d'une antécédence au manifesté,  d'un Principe causal, d'une Force créatrice mue par une intention originelle et un projet destinal.

Certes, ceux qui affirment que Dieu n'existe pas ont raison à leur insu, pourrait-on dire, puisque Dieu, quoique antécédent à toute réalité phénoménale, n'est pas « hors de » (ex-ester) - ce qui induirait l'idée de deux Réels - mais « en », c'est-à-dire au centre omniprésent du Réel, d'autant que les concepts d'intérieur et d'extérieur procèdent d'une vision dualiste et en soi absurde en ce qu'elle pose une frontière qui n'a aucune réalité puisque rien n'est chose-en-soi.
L'ici-et-maintenant est à la fois le champ et l'orientation de la présence dont nous avons montré qu'elle est retour à Dieu, c'est-à-dire la montée de la non-chose-en-soi vers la Chose-en-soi, non composite, non divisée, non mesurable, non relative, irréductible. C'est l'ascension de l'âme.
Le concept de l'ici-et-maintenant connaît des lectures multiples et se trouve largement galvaudé par des approches de nature essentiellement hédoniste, centrées sur le bien-être et l'épanouissement personnels, dans une acception, donc, purement existentielle, telles que les courants du New-age les ont développées, en rupture, bien souvent, avec les traditions spirituelles et sous la forme de syncrétismes, versions spiritualisantes du consumérisme, c'est-à-dire de la projection exclusive dans l'avoir et les apparences.

Ainsi, le carpe diem (cueille le jour) s'est-il réduit au « Jouis du moment présent. » (si possible sans entraves), tandis qu'il invite plutôt à se laisser pénétrer par la Lumière et à entrer dans l'alchimie intérieure, c'est-à-dire dans le processus de transformation de l'âme, à travers la forme. Forme véhiculaire et transitoire, discontinue, qu'elle doit dépasser (transcender) et dont elle ne se libère qu'en se projetant vers un Absolu irréductible, non pas par la conceptualisation mais par l'affranchissement de l'illusion, c'est-à-dire de l'identification à la forme, quel qu'en soit le plan (physique, émotionnel ou mental). Cette identification à la forme (qui appartient à la réalité) procède d'une désorientation de l'esprit sur l'axe des pôles.

Si rien n'est chose-en-soi en substance, il n'est rien qui ne soit Tout par essence. Dieu est l'Un, Unique et Même, non divisé en son omniprésence, irréductible en son infinitude, permanent en son éternité.


lundi 26 août 2019

Discontinuité et impermanence (8)


Blason de Matthew Howard-Gibbon (1796-1873)


Si nous admettons que l'Univers n'est et ne peut être le fruit du hasard, au sens d'une réalité fortuite, rien en lui ne l'est et ne peut l'être, depuis le plus grand jusqu'au plus infime phénomène, depuis les plus incommensurables agrégats jusqu'au détail le plus infime. Il n'est rien, alors, qui ne s'inscrive dans une coïncidence (ce qui arrive ensemble ou avec), rien qui ne soit le signe ou l'écho du Tout.

Rien n'est fortuit car tout ce qui advient a lieu d'être, selon un Ordre qui n'apparaît que progressivement à la conscience (mot qui signifie littéralement « science de l'un »). Et c'est l'intelligence* qui permet de remonter cet Ordre, c'est-à-dire la capacité à relier les choses et donc à entrer dans l'Unité. Entrer ou plutôt pénétrer car le point et l'instant ouvrent alors leur profondeur. Derrière l'apparence transparaît la substance ; derrière la matière se perçoit sa réalité subtile ; derrière le phénomène ou l'événement se donne à lire ce de quoi ils sont la cristallisation ; derrière l'effet s'éclaire la cause et derrière la cause le sens, c'est-à-dire l'Ordre qui préside et gouverne la manifestation. Les lois mathématiques, les lois de la nature, la loi de cause à effet relèvent toutes de cet Ordre inhérent, de même que la discontinuité, l'interdépendance et l'impermanence dont nous avons vu qu'elles appartiennent au principe d'évolution (rien n'est figé) en l'Infinitude et l'Éternité (les champs d'irréductibilité du Réel). Autrement dit, rien n'est et ne peut être en soi figé car rien n'est chose-en-soi.

Une non-chose-en-soi ne peut se produire elle-même, c'est-à-dire être son principe causal car, autrement, elle serait à la fois son point alpha et son point oméga. Ayant ainsi la maîtrise absolue de sa réalité, elle sortirait de l'interdépendance autant que de l'impermanence et ne serait soumise à aucun devenir. Elle serait, en quelque sorte, son propre réel et son propre achèvement, donc sa propre finitude. Or, il n'est qu'un Réel, sans lequel nulle unicité n'aurait de fondement ni nulle unité son axe (de reliance). C'est ce qu'enseignent les traditions monothéistes en disant qu'il n'y a de Dieu que Dieu, c'est-à-dire un au-delà de tout et par delà l'au-delà. Cet enseignement induit que le concept de finitude n'est qu'une courte-vue de l'esprit qui cherche à s'identifier comme chose-en-soi, c'est-à-dire qui s'enferme dans l'illusion de sa propre finitude.
* inter (entre) et ligare (lier) : relier entre-eux des éléments.


Retour aux fondamentaux

samedi 24 août 2019

Discontinuité et impermanence (6)


Blason d'Obukhiv (Ukraine)


Les thèses sur l'origine de l'univers ne manquent pas. Certaines sont convergentes, d'autres divergentes et parfois même antagonistes, tels le créationnisme et l'évolutionnisme.

Abstraction faite de la cause originelle et de la nature de celle-ci, il est un fait indéniable, quand même nous le qualifierions d'illusion, de rêve ou de toute autre façon : la réalité phénoménale. Et de ce fait seul nous naît une question, qui s'impose implicitement à toutes les thèses : pourquoi quelque chose plutôt que rien ?

C'est la question du Sens-en-Soi, qui naît de son évidence même car d'où, autrement, sortirait-elle ?

Comment la réalité phénoménale (ou la Création) en viendrait-elle à s'interroger sur elle-même ?

La conscience-flèche (Dürckheim) ou objectivante voudra trouver une réponse rationnelle à cette question. La conscience-coupe ou subjectivante (relative à un état de conscience et donc à son degré d'ouverture) laisse agir la question. C'est ce qu'illustre Confucius quand il dit : « Je ne cherche pas à connaître les réponses, je cherche à comprendre les questions. »

S'interroger c'est marquer un arrêt au sein de l'ordre mouvant. C'est s'étonner et laisser agir cet étonnement.

C'est prendre du recul et donc se détacher de l'apparence, en même temps que prendre de la hauteur pour la dépasser. C'est ce que nous appelons « se mettre en équerre. » Et c'est à la croisée du mouvement horizontal et du mouvement vertical que se marque le point de basculement, à partir duquel s'ouvre une nouvelle perception de l'apparence : celle de sa substance. C'est aussi l'entrée dans la profondeur, avec cette même équerre qui va évoluer à des échelles différentes et sur des plans de plus en plus subtils. En quelque sorte, la croisée demeure car la question-noyau demeure.

L'apparence n'est qu'un degré de la substance et celle-ci un niveau plus profond d'apparence. Matière et esprit sont un. La profondeur de l'apparence se fait substance mais celle-ci n'est elle-même que l'apparence d'une substance plus profonde et ainsi de suite. Qu'y a-t-il au-delà ? L'Être, le Réel, Dieu, l'Incrée, le Non-Composé, ni apparence ni substance mais par quoi tout se manifeste (s'apparente) et s'intériorise (se substantifie).

Que la question de l'origine demeure posée est intrinsèque aux principes d'infinitude et d'éternité. Le Centre s'impose ainsi par contrainte logique. (Discontinuité et impermanence 5)

La Création est un fait constant car rien ne peut être et demeurer dans son êtreté sans l'Être-en-Soi. C'est le principe d'omnipotence, en ce Centre universel et éternel. Le Point de Permanence, pourrait-on également dire. Et ce Point non localisé est comme un vide dans un non-temps car Irréductible-en-Soi. Ce vide est parfois perçu comme « l'absence de Dieu », d'où l'affirmation de son inexistence. Sauf que l'absence de Dieu donne au manifesté son plein champ de déploiement, sans limite, sans finitude. Il est ainsi, par essence, consubstantiel à la réalité divine que nous nommons ici le Réel. Cette co-essence nous reporte à l'omniprésence de Dieu, d'où l'expression « vide de vide ». Tel est le paradoxe.

Le vide est souvent confondu avec le néant. Aussi use-t-on préférentiellement du terme de « vacuité », au sens que le manifesté (les phénomènes et leurs fonctions) est dénué d'existence propre, c'est-à-dire autonome et permanente.

Si Dieu s'absentait de sa Création, ne serait-ce qu'un instant, celle-ci serait instantanément anéantie et n'aurait même jamais été.

Si quelque chose retournait au néant, ce quelque chose en serait nécessairement issu, une supposition qui est une absurdité absolue car comment quelque chose sortirait de rien pour s'en retourner à rien. Quelle serait alors la nature de cet intervalle entre deux riens, capable de s'interroger lui-même, c'est-à-dire de se distancier de sa propre réalité ?

Pourquoi quelque chose plutôt que rien ? C'est la question première et foncière, celle qui les précède et les contient toutes. Et quelle que soit la manière dont nous concevons le Principe Causal, c'est-à-dire le revêtement conceptuel que nous prêtons à l'Origine, cette question s'impose par inhérence. Plus que celle du sens, c'est la question du Sens-en-Soi.



mercredi 10 octobre 2018

Lettre à L’Amie


Blason de Marie-Louise de Beaulieu


L'Amie,

Des instants qui n’en sont qu’un au regard de notre rencontre, et depuis l’intention renouvelée à L’Aube de nos veillées, nous avons scellé notre amitié en Lui, lors que le pétrissage est une œuvre alchimique qui nous conduit au resserrement. Nous quittons nos errances et les chemins d’infortunes. Nous abandonnons nos illusions et notre silence est la réponse à notre transformation. La Lumière nous donne à saisir soudain l’incontournable. La passion se transforme au feu de la rédemption et nous nous regardons sans fard, sans nous perdre, parce que L’Appel est une Porte qui s’ouvre. Ce chemin fait de nos souffrances, est le chemin de Lumière sans plus de mensonge. L’Amie ! La Vie est ce bienfait qui nous rattrape au creux de La Main Ultime. Je n’ai pas crains de te parler, toi, ma sœur du Jardin, au vrai de la crucialité. Nous nous sommes regardées sans complaisance, mais nous nous sommes vues en L’Amour. L’Âme est plus fidèle que nos errances. Elle nous rencontre, au-delà de l’espace, au-delà des contingences. Elle nous murmure l’exactitude et nous renvoie au réel. De La Lumière en L’Origine, L’Amie entend et voit. Ni toi, ni notre frère, ni notre sœur n’avons manqué ce rendez-vous. Nous l’avons reconnu de l’avoir tant attendu. Des paroles qui forment une arche, de beauté et de rayonnance. L’Âme rencontre L’Âme. Soudain, tout Cela est une évidence. Que nous importe les leurres ! Nous savons que La Finitude est une véritable solitude qui nous rappelle à La Réalité. Nous connaissons les mots et leur substance pour ne jamais les dissocier de la vie. C’est en l’expérience que la confidence devient pure Amitié. Dame de Beaulieu, es-tu de ce monde ? Quelque chose qui se cherche en la sublimité, en l’accueil de l’authentique, en l’union sublimée. Telle est notre proximité qui efface et plie les distances, et du corps et de la conscience. Les mots ont devancé, puis se sont trouvés, n’est-ce pas ? Ici, je me veux témoigner de cette pureté de l’intention, de ce tremblement de rosée, à peine palpable au toucher du velours de nos cœurs. Nous avons entendu, tel le glas qui sonne et qui réveille pour dire : il est temps ! Nos âmes grossières sont taillées avec une force inouïe qui ne nous trompe pas. Celui qui aime, aime comme pour lui-même. Telle est la rencontre du charbon en la promesse du pur diamant. Telle est la force du retournement et de la conquête éprise de L’Âme qui fait acte d’abnégation. Un vent de douce miséricorde nous enveloppe tandis que nous titubons encore. Qu’importe le chancellement, puisque le trésor est en ce Lieu bien gardé et qu’Il ne périt jamais, lors que Le Souffle de L’Aimé réanime chaque éprouvé ! Nos mains se donnent en cette effusion. Je t’embrasse sur le front de la prosternation. Je pose sur tes épaules le baiser de l’alliance. Dame de Beaulieu, le Chemin est précisément La Présence en La Présence. Le Jardin est né de notre intention. L’ouvrage est un compagnonnage indéfectible puisque c’est en Lui que tout est à se rassembler. Nous marchons en ce pas cadencé. Nos silences sont nos prières et notre recueillement. Notre Amour est une fraîcheur à L’Ombre du Bien-Aimé. Nos mots n’ont fait que rejoindre la vérité de nos cœurs aimantés. Chaque jour, nous apprenons ce que la veille enroule au fruit du jour. Nous avons laissé ce monde à sa frivolité et nous avons uni notre souffle à la mendicité de nos âmes éplorées. Mais le sourire gagne nos visages en reliance et nous tissons en cette promesse, sans illusion, la beauté de notre intime Amitié. Le Périple est en Le Tout-Possible, car il n’est de retournement qu’en cette Réalité. Ainsi, nous savons que notre compagnonnage est le profond désir de ne jamais nous quitter. L’Âme rencontre L’Âme et Elle reconnaît.

dimanche 13 mai 2018

La Voie du Samouraï : Livres 53 et 54


Mon du clan Itakura Tomoe


Livre 53


Le doute assombrit la rétine de celui qui laisse l’incessant bruit devenir une épine. Faut-il vivre ces écorchures de l’innocence, lors que le regard est éperdu et s’élance aussi loin que l’horizon ? Il est des combats que l’on ne mène qu’en soi. Le plus terrifiant est celui que l’on doit mener pour ne pas se laisser affecter par les pierres que lancent ceux qui se séparent de La Lumière et qui pensent qu’ils sont lésés. Le Samouraï ne peut évoluer au sein du monde qu’en ayant permis à la purification d’opérer au centre même du lac de son âme. Il met des années, voire plusieurs vies à se laisser ainsi en cette alchimie effective, et il sait que cela est vrai et juste, car il retrouve les effets de la mémoire d’origine. Implacabilité de la nudité, offerte sous les bourrasques ! Des ouragans qui soufflent et nous apprennent en Le Vivant. La vie n’est pas figée. Elle est en cette Réalité à ondoyer sur les vagues du vent et à peine, aussi imperceptible que cela puisse être, le bruissement nous donne à entendre le mouvement de La Roue Cosmique. En ce Silence, Le Samouraï retrouve le geste de L’Unité, Rassemblement supranaturel car loin d’être régi par notre volonté. Mon Maître n’a jamais tari, ni dans le silence objectif, ni dans le regard, ni non plus dans les mots. Ceux-ci ne sont qu’une légère brise qui vient rompre le figement. Il m’a appris à être en Son Ecoute, à entrer en l’interstice de L’Echo. Il m’a dérouté pour mieux m’orienter. De fait, Ô fils aimé, sache qu’il n’est jamais de déroute, mais plutôt de rectification et d’harmonisation. Chaque Vie est Sacrée de par Le Souffle de Sa Suprême Volonté. Le Temps n’a pas de rides lors que l’océan lui-même devient Son Lac. « – Quand donc savons-nous que la paix s’installe ? demandai-je, un matin, à mon vénérable maître. – Il est un effet qui ne trompe jamais : le collier de perles. – Qu’est-ce donc que ce collier de perles ? m’enquis-je. – Ce sont les sourires perpétuels de l’âme, lors que chaque fragment du moi se réunifie. L’âme est semblable à une petite embarcation qui  imperceptiblement, imperturbable devant les agitations. Dans un premier temps, il nous faut certes apprendre à ne plus être. Ainsi, tout semble s’éteindre. Puis, miraculeusement, L’Être jaillit et est touché par la Grâce sans besoin même d’être touché. A peine est-Il en un souffle qui tremble de suavité : à toutes choses, Le Sourire s’impose. – Maître, la mort est une Renaissance, n’est-ce pas ? – Celui qui est envahi par la peur ne peut mourir sereinement. Il ne peut se laisser partir, car les éléments de son être sont éparpillés, et la mort le donne à cette réalité. Le Renoncement à notre moi ne nous prive qu’en apparence de notre vie. Il s’agit en réalité d’un basculement qui nous permet de saisir la nuance entre l’avant et l’après. » Le maître continua de marcher sans m’en dire d’avantage et je compris qu’il fallait que les mots fissent en moi leur chemin... Une hirondelle fendit l’espace en son doux tire-d’aile. Le maître salua de la main l’oiseau qui revint alors vers nous en tournoyant de plus belle. Le Ciel est un lac traversé de mouvements qui font nécessairement écho au silence.


Mon du clan Kokonotsu Shippou


Livre 54


L’humilité qui est à se révéler depuis Quelque Chose qui nous en donne la douceur, nous fait entrer en La Révérence et aussi en une certaine vigilance. L’on peut parler aussi d’observance. Lors que mon âme s’apaisa des tumultes de la séparation, j’appris à voir et à écouter. Ou plutôt, je sentis que chaque chose m’appelait et me parlait. Les ailes des oies sauvages interpellaient mon goût du voyage. Vers quelle Destination sommes-nous à nous orienter ? Ces pas en l’intériorité de mon maître me donnèrent au Temps vertical. Un maître polarise son disciple. Un maître nous permet de pratiquer aussi la lucidité, jusqu’à ce que celle-ci redevienne notre nature efficiente. Or, mon maître m’a ouvert à La Voie et m’a mis en confiance, car, j’ai reconnu sa réelle bienveillance. Il n’est de haine et de rage qu’en l’ignorance. Las, cette laideur est manifeste depuis des milliers d’années. Pourtant, la prédation vient de l’origine divine du Souffle. Effectivement, Le Seigneur domine. Il est Le Puissant Souverain en Son Royaume. Il est l’action descendante et nous fait par là-même vivre La Contrainte Révérencielle. Mais lors que nous ne sommes pas reliés à notre principe, nous sommes fragmentés et chacun de ces fragments se voudrait se séparer et dominer. L’élément épars de notre Être entre en la plus grande des confusions et en la plus grande des rivalités. Néanmoins, il est inutile de donner plus d’importance à ces sortes de phénomènes. Il faut s’en dissocier puis les neutraliser par cet entretien intime qui est de leur dire : je vous vois, retournez donc en Ma Singularité. Mon Unicité vous redonnera chaque part de vous en La Lumière de La Toute-Bienveillance. Je suis votre Père et je suis votre Mère. Je suis votre Matrice Essentielle. Je vous aime. Revenez en votre Berceau de L’Esprit. Vous croyez que vous serez engloutis, mais en fait, je vous ferai Don du Collier de Perles qui est Reliance, et vous serez en L’Unité Primordiale. Lors, vous agirez en La Lumière. Vous entrerez dans La Paix et L’Harmonie. Le Paysan surprit les mondes secrets de La Nature. Ceux-ci se révélèrent à lui et lui donnèrent les noms. Leur verbe existencié en l’essence lui ouvrait successivement les mondes de la connaissance subtile et intuitive. Chacun de ces noms agissait sur son âme et l’ennoblissait. Pourtant, le paysan s’effaça totalement et laissa les verbes courir en son corps et en son esprit et lui faire acte d’allégeance. Plus il se laissait compénétrer et plus il recevait les clés de tous les phénomènes. Son cœur s’élargissait des beautés intérieures qui se donnaient aussi à se révéler à l’extérieur. Chaque chose lui souriait. Chaque parfum était un univers entier de possibilités qui l’invitait en La Réalité substantielle. L’Amour était, tour à tour, folie et sagesse. Il comprit ceci : pour entrer dans Le Jardin, il fallait devenir Le Jardin. Or, seule la folie, c’est-à-dire, L’Échappée, Le Retour sur Soi, L’émigration de Son Être vers La Réalité Suprême en La Réalité Suprême, permet de s’extraire de L’Inertie et d’entrer en La Vraie Vie.

© Océan sans rivage, La Voie du Samouraï


Se lit aussi sur Naissance et connaissance

La Voie du Samouraï

mardi 25 février 2020

Discontinuité et impermanence : introduction


Drapeau d'Onagawa (Japon)


Discontinuité et impermanence ou retour aux fondamentaux de la métaphysique, c'est-à-dire au cœur du questionnement ontologique.

La réalité tangible. Objective. Raisonnée et raisonnable. Ce décor physique, que la plupart tient pour le Réel. Comme le seul admissible. L'unique possible. Appréhendé dans la fugacité de l'instant dont l'apparente et lisse continuité linéarise le temps. De ce point de vue, Socrate appartient au passé. Mais pas davantage que soi-même car à peine franchit-on le seuil de l'instant que l'on s'y retrouve aussitôt. L'instant est irréductible. Alors, qu'est ce vraiment que la Présence ?

L'horizon, c'est une question de regard. Qui ne trace le plus souvent que des parallèles. Rarement une perpendiculaire. L'horizon n'a aucune réalité objective. C'est une ligne de fuite qui tourne sur elle-même.

Le sens par les seuls sens. Le non-sens.

L'impermanence est le contraire du déterminisme. Nulle apparence ne réduit la substance. Ni aucune formation sur aucun plan.

Si rien n'est chose-en-soi, personne n'est un moi-en-soi.

De même que l'on n'isolera jamais la particule fondamentale de la Matière, on ne saisira pas davantage le corps premier de l'être.

La question foncière n'est pas « Qui suis-je ? » mais bien « Qui est ? » L'on serait tenté d'assimiler et de confondre les deux formes du questionnement. Elles n'induisent pourtant pas la même portée : le « Qui suis-je ? » vise la définité (l'on est finalement quelque chose ou quelqu'un), tandis que le « Qui est ? », du fait de dépasser une approche exclusivement personnelle centrée sur l'idée qu'il y aurait une identité-en-soi, et donc d'impersonnaliser le questionnement, celui-ci se raccorde à l'indéfinité, autrement dit, au Par-delà.



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samedi 4 avril 2020

Maître Coq et les vertus collatérales du confinement


Blason de Staré Ždánice (Pardubice, Tchéquie)


Maître Coq, qui régente la haute-cour du Cloître,
Malgré que s'étant mis en retrait de ce monde
Où, selon lui, beaucoup d'esprits sont bouchâtres,
Si profondément opaques que rien ne les sonde,

Se voulut bien réagir aux événements
Qui frappent l'humanité de manière inédite,
La jetant dans le plus total confinement
Puisque toute sortie inutile est interdite.

Maître Coq nous propose un autre point de vue :
Celui des bêtes dont il se fait le porte-parole
Et dont la cause inspira peu la banderole :

« Des méfaits des hommes l'on a vite fait la revue :
Cherchez l'appât du gain * derrière tous les problèmes
Car il en est ainsi depuis Mathusalem.

* * *

D'un confinement qui fait souffrir les humains,
Les bêtes, cela se comprend, ne se plaignent guère,
Ayant pour elles la nature pleine et ses chemins
Que sillonnaient encore les randonneurs, naguère.

Les voici tout heureuses de cet apaisement
Qui leur donne à sereinement se reproduire.
Elles aiment les jours qui s'écoulent paresseusement,
En ces vastes espaces que rien ne vient réduire.

De mémoire d'animal, nul n'a vécu cela
Car il faut remonter très loin, même au-delà,
Pour s'en retrouver une tranquillité pareille.

C'était avant que la machine n'envahisse tout
Et ne répande son bruit et son haleine partout.
Les hommes seraient-ils devenus sages ? Ô merveille !

* * *

Las ! la chose arrive de force et non de raison,
Alors qu'ils eussent pu en sentir les claires prémices
Et retrouver le rythme des quatre saisons,
Sans devoir mener dans la hâte des vies factices.

Sauront-ils tirer profit de cette suspension
Pour se libérer de l'implacable matrice **
Qui les maintient de sa verge de fer sous tension ?
Sauront-ils y voir une épreuve libératrice ?

Ou alors se contenteront-ils de ronger leur frein
Pour après chanter encore les mêmes refrains ?
Je laisse aller les vœux pieux de mon âme candide

Car, dit-on, le meilleur est toujours possible
Et nul n'est d'une sombre destinée passible
S'il décroche d'avec un système aux fins sordides. »

Marc

samedi 25 mai 2019

Discontinuité et impermanence (1)


Armoiries de la colonie rurale de Sviyazhsky (Russie)


Il n'existe rien de constant si ce n'est le changement. Bouddha


Rien n'est chose-en-soi, tout est composé ;
Or, ce qui est composé se décompose ;
Se pose, dès lors, le problème de l'identité.
Est-elle intrinsèque (étant par elle-même » et donc « en absolu ») ou extrinsèque (en relation à autre que soi, donc relative, sans définition ni valeur absolues) ?
Identité renvoie à ce qui est idem « le même ».
Le même que « Qui » ?
Tout est impermanent, rien ne dure, rien n'échappe au changement.

Rien n'est jamais pareil à soi-même. Tout change à tout instant. L'apparente continuité n'est que la nécessaire mais transitoire cohésion de la forme.
Changer signifie « faire autre », par extension « passer d'une forme à une autre » donc d'un ordre de manifestation à un autre.

L'identité n'est pas un absolu-en-soi.
Elle compose une forme transitoire mais elle est vide-en-soi. Sans substance propre.


Voici Sāriputra, forme est vacuité et vacuité est forme ;
forme n’est autre que vacuité, vacuité n’est autre que forme ;
là où il y a forme, il y a vacuité, là où il y a vacuité, il y a forme.



Marc


Se lit aussi sur Naissance et connaissance

mardi 17 novembre 2020

Dis moi de quoi tu rêves...



... et je te dirai qui tu es. On rêve toujours de ce qu'on n'a pas. Et puis, a-t-on jamais ce qu'on veut ? Et veut-on encore ce qu'on a ? Il manque toujours quelque chose pour faire notre bonheur. Et quand nous pensons le tenir enfin, il nous file entre les doigts. C'est un peu comme les stars : elles font d'abord tout pour être connues et une fois qu'elles le sont trop, elles font tout pour ne l'être pas ! Toute chose comporte sa rançon. Et son poids est toujours équivalent.

mardi 20 mars 2018

La Voie du Samouraï : Livres 27 et 28


Mon du clan Mitsukumi Uroko

Livre 27

Les gens sont à tempêter sans cesse. Ils s’articulent telle une masse sans véritable consistance. Combien sont-ils à se coller au décor, sans pour autant admettre en eux cette sublime réalité : La Vie est en cette extase apothéotique. Un Univers sans cesse en exponentialité de possibilités ! Aie bien en vue ce que représente une seule seconde. En elle, une infinité de mondes qui s’ouvrent simultanément. Si tu plonges en cette vastitude, en son effet si rapide, tu observes que se concentre chaque chose en un point unique et singulier. Ô Fils aimé, Il n’est aucune contradiction, ni paradoxe, en Ton Art, et sache que la minutie s’intensifie de l’exactitude en l’alignement répété de tes gestes unifiés à ton mental. Unification consciente en cette Triade de l’intention, de ton attention et de ton acte. Tu ne peux échapper à cette précision, car, se doit d’être unifiés en La Lumière, tous les aléas de ton être. Celle-ci ne saurait admettre ni confusion, ni décalage entre ton intention et ton acte. L’attention accrue et le perpétuel ajustement sont un viatique sûr. Chaque jour, apprivoise le Jour en toi, et pose délicatement, au rythme de ton souffle, ce pas de l’Union. N’oublie jamais de délester tous les encombrements sentimentaux, car aujourd’hui est précieux Jour de La Rencontre. D’aucuns pensent que Le Seigneur est inapprochable, ou bien qu’il n’est qu’une divinité qui exaucerait les moult passions de leur âme après moult offrandes. Ainsi en est-il de leur marchandage. Laisse cela aux gens du commun qui ont l’âme faible et infantile. Ils sont en un désir de pouvoir et ne dédaignent ni le mensonge, ni la traîtrise pour parvenir à leur fin. Leurs dieux sont à leur image. Idolâtrie sommaire au demeurant. Puérilité affirmée ! Néanmoins, nous nous devons de neutraliser leurs actions en les faisant basculer dans La Lumière. Le Seigneur nous a créés pour que nous puissions Le connaître. Ceci est La Réalité. Ceci est L’Acte fondateur de La Reliance. Cette dernière débute par soi-même. Or, qui sera à se connaître, connaîtra La Réalité de son âme. Les effets de concordances sont incontournables.


Mon du clan Mukou Hanabishi

Livre 28

Lors que tout ton être se consume des disparates éléments, lors que tu t’immobilises en cette chute, ne sois aucunement à désespérer. Le désespoir est un péché. De fait, ces écartèlements viennent de l’origine du magma et de la béance suprême, au lever d’un rideau qui déchire, en cette fulgurance, le voile de ton opacité. Le Retour est conjoint à la Descente. Ce périple intérieur est une Réminiscence permanente du Voyage de L’Âme. Or, tu n’es ni à t’en souvenir, ni à le voir, car tu es souvent en ce heurt immédiat des sphères qui se séparent et se veulent retourner à la matière sans s’unifier à l’essence tandis que les autres sphères se meuvent en leur progressive ascendance. Ô Fils, penses-tu que La Sagesse Suprême ne se connaît pas Elle-même ? Penses-tu qu’elle te réduise à ce que dont tu n’as pas conscience ? Soutiens assidument les exercices de ta compénétration et recentre-toi en chaque cohorte. Vois-tu comme La flûte suave résonne en toi des sons mélodieux de la perception subtile ? Jubilation de L’Âme Universelle qui danse de La Danse de L’Ondoiement. Le Prince qui s’étonnait de la présence de la servante lui demanda : seras-tu demain à me mener ce récipient de grâce ? – Qu’entendez-vous par-là, Ô Prince ? – Je désire ta compagnie qui me désaltère et apporte réjouissance à mon cœur. Ta Présence est une Corolle dont les effluves s’ouvrent à mon âme mélancolique. Chacune de tes paroles est mille pétales dont le velours caresse tout mon être. Je souhaite tes visites, et les veux quotidiennes. – Prince, si tel est votre désir, je suis à votre service et vous me voyez comblée par votre sollicitude. – Chacun des poids de mon temps s’allège en ta compagnie et mon esprit s’affute au tien qui n’est pas avare. Ce monde s’est élargi par les propos de ta présence. – C’est que le moment est sans doute venu, expliqua la jeune servante, de saisir la cause de votre humeur chagrine. Le remède vient lors que l’on le sollicite. Il est en sa justesse à épouser votre corps et votre âme.

© Océan sans rivage, La Voie du Samouraï


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Sceau impérial du Japon

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